RÉFLEXION SUR LES LETTRES DES DIPLOMATES BRITANNIQUE ET AMÉRICAIN A PROPOS DU GÉNOCIDE AU RWANDA
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Rubrique : Actualité, Culture
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Publié le 2 Juin 2020 par Ndangali Christophe Segako

Les notes diplomatiques rédigées en mai 2020 par Kelly Craft, ambassadeur des USA à l’ONU et par Jonathan Allen, de la mission du Royaume-Uni auprès de la même Institution, mettent une puce à l’oreille et suggèrent un avis.

En effet, le drame rwandais a coûté la vie à des millions de Banyarwanda, d’Occidentaux et de voisins. La situation fut ou continue d’être catastrophique à tel point que plusieurs langues se sont déliées  même à l’intérieur du Rwanda où nombre de témoins oculaires sont encore en vie.

Le génocide des Tutsi qui a résulté du conflit sans en être la seule conséquence reste évidement indéniable tant dans les faits que par voie judiciaire. Car les Tutsi ont massivement et sauvagement été tués pour ce qu’ils étaient. Leur génocide a été cimenté par la force de la chose jugée puisque le Tribunal Pénal International pour le Rwanda l’a reconnu. D’autres instruments le protègent et ce, à juste titre.

De fait, même si, d’après Tito Rutaremara[1],  les Interahamwe étaient infiltrés par les éléments dangereux du Front Patriotique Rwandais (TPIR -98 41-T Kambanda, 20 novembre 2006, p.69)[2], même si les Interahamwe avaient été créés par deux Tutsi Gasana Anastase (devenu ministre sous le FPR) et Eric Karagezi[3], même si le président des Interahamwe, le Tutsi Kajuga Robert était proche du FPR, même si les Interahamwe étaient commandés à partir du siège du FPR[4], en droit, ces circonstances n’amenuisent en rien les actes barbares qui ont essayé de décimer le groupe ethnique des Tutsi pour ce qu’il était.

De même, aucun doute ne subsiste en ce que les Hutu furent massacrés à grande échelle et que le résultat de recherches donne raison à Victoire Ingabire Umuhoza pour son assertion selon laquelle les victimes Hutu et Tutsi devraient toutes être commémorées, assertion hautement soutenue notamment par la perception des propos tenus ou écrits par le général Dallaire Roméo[5] de même que Boutros Boutros Ghali,[6] Charles Onana,[7] l’universitaire américaine Helen Epstein,[8] Ndanyuzwe Noël,[9] Judi Rever,[10] Reyntjens Filip,[11] Kofi Annan,[12] Ndagijimana Jean Marie Vianney[13] et en quelque sorte, Paul Kagame[14] qui réduit le génocide des Tutsi au désastre alors que l’éthique du FPR ne tolère aucune équivoque qui tendrait à évoquer ses propres tueries présumées (car non encore jugées) sur les Hutu.

Nous n’avons donc aucun argument pour mettre en doute ce que les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume Uni ont compris des crimes présumés du Front Patriotique Rwandais. Ces puissances ont donc bien remarqué que les Hutu avaient été massacrés [killed] et qu’il n’y avait plus lieu de continuer à couvrir des actes répréhensibles d’autant plus que le président Paul Kagame lui-même a changé de position en qualifiant de « sinistre » [15] le génocide des Tutsi malgré la rigueur habituelle imposée à tous, nationaux et étrangers, par l’éthique du FPR.

Nombre de gens ne comprennent pas comment la France continue de se plier devant les mensonges qui la salissent par un ton accusatoire ou frondeur de Kigali alors que les puissances précitées ont préféré briser la glace [to break the ice] par leur décision de ne plus couvrir l’impunité perçue dans l’échec du Tribunal Pénal International pour le Rwanda et les gacaca/tribunaux traditionnels qui n’ont jugé que les Hutu.

