L’aide accordée par le FMI au Rwanda. Une gabegie récompensée !
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L’aide de 109,4 millions de dollars accordée au Rwanda par le FMI pour amortir le choc des effets du Corona virus sur la population est diversement appréciée.

Dans un communiqué du 08/4/2020, FDU-Inkingi, un parti d’opposition politique au régime rwandais, tout en saluant la facilité de crédit accordée au Rwanda par le FMI , y voit néanmoins un soutien déguisé à une dictature caractérisée par la mauvaise gestion des deniers publics.

Le parti FDU-Inkingi considère que le renflouement du régime du FPR par le FMI, en passant outre  les 190 millions de dollars qui auraient été siphonnés et transférés sur des comptes bancaires offshore en un an par les caciques du régime rwandais,  revient à porter à bras-le-corps  une dictature en perte de vitesse.

La facilité  accordée par le FMI viserait ainsi à soutenir non pas les effets de la baisse des réserves internationales mais plutôt récompenser une mauvaise affectation des ressources et un manque d’accountability qui caractérisent des Etats totalitaires comme le Rwanda.

Le parti rappelle, à juste titre, qu’au Rwanda les réserves monétaires ont été réduites par le  financement des sorties inutiles du président Kagame, qui a effectué pour la seule année 2019, 59 voyages connus dont deux pour assister aux cérémonies de remise des diplômes de son fils et de sa fille (coût total des voyages estimé à 17 millions de dollars), d’autres pour assister à la réunion du conseil d’administration de la NBA,  ou même financer des clubs de football européens super riches, à savoir Arsenal et le PSG. A cela s’ajoute les dépenses faites pour piloter des projets démesurés, devenus de véritables « éléphants blancs » comme le KIGALI ARENA pour une somme de 50 millions de dollars ou des millions de dollars débloqués chaque année pour soutenir le déficit chronique d’Air Rwanda, la compagnie nationale d’aviation. Le gouffre dans le budget est évidement causé par la propension du régime de Paul Kagame à l’achat du dernier matériel militaire pour ses expéditions militaires en République démocratique du Congo, pour la chasse aux opposants à l’intérieur et à l’extérieur du pays et enfin pour montrer des dents à ses voisins que sont l’Ouganda et le  Burundi en application de sa politique étrangère belliqueuse.

Il sied de souligner que l’aide étrangère par habitant est l’une des plus élevées au monde. Elle est de 100 $ US pour le Rwanda, contre 39 $ US pour le Burundi; 50 $ US pour le Kenya, 45 $ US pour la Tanzanie et de 47 $ US pour l’Ouganda. L’aide étrangère en pourcentage des dépenses du gouvernement central au Rwanda s’élève à 70,9%. Il n’y a que deux pays dans le monde avec un pourcentage de soutien plus élevé  des donateurs aux dépenses du gouvernement central que le Rwanda. Il s’agit du Malawi à 127,9% et de la Micronésie à 120,6%. En raison de cette aide massive, certains analystes ont qualifié le Rwanda d’État sans citoyens, car les citoyens sont pris en charge par des bailleurs de fonds étrangers, tandis que le gouvernement dépense de l’argent pour protéger le régime et la clique au pouvoir et acheter des partisans. Certains sont allés même plus loin pour suggérer que le Rwanda est comme une « armée avec un État » plutôt que « un État avec une armée » en raison du rôle central de l’armée dans la prise de décision.

Il est clair que les mesures de Covid_19 ont été prises pour impressionner la communauté internationale et n’ont pas tenu compte des conditions locales existantes. Les affamés de la capitale Kigali sont aux bords des actes suicidaires car dans leurs déclarations aux journalistes, ils disent préférer mourir du corona virus au lieu de mourir de faim. Ils vont plus loin et demandent au gouvernement de rapatrier l’argent qui se trouverait dans des paradis offshore au Panama et ailleurs, d’utiliser les 194 milliards de francs rwandais du « Fonds Agaciro » auxquels tout le monde a contribué depuis 2012, etc.

Ce qui se passe au Rwanda est préoccupant souligne le parti FDU et l’aide du FMI est venue au secours d’un régime totalitaire en perte de vitesse. Comme à l’accoutumée, une partie de l’aide servira à maintenir le style de vie somptueux du Président à son niveau et à garder sa base politique.

Les donateurs ont une responsabilité de garantir que l’aide soit acheminée là où elle est le plus nécessaire. Cependant, une telle responsabilité n’est possible que dans un système démocratique qui seul peut garantir une bonne allocation des ressources, comme l’a souligné à juste titre l’ancien secrétaire d’État John Kerry : « Seule la démocratie permet à un pays de bénéficier de la pleine énergie et du talent de ses citoyens, du progrès et de l’innovation que le flux sans contraintes d’idées peut créer ». C’est bon pour le Rwanda comme pour ailleurs dans le monde.

En effet, la responsabilité ne peut être attendue lorsque le régime du FPR est marqué par l’exclusivité, les privilèges, le népotisme, l’enrichissement et la corruption et lorsque toutes les questions politiques liées au pouvoir sont décidées par le président, en collaboration avec ses principaux conseillers, le Parlement et le Sénat étant tétanisés à l’idée d’interpeller ou de contredire le président sur ses excès de dépenses.

Sans lier l’aide à  l’ouverture de l’espace politique pour permettre à l’opposition de faire son travail de responsabilisation du gouvernement, la mauvaise affectation des ressources continuera et l’avenir du pays compromis.

Le parti FDU conclut son communiqué par cette remarque de Marc Sommers du The New York Times un spécialiste des sciences sociales: « Assouplir les rênes de l’autocrate et aider sa nation à éviter une nouvelle explosion est un message que seuls les partisans internationaux du Rwanda peuvent transmettre au président Kagame ».

Gaspard Musabyimana

 

 

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