Rwanda : Exécutions extrajudiciaires très significatives
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Dans un intervalle de temps de quatre jours, le régime de Paul Kagame vient de procéder à deux exécutions extrajudiciaires spectaculaires et tient à les médiatiser pour son opinion interne.

Le 19 avril denier, on apprenait de la Police qu’un certain François Nsengiyumva qui avait été arrêté le 07 avril pour avoir été entendu en faisant la réflexion comme quoi la date du 07 avril de chaque année (jour officiel de la commémoration du génocide) était comme un jour de fête pour les Tutsi, venait d’être exécuté par balles par les gardiens de la prison de Kibungo (Région Est) où il était détenu. Ses assassins ont prétendu qu’il avait tenté de les désarmer et de s’évader… alors qu’il était menotté ! C’est l’explication que les autorités imposent aux membres de sa famille pour couvrir ce crime d’Etat.

Le 23 avril, la Police a encore annoncé qu’un avocat du barreau de Kigali du nom de Donat Mutunzi, que sa famille signalait « porté disparu » depuis le 13/4 avait été retrouvé mort dans sa cellule de détention de la station de police de Ndera à Kigali. Les autorités disent qu’il se serait suicidé et c’est cette version qu’elles imposent à sa famille. On ne sait même pas de quoi Me Mutunzi était accusé ni pourquoi il a été arrêté et détenu au secret. Mais l’on sait que celui-ci fut un des rares avocats hutu du barreau de Kigali qui a osé défendre le Professeur Léon Mugesera, extradé du Canada pour un discours prononcé en 1992 et dans lequel il dénonçait les envahisseurs tutsi du FPR, venus d’Ouganda, et  qui ont attaqué le Rwanda en octobre 1990, avec à leur tête Paul Kagame.

En exécutant publiquement ces deux prévenus pour délits mineurs ou même non définis, le FPR veut montrer à la population, surtout hutu, ce qu’il considère comme «  crimes » des crimes et comme plus grave que le génocide lui-même : dénoncer l’exploitation éhontée du génocide des Tutsi, surtout à partir du 07 avril de chaque année, ou oser défendre un intellectuel hutu offert difficilement par une puissance occidentale qui, jusqu’ici, gobait sans discernement toutes les histoires que raconte le régime.

François Nsengiyumva et Me Donat Mutunzi ont donc eu l’imprudence ou le courage de pointer du doigt là où ça fait mal au FPR et ils ont tout de suite été condamnés à mort. Qu’ils reposent en Paix. Pour les survivants, la question est de savoir si ces exécutions extrajudiciaires pour terroriser la population suffiront à la dissuader à réfléchir sur son sort. Une question se pose  encore :  pourquoi  ces crimes d’Etat ne sont jamais sanctionnés ni même dénoncés par la Communauté Internationale pourtant prompte à réagir même sur simples soupçons  et avant confirmation (utilisation présumée d’armes chimiques, …) ?

Emmanuel Neretse
Bruxelles, le 24/04/2018

 

 

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