Rwanda. Les pays occidentaux doivent rappeler à l’ordre « leur monstre des collines ». Lettre d’un ami québecois
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La lettre qui suit a été envoyée au ‘‘Réseau d’appui aux prisonniers politiques rwandais’’ (RAPPR) par un canadien, excédé par des injustices opérées par son pays à l’encontre de certains ressortissants rwandais. Elle colle bien à l’actualité quand on voit que ‘‘le monstre’’ des collines a montré ses griffes et emprisonne à tour de bras ses opposants politiques.

Chers amis,

Samedi dernier, à Montréal, trois généreux avocats québécois nous ont fait une proposition de recours collectif qui, je l’espère sincèrement, recueillera l’appui d’un grand nombre de Rwandais du Canada. Si je vous écris, c’est pour vous dire que je serai de tout cœur avec eux même si ma patrie est celle de Félix Leclerc et Gilles Vigneault, que je n’ai jamais mis les pieds au Rwanda de ma vie et que je n’aurais pas été capable de situer ce pays sur une carte de l’Afrique il y a encore quelques années.

Je me bats avec les Rwandais parce que leur cause est juste et qu’elle s’inscrit dans la lutte des peuples contre le mensonge, l’injustice et la tyrannie. Je me bats parce qu’il m’est absolument intolérable que d’innocents pères de famille qui, hier encore, vivaient paisiblement parmi nous avec leur femme et leurs enfants soient déshumanisés, ostracisés, incarcérés, torturés et tués à petit feu par une bande de psychopathes déguisés en démocrates, au Canada et au Rwanda.

Je me bats à cause du sort cruel réservé à des centaines de milliers de Rwandais, en particulier à des Hutus, qui sont de surcroit accusés collectivement des crimes commis par leurs tortionnaires. Je me bats à la mémoire des pères Simard et Pinard, assassinés par le FPR sans qu’Ottawa lève le petit doigt. Je me bats parce que la célèbre leçon du pasteur allemand Martin Niemöller, persécuté par les nazis, importe plus que jamais pour l’humanité. Lors de la réunion de samedi, l’un de nos amis y a fait allusion.

Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté, je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher, et il ne restait personne pour protester.

Je vous remémore ces quelques lignes, car, loin d’être un luxe, la solidarité est une nécessité absolue. Si nous ne sommes pas capables d’être solidaires, beaucoup seront dévorés par la meute de loups voraces. Et ceux qui auront détourné le regard finiront par mourir, eux aussi, dans la honte et le déshonneur. Personne n’est éternel, ne l’oublions pas. Les Rwandais doivent tisser des liens de solidarité entre eux ici même, au Québec et au Canada, et les peuples de la terre doivent bâtir la solidarité universelle qui permettra peut-être un jour à l’humanité de trouver la paix et l’harmonie.

Depuis que le Rwanda a sombré dans l’horreur, en 1990, beaucoup d’autres pays ont gouté à la médecine de l’oligarchie basée à Wall Street. Malheureusement, ces pays ont été chaque fois isolés non seulement en raison des pressions financières et militaires de l’Empire sur la communauté internationale, mais aussi à cause des campagnes massives de propagande visant à berner les contribuables des pays riches pour leur faire accepter l’inacceptable. Les barons du crime de masse sont passés maitres dans l’art d’organiser des mises en scène pour mystifier l’auditoire, pendant que leurs hommes de main font la sale besogne loin des regards. Ainsi, l’opinion publique manipulée se trompe de vilains, et les peuples agressés les uns après les autres sont obligés d’affronter les tyrans en rangs dispersés.

Combien de temps encore nous laisserons-nous hypnotiser ainsi? Combien de fois entendrons-nous des Rwandais supplier avec complaisance les chancelleries occidentales de rappeler à l’ordre leur monstre des collines? La racine du problème n’est pas à Kigali, mais à Washington, Ottawa, Londres, Bruxelles, là où, pour maximiser les dividendes des milliardaires, l’on décide du sort des régimes africains et l’on condamne à mort sans scrupule des millions de gens en faisant mine de n’y être pour rien. Des moralisateurs de parlement s’apitoient faussement devant des rapports d’ONG à gages, tandis qu’ils financent et arment des terroristes. S’ils le voulaient vraiment, ils auraient enfermé ou supprimé Kagame depuis longtemps en lui imputant une montagne de crimes.

Ce n’est pas aux dirigeants voyous qu’il faut s’adresser, mais bien à nos semblables. Tendons-leur la main pour défendre non seulement une personne ou un peuple, mais bien tous les damnés de la terre accablés par le même système de mensonge, de cupidité et de barbarie.

Seulement deux arguments peuvent faire plier les maitres autoproclamés du monde, et ce ne sont ni la démocratie ni les droits de la personne. Ce sont plutôt l’argent et les bombes atomiques. Kim Jong-un l’a très bien saisi, et c’est la raison pour laquelle il ne subira pas le même sort qu’Habyarimana, Milosevic, Hussein, Kadhafi ou Gbagbo. Nous devons le comprendre aussi et parler aux bourreaux le langage de l’argent, qui est le seul qu’ils comprennent.

Omar Khadr a reçu 10,5 millions de dollars? La facture à payer aux centaines de Canadiens d’origine rwandaise qui ont été lésés par les décisions iniques des autorités fédérales violant leurs droits les plus fondamentaux ou ceux de leurs proches pourrait être très salée. Au pire, dans l’éventualité d’une défaite devant les tribunaux, un recours collectif nous permettra de remettre en question publiquement certaines pseudovérités et d’attirer l’attention des Québécois et des Canadiens sur des souffrances dont ils n’ont pas la moindre idée. Il faut tenter le coup. Il faut se serrer les coudes et surmonter nos peurs.

Vous pouvez compter sur moi, et j’espère pouvoir compter sur vous.

Votre ami québécois de souche.
15 septembre 2017.

 

 

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