Rwanda. La liste des victimes de la police s’allonge
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Rubrique : Actualité


Publié le 18 Fév 2020 par Gaspard Musabyimana

La terrible nouvelle de la mort du chanteur Kizito Mihigo a été annoncée par la police rwandaise le lundi 17 février 2020.

Selon John Bosco Kabera, porte parole de la police, Kizito Mihigo se serait pendu, à l’aide d’un drap de lit,  dans sa cellule de la station de police de Remera où il était détenu depuis 3 jours.

Des observateurs avisés mettent en doute cette version des faits. Certains, qui ont eu le malheur d’être incarcérés dans les cachots de la police, affirment qu’il n’a pas de draps de lits dans ces antichambres de la mort. A y voir de très près, il s’agit ni plus ni moins d’un assassinat déguisé en suicide. En effet, Kizito Mihigo était bien portant au moment de son arrestation et selon les membres de sa famille qui lui ont rendu visite trois jours avant, rien n’indiquait qu’il serait suicidaire. Son arrestation, elle-même, telle que racontée dans les médias par les services du RIB (Rwanda Investigation Bureau), laisse des questions sans réponses et semble être une mise en scène pour couvrir son crime.

Pour rappel, Kizito Mihigo avait été accusé en 2014 d’avoir comploté contre le pays et d’avoir ourdi un complot pour attenter à la vie du président Paul Kagame. Ces accusations avaient été fabriquées suite au courage de Kizito Mihigo de dénoncer l’exploitation éhontée du génocide rwandais : dans une chanson devenue célèbre (Igisobanuro Cy’urupfu : L’explication de la mort), il avait dénoncé les crimes commis contre les Hutu par l’armée du Front Patriotique Rwandais de Paul Kagame et demandait que leur mémoire soit reconnue comme celle des Tutsi massacrés en 1994. Cette prise de position l’avait conduite en prison en 2015 avant d’être remis en liberté en septembre 2018 par grâce présidentielle.

Ce décès de Kizito Mihigo vient allonger une liste de prisonniers qui ont trouvé la mort alors qu’ils étaient aux mains de la police. Curieusement, l’explication reste la même : la police s’empresse d’évoquer le suicide ou des tentatives d’évasion qui l’obligent à tirer sur ces prisonniers.

Les cas les plus parlants des victimes de la police sont :

Le 16 mai 2014, dans le nord du pays, le responsable administratif du secteur Cyuve, région de Musanze, a été tué par la police qui lui reprochait de vouloir s’évader. Il était pourtant menotté et la police a tiré sur lui à bout portant.

Un mois plus tard, soit le 15/06/2014, Eric Hashakimana a été abattu par la police dans le district de Gicumbi. Il aurait tenté de s’échapper en sautant du véhicule lorsqu’il était emmené sur les lieux d’enquête.

Le cas d’Assinapol Rwigara illustre à suffisance la haute criminalité qui baigne parmi la police rwandaise. En porte à faux avec le système FPR qui lui mettait les bâtons dans les roues dans la marche de ses affaires, Rwigara fut mis dans le collimateur du régime qui lança sur lui des escadrons de la mort. Le 04/02/2015, un camion engloutit sa voiture. La police est tout de suite intervenue et les membres de la famille, alertés, sont vite arrivés sur les lieux. Rwigara est encore vivant quant la police le met dans un sac mortuaire. Sa famille proteste, en vain. Il est conduit dans un hôpital militaire où il est achevé. Sa femme a attesté qu’au retour, la tête de son mari avait été fracassée avec des objets contondants.

Le 25 février 2015, le docteur Emmanuel Gasakure, médecin privé du président Paul Kagame, a été tué par la police qui lui reprochait d’avoir voulu désarmer un policier commis à sa garde. Son cas est intéressant et mérite qu’on s’y appesantisse.

