ORAISON FESTIVE POUR MON COUSIN JOSEPH KANYABASHI par Laurien Ntezimana
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Rubrique : Actualité, Coutumes rwandaises


Publié le 16 Juil 2018 par Gaspard Musabyimana

Joseph Kanyabashi est né le 20 septembre 1937 à Rwanyanza, Mpare (Huye-Butare).  Il a fait son école primaire à Astrida de 1944 à 1950 et ses études secondaires à l’Ecole d’Arts et Métiers à l’Institut Charles Lwanga (Astrida) de 1951 à 1956.

Il s’est marié en 1958 avec Bernadette Kamanzi avec qui il a eu 6 enfants.

De 1956 à 1964, il était responsable des travaux, intendance et logistique à l’Hôpital universitaire de Butare.

De 1964 à 193, il a été Administrateur de l’Hôpital Universitaire de Butare.

De 1973 à 1994, il a été bourgmestre de la commune de Ngoma-  Butare.

Joseph Kanyabashi fut arrêté le 28 juin 1995 à Gullegem en Belgique où il résidait et transféré au TPIR à Arusha le 8 novembre 1996.

A Arusha, Kanyabashi fut condamné à 20 ans de prison le 14/12/2015 et fut tout de suite relâché, la Cour d’Appel ayant considéré que les années passées en prison correspondaient à la peine prononcée.

Dès sa libération, Kanyabashi a demandé de revenir s’installer en Belgique où réside sa femme et ses enfants. Il est décédé le 13-06-2018 dans un hôpital de Naïrobi avant que cette demande n’aboutisse.

Il a été inhumé le 30/06/2018  après une messe de requiem qui a eu lieu en l’église de Sint Amanduskerk à Gullegem.

 

ORAISON FESTIVE POUR MON COUSIN JOSEPH KANYABASHI

(Laurien Ntezimana, Gullegem, 30.06.18)

 Introduction

Le discours que je vais prononcer est normalement appelé « oraison funèbre », soit, d’après le dictionnaire, un « discours solennel prononcé en l’honneur d’un mort ». Mais moi je remercie la famille de m’avoir chargé de prononcer plutôt une « oraison festive », soit, dans mon langage à moi, « un discours joyeux prononcé en l’honneur d’un vivant passé dans une autre dimension ».

Voici,    pour    aider    votre    mémoire,    les    thèmes    que    je    me    propose d’évoquer rapidement :

Je vais d’abord chanter un chant joyeux qui invite à la danse ; écoutez bien les paroles de ce chant et vous comprendrez pourquoi je parle d’oraison festive en lieu et place d’une oraison funèbre.

Laurien Ntezimana photo http://echoscommunication.org

Je vais ensuite expliciter le sens de cette joie insolite.

Puis je parlerai du sens de la vie, car la mort des nôtres nous renvoie forcément à notre propre vie.

Je parlerai ensuite du thème du jugement, car nous célébrons le départ de quelqu’un qui fut jugé et condamné par un tribunal pénal international et qui, selon notre programmation mentale, s’en est allé au-devant du plus redoutable des juges.

Je terminerai enfin comme j’ai commencé, sur la note joyeuse du Seigneur de la danse, car, comme j’espère bien vous en convaincre, il n’y a rien à craindre pour qui que ce soit : à notre soi-disant mort, nous ne sommes tous jamais que des enfants prodigues de retour à la maison, où nous sommes accueillis par un Père absolument surprenant, qui nous fait la fête là où des frères soi- disant plus parfaits voudraient nous condamner !

1.Le Seigneur de la danse

Chanter couplet 1, refrain, couplet 4, refrain.

2.Pourquoi danser en pareil moment ?

a. D’abord parce que les premiers chrétiens, qui savaient encore ce qu’ils faisaient, appelaient « dies natalis » – jour de la naissance – le jour de la mort d’un des Parce qu’ils considéraient que le dernier jour ici sur terre est le premier jour au ciel ! Nous devrions en fait avoir le cœur serré lorsqu’un enfant naît car c’est une âme qui entre dans la prison d’un corps ! Nous devrions pareillement nous réjouir lorsque quelqu’un meurt car c’est une âme qui « passe de ce monde à son Père » et recouvre donc la liberté.

b. Joie ensuite parce que les recherches de madame Elisabeth Kübler-Ross ont démontré que « la mort est un nouveau soleil ».

« Mourir, disait-elle au chevet des mourants qu’elle accompagnait, c’est déménager dans une maison plus belle. C’est tout simplement abandonner son corps physique de même que le papillon sort de son cocon. » Cette grande dame a ainsi établi scientifiquement que la mort « n’est que le passage à un autre état de conscience dans lequel on continue à sentir, à voir, à entendre, à comprendre, à rire, et où l’âme et l’esprit peuvent continuer à grandir. Il n’y a donc aucune raison d’être triste : Joseph est passé de l’autre côté du voile, mais il est plus vivant qu’avant.

3.La mort, c’est donc la vie continuée un échelon plus haut et dans une autre dimension. Mais qu’est-ce que la vie ? Qui sommes-nous et que faisons-nous ici, sur cette terre ? Vous seriez étonnés de voir le nombre de gens qui ne savent ni qui ils sont ni ce qu’ils sont censés faire ici !

