Colonialisme et révolution : Histoire du Rwanda sous la Tutelle
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Colonialisme  et  révolution : Histoire  du  Rwanda  sous  la Tutelle, un livre en deux tomes que vient de publier  François Lagarde.
François Lagarde est professeur émérite de l’Université du Texas à Austin. Il est également  l’auteur de « Mémorialistes et témoins rwandais (1994-2013): bibliographie critique », publié par L’Harmattan en 2013.

Le colonialisme belge au Rwanda fut d’une espèce particulière. Mandaté par la SDN puis l’ONU, il fut modernisateur, transformateur et progressiste. Il apporta des réformes, des changements sociaux, des chamboulements politiques et enfin la démocratie électorale. Le colonialisme a soutenu la Révolution rwandaise de 1959-1961, la Tutelle belge a soutenu les Hutu dans leur combat politique pour l’accession au pouvoir. Au Ruanda-Urundi, le colonialisme onusien-belge fut révolutionnaire.

Ce colonialisme a introduit le régime démocratique électoral, comme le demandaient la population et l’ONU, et il a soutenu la révolution rwandaise. S’il n’a pas accompli les parties économique et culturelle de sa mission civilisatrice, il a réussi cependant en politique, en faisant passer un pays sous-développé de la monarchie à la République via les réformes, les institutions provisoires, le coup d’État et les élections par les deux sexes, et via l’autonomie et l’indépendance.

Le premier tome, Colonialisme, fait un tableau systémique et pluridisciplinaire du Rwanda sous la Tutelle, soit de la Seconde Guerre mondiale à l’Indépendance de 1962, à la fois historique, religieux, ethnologique, démographique, sociétal, culturel (l’enseignement), économique (la crise foncière, les abus des autorités) et politique. Les premiers actes du développement politique sont le Décret du 14 juillet 1952 et le Plan décennal, la suppression de l’ubuhake en 1954, et les élections de 1953 et 1956.

Un “âge d’oraison” fleurit à partir de 1954 et dure un lustre. Des paysans et des évolués, des associations puis des partis expriment leurs doléances, défendent leurs programmes politiques dans les journaux et les meetings. On débat de l’indépendance et surtout de « la question raciale sociale » opposant Hutu et Tutsi. Des palabres se poursuivent en vain au CSP, où  les opposants des deux classes noires se déclarent ennemis. Les camps Parmehutu-Aprosoma d’un côté et Unar de l’autre, bientôt camps hutu et tutsi, s’identifient, s’organisent, se durcissent, s’apprêtent au combat à venir pendant cet âge d’oraison.

Le tome 1 contient les chapitres 1 à 19 et s’achève à la création des partis politiques en 1959.

Le deuxième tome, Révolution, débute avec la mort du roi et le coup de Mwima, en juillet 1959, et se termine sur la Terreur rwandaise de 1963-4. Le déguerpissement des autorités coutumières de Novembre marque le début de la fin de la monarchie rwandaise. Les nouveaux bourgmestres hutu implantés par le Résident Militaire Logiest et les élections communales qui suivent, le Gouvernement provisoire, le coup d’état de Gitarama, le Kamarampaka (élections législatives et référendum) sont les marches de la montée au pouvoir des Hutu du Parmehutu. La République d’octobre 1961 accomplit la révolution commencée par les déguerpissements de Novembre. Si les violences de 1960-62 n’entravent pas la marche vers l’Indépendance, les Tutsi cependant sont les sacrifiés de la révolution républicaine, ils perdent leurs positions d’autorité et leurs biens fonciers et s’exilent par milliers. La République tourne court, monopartisme, autoritarisme et racisme ruinent toute la démocratie instituée par les fondateurs.

L’ONU et sa Quatrième Commission, les missions de visite du Conseil de Tutelle et les commissions spéciales de l’Assemblée Générale encadrent l’action politique de l’Autorité Admi- nistrante et du Gouvernement rwandais. L’ONU, la Belgique et les évolués hutu furent  les ouvriers de la démocratie et de la République. De son côté, le peuple fit une guerre “ethnique”, bannissant par l’incendie près de la moitié de la population tutsi. Cette action politique des évolués et cette guerre « ethnique » des paysans forment des actes historiques différents et séparés.

Le tome 2 contient les chapitres 20 à 36 et s’achève sur les attaques des Inyenzi et les pogromes de 1963-4.

Des index, des cartes du Ruanda-Urundi, des Territoires et des chefferies, une chronologie,  une bibliographie, un tableau des sigles et des remerciements se trouvent en fin des volumes.

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