Y a-t-il vraiment des Juifs d’Afrique?
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Le texte ci-dessous est tiré du livre de Martin Ukobizaba : « Opération Havila », publié aux Editions Scribe à Bruxelles en septembre 2019, pp. 255-259.
Le titre de l’article est de la rédaction.

Pour ce qui est des tentatives de rapprochement entre le judaïsme et certains peuples d’Afrique, il serait utile de consulter une des plus grandes spécialistes de la question, Madame Edith Bruder. Elle a écrit sur ce sujet un ouvrage intitulé Black Jews , où elle nous parle de ses passionnantes recherches sur certaines communautés africaines au sud du Sahara, lancées depuis déjà un siècle dans le long processus d’affiliation au judaïsme.

A cet égard, elle ne craint pas de parler d’un processus relevant autant du « bricolage identitaire » que de la quête d’une « spiritualité alternative ». Outre les Lembas d’Afrique australe et les Hima -Tutsi de la région interlacustre, elle s’est penchée sur les peuples emblématiques suivants : les Abayuda, Falasha, Baluba, Beth Yeshouroun, Ibo, Benesi ou Jews of Rusape.

Ils ont tous en commun une foi inébranlable d’être juifs et noirs. Ce processus relèverait également selon cette auteur d’un effet de mode inspiré des noirs américains convertis depuis un certain temps au judaïsme. Cette recherche est à mettre en parallèle avec le développement du mouvement « Black Muslim », qui vise à contrer la religion de l’ancien maître esclavagiste. Autant dire que considéré de l’autre côté du miroir, ce mouvement de demande de judaïsation de noirs africains n’est pas pris très au sérieux.

Pour cette grande spécialiste du judaïsme à la marge, qui est également chercheuse associée à la prestigieuse « School of Oriental Studies », la plupart de ces revendications relèvent de mythes bibliques retrouvés par de nombreux africains au contact de la formation religieuse délivrée par les missions protestantes ou diverses congrégations évangéliques qui prolifèrent sur tout le continent. Hormis les Lembas d’Afrique du Sud, voici les principales autres communautés qui se targuent d’appartenir au monde hébraïque et réclament une totale reconnaissance officielle :

Le Mouvement Zakhor, qui signifie « se souvenir », et qui s’est autoproclamé juif à Tombouctou au Mali, au cours des années quatre-vingt. Ils se déclarent descendants des juifs du Touat, une région d’Algérie à la limite du Sahara. Leurs ancêtres furent exterminés par le Cheik Meghili en 1492 et certains rescapés purent s’enfuir au Mali actuel. Leur histoire semble très crédible, d’autant plus que nombre d’entre eux portent des patronymes hébreux qui furent plus tard arabisés.

Le House of Israël du Ghana : il semble qu’il y a un siècle, un de leurs prophètes eut une vision où il lui fut révélé l’origine juive de son peuple, dont beaucoup de coutumes ressemblent étrangement à ceux de l’Ancien Testament.

Les Abayuda d’Ouganda : ce sont leurs chefs qui ont décidé au début du vingtième siècle d’adhérer au judaïsme. En 1910, leur chef du nom de Samuel Lwakirenzi Kakungulu, qui pratiquait auparavant avec ferveur le protestantisme, décida la conversion collective de son peuple au judaïsme et à ses rites. Il procéda à cet acte après avoir découvert à travers la Bible de nombreuses similitudes entre les pratiques culturelles de l’Ancien Testament et ceux de sa propre tribu. La cérémonie de conversion officielle eut lieu en 2002 en présence de rabbins américains et israéliens qui avaient spécialement effectué le déplacement.

Les Juifs de Rusape au Zimbabwe : il s’agit d’un autre peuple qui prétend descendre de l’une des tribus perdues d’Israël. On découvre une troublante ressemblance entre leurs coutumes ancestrales, notamment celles relatives à la circoncision, au mariage, à l’enterrement, ou à l’agriculture et celles des anciens israélites. Cousins des Lembas d’Afrique du Sud, les juifs de Rusape prétendent que les ruines de la citadelle de Zimbabwe seraient liées à leurs ancêtres, qui trouveraient eux-mêmes leur origine d’une expédition que le roi Salomon aurait menée à la cité d’Ophir, connue pour sa production de quantités phénoménales d’or.

Les Yacouba ou peuple Dan de Cote d’Ivoire feraient également parti du lot. Le mot Yacouba proviendrait d’une déformation arabo-berbère de leur ancêtre commun Jacob et ils descendraient par leurs pères de la tribu de Dan, dont ils ont gardé le symbole-totem qui est le serpent.

Une organisation juive basée aux Etats-Unis, du nom de Kulanu, s’occupe très activement de retrouver les traces des descendants d’une des dix tribus du Royaume d’Israël, disparue depuis des millénaires et assiste ces populations dans leurs démarches de recherche de la reconnaissance de leur identité juive.

Ce royaume d’Israël fut détruit par les Assyriens au huitième siècle avant Jésus Christ, sa capitale Samarie fut rasée et les dix tribus furent dispersées à travers le monde. Certaines d’entre elles se seraient alors dirigées vers l’Afrique. En 586 avant Jésus Christ, ce fut au tour du royaume de Juda d’être dispersé, après que le roi babylonien du nom de Nebucadnetsar eut conquis la ville de Jérusalem et détruit le temple de Salomon. A cette occasion, certaines populations se seraient enfuies également en Afrique, tandis que le reste du peuple était amené en captivité à Babylone. Il est donc tout à fait plausible que la présence juive en Afrique remonte à une longue période de trois mille ans.

 

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