Les Rwandais de l’intérieur et les réfugiés devraient donc plutôt saluer cette importante prise de position des pays amis du Rwanda. Car la situation tyrannique qui gangrène ce pays résulte d’un déficit progressif de la démocratie, déficit qui génère de jour en jour des impacts négatifs graves sur sa gouvernance et de facto, sur la vie et le bien-être de ceux qui ont échappé aux assassinats, aux enlèvements ou aux emprisonnements arbitraires tels que celui qui vient d’être imposé au Tutsi Barafinda Fred Sekikubo placé dans un asile de fous pour avoir levé son petit doigt.

La position logique est celle qui épouserait le côté positif de ces lettres susvisées en ce que deux puissances viennent de témoigner que les Hutu, eux aussi, ont été tués. Reste à dire par qui pour que l’impunité cesse. Leurs lettres ne sont donc pas un argument mais un témoignage de valeur. Ces lettres émanent des pays qui ont des satellites et des services de renseignement outillés tant en ressources humaines qu’en matériel technique : ils savent correctement ce qui s’est passé au Rwanda depuis octobre 1990. Ils savent ce qu’ils écrivent aujourd’hui et que le régime qu’ils ont soutenu ne déleste point sa dictature pour que la vraie démocratie y entre.

Il convient dès lors d’encourager ces deux pays à aller de l’avant et ainsi, leur action s’amplifiera ne fût-ce que pour que tous les Rwandais commémorent leurs proches tués par l’un ou l’autre belligérant ou par les deux. L’optimisme trouve ici sa raison d’estimer que l’ouverture politique est proche pour un changement pacifique, pas nécessairement des dirigeants, mais au moins de la méthode de diriger.

Ces deux puissances savent que le Rwanda appartient inclusivement aux Hutu, au Tutsi et aux Twa qui aspirent vers des institutions fortes au lieu de continuer à soutenir aveuglément un régime qui réprime les droits et les libertés de certains de ses citoyens et des voisins.

In fine, il est donné à penser qu’au niveau du Conseil de Sécurité, la Résolution adoptée par l’Assemblée Générale de l’ONU allait être frappée de veto. La France devrait aussitôt s’y rallier au lieu de se plier à jamais au mensonge lui prêtant un crime aussi grave qu’est le génocide.

NDANGALI Christophe SEGAKO


[1] Tito Rutaremara na Tom Ndahiro, nimusigeho …in https://www.youtube.com/watch?v=UU0dbgI504s

[2] Lugan Bernard, : L’arrestation de Félicien Kabuga, ou quand les médias rajoutent un chapitre à la fausse histoire du génocide du Rwanda, mardi 19 2020 (blog)

[3] Idem (Karagezi/Karekezi ?)

[4] Ibidem

[5] Dallaire Roméo, J’ai serré la main du diable…,  p.591.

[6] Théophile Ruhorahoza, Terminus Mbandaka –Le chemin des charniers de réfugiés rwandais au Congo, Editions du Nil, 2009, p.9.

[7] Christine H. Gueye, Grands lacs: le colloque au Sénat qui fâche, in Spunik France, © Sputnik . cholzbauermadis Afrique, publié à 15:43 en date du 12.03.2020

[8] Christine H. Gueye, Grands lacs: le colloque au Sénat qui fâche, in Spunik France, © Sputnik . cholzbauermadis Afrique, publié à 15:43 en date du 12.03.2020.

[9] Ndanyuzwe Noël, La guerre mondiale op.cit., p.323.

[10] In Praise of Blood – Note de lecture 1 Judi Rever … – France Turquoise www.france-turquoise.com/…/Note-de-lecture-Judi-Rever

[11] In Praise of Blood – Note de lecture 1 Judi Rever … – France Turquoise www.france-turquoise.com/…/Note-de-lecture-Judi-Rever

[12] Théophile Ruhorahoza, op.cit., 2009, p.9.

[13] Jean-Marie Ndagijimana in France et drame rwandais, p.4.

[14] Nsengiyumva Sylvestre, Rwanda génocide-26 : le surprenant discours révisionniste du président, in musabyimana.net, lu le 14 avril 2020.

[15] Nsengiyumva Sylvestre, Rwanda génocide-26 : le surprenant discours révisionniste du président, in musabyimana.net, lu le 14 avril 2020.

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