La bataille de Kanzenze-Bugesera. Une épisode dans la naissance et la consolidation de la République Rwandaise: 1963.
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Seule la jeune Garde Nationale a empêché les féodo-monarchistes Inyenzi de reconquérir le Rwanda en 1963. Il n’y a pas eu d’intervention des paracommandos belges.

 

Introduction

 

Le régime républicain adopté par le Congrès extraordinaire de Gitarama le 28 janvier 1961 et confirmé par le référendum organisé par l’ONU le 25 septembre 1961 fut combattu militairement dès sa naissance. Les attaques des feodo- monarchistes qui s’étaient repliés dans les pays voisins et constitués en une milice dénommée par eux-mêmes “INYENZI” se sont multipliées en provenance tantôt de l’Ouganda (dans les volcans – Kinigi), tantôt du Congo-Kinshasa (Bugarama) tantôt de Tanzanie (Butama) et surtout du Burundi (Bugesera, Nshili, Bweyeye). A chaque fois, la Garde Nationale, qui venait à peine d’être créée, se battait vaillamment et obligeait les assaillants à battre en retraite après avoir subi des pertes considérables.

 

Les attaques des Inyenzi ne s’estomperont que vers 1968 quand la République s’était politiquement bien consolidée et la Garde Nationale assez aguerrie et relativement plus équipée.

 

En évoquant cette période et peut-être en faisant le parallèle avec la période de 1990-1994 quand les descendants des mêmes Inyenzi ont mené une guerre de reconquête du pouvoir au Rwanda et qu’ils ont cette fois-ci vaincus les FAR qui étaient issues de la Garde Nationale des années 60, certains analystes et/ou politiciens affirment qu’en réalité ce ne fut pas la Garde Nationale qui a vaincu les Inyenzi des années 1960-1968 mais bien les “Belges”.

 

Évoquant récemment cette épisode, un des politiciens vedettes rwandais Monsieur Faustin Twagiramungu, qui fut parmi les restaurateurs du parti MDR en 1991 et qui deviendra Premier Ministre après la reconquête militaire du pays par les Tutsi en juillet 1994, a insinué que les paracommandos belges auraient stoppé et refoulés les Inyenzi qui avaient progressé jusqu’au pont de la Nyabarongo à Kanzenze en décembre 1963. Cette affirmation est fausse car démentie par la réalité historique.

 

Sources historiques

 

Certes la période semble relativement éloignée (56 ans), mais elle est très bien documentée car les archives du Ministère de la Défense et celle de l’Etat-major de l’Armée peuvent renseigner sur cette épisode quand elles sont accessibles ou pas détruites par les conquérants. Bien plus, certains acteurs sont encore en vie et leurs précieux témoignages peuvent lever le doute. C’est le cas des colonels Serubuga, Ntibitura et Simba, ou encore l’ Adjudant Chef Ntiligira, etc…

Le récit de cette bataille que nous faisons se base sur ces principales sources.

 

Opération militaire proprement dite

 

Pour mieux comprendre ce qui ‘est passé en décembre 1963, il faut rappeler le contexte. Le Rwanda comme République venait d’accéder à la souveraineté internationale en devenant indépendant le 01 juillet 1962. Le régime monarchique déchu suite à la Révolution populaire de 1959 avait tenté en vain d’empêcher que le Rwanda n’accède à l’indépendance sous la forme républicaine. Mais le référendum organisé par l’ONU en septembre 1961 avait fini par anéantir leurs espoirs. Ils vont alors intensifier les incursions armées pour les rendre des attaques d’envergures forts de l’appui de certains pays voisins et du courant révolutionnaire d’obédience communiste alors en vogue.

 

C’est donc ainsi que dans la nuit du 22 au 23 décembre 1963, les Inyenzi lancèrent une offensive fulgurante à partir du Burundi sur la petite garnison de Gako au Bugesera. Ils vont vite l’investir et continueront leur progression vers Nyamata jusqu’à Kanzenze. L’État-major de la Garde Nationale ne sera prévenu que par une estafette venue à pied et en auto-stop (le Sergent Byohejwe) que dans l’après midi du 23 décembre. Le commandant de la Garde Nationale et Chef d’Etat-major organisera alors la riposte et la contre-attaque.

 

Le jeune capitaine Habyarimana, qui venait à peine de prendre le commandement de la Garde Nationale, ne disposait comme unités de combat que le Bataillon d’Intervention de Kigali qui lui aussi venait d’être créé. Il était commandé par le Cdt (belge) Eugène Frans et avec comme S3 (officier chargé des opérations) le Lt Pierre Nyatanyi. Ce bataillon était composée de trois compagnies d’infanterie et d’une compagnie Etat-major et appui (EM Sp). Celle-ci était à son tour composée d’un Peloton de Reconnaissance, un Peloton Mortier et un Peloton PM. Ce fut donc ce Bataillon qui mena l’opération de contre-attaque et de reconquête du Bugesera dès le 23 décembre 1963.

 

Le Pl de Reconnaissance (Pl Recce) sous le commandement du SLt Bonaventure Buregeya en l’absence de son commandant le SLt Laurent Serubuga ayant accompagné le ministre de la Garde nationale Calliope Mulindahabi en visite en Israël fut envoyé en éclaireur. Ensuite ce fut la 1ère Compagnie avec l’appui du Pl Mortier commandé par le Lt Epimaque Ruhashya qui mena l’attaque. Le pont de Kanzenze fut franchi et l’ennemi Inyenzi repoussé mais non sans pertes car tombèrent sur le champ d’honneur notamment le Cpl Nyandwi qui sortait de l’ESO et le Sdt Mbaraga.

 

Dans une opération de “poursuite et exploitation”, les unités de la Garde nationale ont reconquis dans la foulée Nyamata, Maranyundo, Gako, avant de boucler la frontière avec le Burundi au niveau de Nemba et Lac Rweru et Cyohoha Sud.

 

Tous ceux qui évoquent cette opération (archives, acteurs…) ne citent nulle par la participation des fameux para commandos belges. Les Belges auraient peut-être fourni un appui logistique ou en renseignements mais tactiquement sur le terrain la reconquête fut l’oeuvre des seuls militaires de la Garde nationale sous le Haut Commandement du Capitaine Juvénal Habyarimana.

Bien évidemment pour communiquer, “l’homme politique a ses raisons que la politique ne connaît pas!”

 

Emmanuel Neretse
Bruxelles le 27 avril 2019.

 

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