Commencez d’ailleurs par vous-même ! Est-ce que vous pouvez admettre que vous êtes un être divin en train de vivre des expériences humaines ? Non n’est-ce pas ? Nous sommes programmés pour nous identifier avec notre corps, notre sexe, notre ethnie, notre nationalité, notre couleur de peau, même notre parti politique et notre équipe de football ! Et, sur cette base dérisoire, nous sommes prêts à nous entretuer, puis à trainer les survivants devant des tribunaux de notre facture où nous aggravons le mal commis en prétendant rendre justice !

Je me permets donc de vous inviter à désapprendre tout cela. Et à cet effet, je vous rappelle notre véritable identité : nous sommes tous et chacun d’abord des « âmes », càd des « émanations singulières de la Vie Universelle qu’est Dieu ». Tout le reste est secondaire. Ce ne sont que des additifs destinés à nous distinguer les uns des autres, mais sans aucune séparation. Et nous sommes envoyés sur cette Terre dans une mission précise et sublime : manifester la gloire de Dieu, c’est-à-dire sa présence au milieu de nous. Comment ? En vivant dans la paix et la joie et en transmettant aux autres cette paix et cette joie. Cette transmission s’appelle l’amour. Paix, joie, amour, voilà trois vertus théologales, des vertus qui « disent » Dieu et qui créent le ciel sur terre.

Joseph Kanyabashi

Quand nous sommes dans une autre vibration que celles-là, nous sommes en route pour créer l’enfer sur terre : la souffrance est là pour nous en avertir. Joseph, lui, a fini de souffrir : il vit maintenant dans ces fréquences vibratoires pacifiées et joyeuses, au-delà de nos pensées moroses, remplies d’agitation, de tristesse et peut-être d’animosité et de jugements, selon qui il a été pour nous.

4.Car nous n’allons pas nous cacher cette illusion que nous appelons à tort « réalité », à savoir que Joseph, dont nous célébrons aujourd’hui le passage de ce monde à Notre Père, fut condamné pour génocide et crimes contre l’humanité. Je sais que cette condamnation est demeurée en travers de la gorge de pas mal d’entre nous, les uns la considérant comme injuste, les autres la considérant comme insuffisante.

Permettez-moi de vous rappeler en ce jour solennel la véritable réalité : le jugement n’est de mise que pour les niveaux de conscience les moins élevés, quand nous sommes encore englués dans la division et la séparation dues à l’oubli de notre véritable identité. Quand nous nous rappelons qui nous sommes vraiment, en deçà des masques que l’histoire nous fait porter, la mémoire de notre unité infrangible et de notre fraternité indélébile nous revient. Les fautes éventuelles sont alors reconnues, mais elles ne sont jamais retenues : c’est l’apôtre Paul qui affirme sans sourciller que Dieu lui-même – le fameux Juge qui nous attend ! – «ne tient pas compte des fautes des hommes» (lisez 2 Co 5, 17-19) !

Nous rappeler notre identité et notre mission véritables nous pousse à confesser spontanément nos « péchés » (pécher veut dire « rater la cible ») contre la fraternité, la paix, la joie et l’amour. Cette confession met un terme à la récurrence de la séparation. Et c’est cela, la réconciliation ! Quant au jugement et à la condamnation, ils ne font hélas que perpétuer la récurrence de la séparation. Voilà pourquoi l’Evangile insiste : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugé ; ne condamnez pas et vous ne serez pas condamné ».

5.Finalement, tout n’est qu’une question de mémoire : quand nous nous rappelons qui nous sommes vraiment – des enfants uniques de Dieu -, nous laissons Notre Père agir en nous et à travers nous et nous redevenons des enfants prodiges, capables de paix-tout-temps, de joie irrépressible et d’amour inconditionnel. Quand nous oublions qui nous sommes – ce qui, hélas, nous arrive plus souvent qu’à notre tour-, nous devenons des enfants prodigues, perdus loin du royaume du Père, où nous rencontrons forcément mille soucis. La souffrance devient alors notre lot quotidien, car sa fonction est de nous rappeler, à terme, notre identité réelle et le chemin du retour à la maison.

Et  quand  enfin  nous  revenons,  comme  Joseph  aujourd’hui,  nous retrouvons un Père miséricordieux dont la justice sert  précisément  à « justi-fier » (rendre juste) et non à condamner. Et si elle se heurte à la rancune de frères qui n’arrivent pas à pardonner, le Père sort s’en occuper et finit par les convaincre de devenir aussi parfaits que Lui qui traite avec la même magnificence les soi-disant bons et les prétendus méchants !

Et maintenant que nous connaissons le fin mot de toute cette histoire qu’on appelle la vie, entrons dans la danse tout de suite, sans devoir attendre le jour de notre dernier souffle : la Pâque de Joseph nous aura ainsi servi de rappel à nous-mêmes, à notre véritable identité et à notre fraternité.

Que le passage de Joseph de ce monde à Notre Père soit pour nous une invitation à entrer et à demeurer dans les fréquences vibratoires de la paix, de la joie et de l’amour.

AMEN

6.Terminer en chantant le refrain et le dernier couplet de Umwami w’Imbyino.

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