Le Rwanda à l’ère de la psychiatrie punitive : Cas de Fred Barafinda et du Dr Christopher Kayumba
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Rubrique : Actualité
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Publié le 7 Mar 2020 par Gaspard Musabyimana

Le Rwanda, comme l’URSS de Staline

Dans l’ancienne URSS, des opposants politiques, ceux qui se livraient à la critique de l’État soviétique et de son système social, étaient qualifiés, pour la cause,  de « personnes indésirables », et isolées dans des établissements psychiatriques sans les faire comparaître devant un tribunal. Cette méthode, dite de « psychiatrie punitive », était une utilisation abusive de la psychiatrie dans des buts politiques, en envoyant les dissidents dans des hôpitaux psychiatriques.

En URSS, cet internement psychiatrique était justifié en alléguant le  fait que la personne concernée était considérée davantage comme un patient, qui doit être traité comme tel plutôt que comme un criminel soumis à une sanction pénale. Ce fut le cas de Fred Barafinda au Rwanda.

Cas de Fred Barafinda

Candidat malheureux aux élections de 2017, Barafinda, en opposant politique, n’a cessé de dénoncer les actes « criminels » que pose le régime du président Paul Kagame contre sa population, dont les emprisonnements arbitraires, les disparitions, … Au cours du dernier trimestre de 2019, les discours de Barafinda se sont appesantis sur les destructions sauvages des habitations des quartiers pauvres de la capitale Kigali. Ces démolitions, faites précipitamment et sans compensation pour les propriétaires et les locataires, ont jeté des milliers de personnes dans la nature. On a vu des femmes, des enfants, des mamans avec des bébés, dormir à la belle étoile, à côté de leurs habitations détruites. Barafinda n’a pas mâché ses mots pour fustiger cette politique criminelle des autorités rwandaises.

Barafinda a en outre dénoncé des arrestations intempestives qu’il subissait de la part des policiers, enquêteurs du RIB (Rwanda Investigation Bureau). Dans une de ses vidéos, il décrit comment il a été séquestré pendant plusieurs jours et torturé en l’enfermant dans un cercueil, un message clair de sa mise à mort plausible.

Les conséquences inhérentes à la critique des méthodes du régime de Paul Kagame ne se sont pas faites attendre. Le 12/02/2020, Barafinda Sigikubo Fred fut conduit au Centre psychiatrique de Ndera et interné.

Les spécialistes du droit pénal sont d’avis que la décision de cet internement a été prise en dehors de tout cadre légal. En effet, sitôt arrêté, Barafinda a été interné sur décision du RIB, un organe composé d’enquêteurs qui doivent rendre compte aux magistrats du Parquet. Mais au Rwanda, le RIB a été érigé en système de gangsters, utilisés par le régime pour réprimer les opposants politiques. Victoire Ingabire, une autre opposante politique, dans une vidéo, s’est plainte des tortures faites en son endroit par les enquêteurs du RIB notamment en la séquestrant, pendant plus de 10 heures, dans une salle, dans l’attente d’un interrogatoire qui n’arrivait jamais. Entre-temps, elle souffrit de la faim et de la soif, sans possibilité de réclamation.

Selon des spécialistes, l’internement de Barafinda aurait dû d’abord être décidé par un juge après examen d’un rapport psychiatrique requis par un tribunal compétent. Ce qui n’a pas été le cas. La police, en dehors de tout contrôle judiciaire, a arrêté Barafinda et l’a conduit, sans délais, au Centre psychiatrique de Ndera où il fut isolé sans possibilité de recours.

Le 04 mars 2020, la porte-parole du RIB, Marie Michelle Umuhoza, a déclaré à la presse que selon le rapport du Centre psychiatrique de Ndera, Fred Barafinda est un « malade mental ». La méthode de  la psychiatrie punitive a bien fonctionné. Barafinda sera « hospitalisé » tout le temps que décidera le régime de Paul Kagame.

Cas de Kayumba Christopher

Professeur dans l’Ecole de journalisme et de communication de l’université nationale du Rwanda, Dr Christopher Kayumba a été appréhendé le 10/12/2019 par la police à l’aéroport de Kigali alors qu’il allait s’envoler pour Naïrobi au Kenya. Il n’a pas pu prendre son avion. Il exprime son ras-le-bol dans les deux tweets  ci-après :

Les ennuis de Kayumba Christopher commencent en 2012. Il publie des articles critiques dans un journal : «The Chronicles ». Il est alors dans le collimateur du régime qui lance une équipe de policiers pour le traquer. Ils lui font la vie dure. Chaque fois  qu’il va sur la route, il est arrêté et la voiture saisie. La Police, faute de le qualifier de « fou » à l’instar de Barafinda, le qualifie d’ « ivrogne »,  de « danger à l’ordre public ». Plus grave, elle lui reproche de salir son image :

Aux mains de la Police, il est facile de s’imaginer le sort qui a été réservé au Dr Christopher  Kayumba avant qu’il ne soit présenté devant le juge. Il a passé de mauvais quarts d’heures. Ses amis parlent de bastonnades et autres mauvais traitements. Et pour cause, comme Barafinda, Dr Christopher Kayumba n’était pas tendre avec la police. En témoignent les échanges ci-après, qui ont eu lieu en 2018 via Tweeter :

Dr Kayumba Christopher reste en prison. Ses amis et les organisations de défense des droits de l’Homme ne sont pas autorisés à lui rendre visite. Ils pensent même qu’il est en train d’être torturé dans une de ces prisons secrètes gérées par les services de sécurité.

Gaspard Musabyimana
07/02/2020

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