Médecin personnel du président Paul Kagame pendant 14 ans (entre 2001 et 2015), le docteur Emmanuel Gasakure était cardiologue en chef à l’université de Nancy en France avant de venir au Rwanda après la victoire du FPR en 1994. Il faisait également partie d’une équipe de recherche européenne et était aussi propriétaire d’une clinique privée en France.

Petit à petit, l’intégrité et la sincérité de Gasakure lui ont attiré des ennuis de la part du couple présidentiel, dont les pratiques mafieuses inspiraient le dédain  du médecin à leur égard. Des accusations d’alcoolisme et de laisser-aller sont murmurées dans les oreilles de Paul Kagame et des courtisans mettent en doute sa loyauté envers le président. Lorsque Paul Kagame demanda l’avis de ses conseillers sur la question d’un troisième mandat, Gasakure suggéra que Paul Kagame tienne sa parole et respecte la Constitution. Cela n’a pas été apprécié. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder la vase. Ainsi le 26 octobre 2014 à Londres, lors d’un voyage officiel, Paul Kagame renvoie Gasakure avec colère parce qu’il était trop lent à donner une réponse à une question et lui ordonne de retourner à Kigali. A son arrivée, il est placé en résidence surveillée et interrogé par la police quotidiennement. Il lui était reproché entre autres de violation du secret médical : il avait été piégé et les documents relatifs à la santé du président avaient été subtilisés. Il fut alors accusé de tous les maux : alcoolisme, dépression, violence envers les voisins, et surtout de violation du secret médical. Le 25 février 2015, un policier tire sur lui , au pistolet à bout portant.

Le 23 janvier 2016, l’Imam Mugemangango Muhamada été abattu par la police vers 21h00. Elle a expliqué qu’il a tenté de s’évader lorsqu’il était amené dans une reconstitution d’enquête sur les lieux. La police l’a ainsi abattu car il allait sauter du véhicule pour s’échapper. Il était détenu à la station de police de Kanombe.

Mahoro Jean Bosco est une autre victime de la police. Il a été abattu à la station de police de Kamembe dans le district de Rusizi le matin du 20 avril 2017 par des policiers. Le motif du forfait reste le même : l’intéressé aurait tenté de s’échapper et il a fallu tirer sur lui pour le neutraliser.

Dans la nuit du 29 au 30 décembre 2016, la police a tiré sur Maître Toy Ntabwoba Nzamwita. Elle lui reprochait d’avoir voulu forcer un barrage de la police.

Le 7 avril 2018, la Police rwandaise a arrêté un certain François Nsengiyumva. Il avait été  entendu en faisant la réflexion comme quoi la date du 07 avril de chaque année était comme un jour de fête pour les Tutsi. Le 19 avril, il a été exécuté par balles par les gardiens de la prison de Kibungo (Région Est) où il était détenu. Ses assassins ont prétendu qu’il avait tenté de les désarmer et de s’évader… alors qu’il était menotté !

Le 23 avril 2018, la Police a encore annoncé qu’un avocat du barreau de Kigali du nom de Donat Mutunzi, que sa famille signalait « porté disparu » depuis le 13/4, avait été retrouvé mort dans sa cellule de détention de la station de police de Ndera à Kigali. Le porte-parole de la police Théos Badege, actuellement au service à Interpol à Lyon (France) et Modeste Mbabazi, représentant de l’Organe National des Poursuites (RIB), avaient affirmé que le détenu  s’était suicidé dans son cachot en utilisant un drap de lit ; que dans sa cellule, deux bouteilles de bière Skol ont été trouvées, prouvant qu’il avait bu pendant la nuit et que même une bouteille avait été fracassée et utilisée pour couper un drap,…

Les cas d’abus de la police, ci haut cités, ne sont pas exhaustifs. Dans l’arrière-pays, des forfaits, nombreux sont commis par les différents services de sécurité. Mais, ils ne sont pas médiatisés. Ainsi va le système du FPR qui a fait du Rwanda un Etat policier.

Gaspard Musabyimana
18/2/2020

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