Le peuple rwandais choisi comme un cobaye idéal en Afrique centrale par les puissances qui dominent le monde
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Rubrique : Actualité
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Publié le 15 Nov 2021 par Emmanuel Neretse

Clés pour comprendre le drame de certains pays et peuples pris pour des “cobayes” par les géostratèges des lobbies et puissances qui dominent le monde.

 

Dans toutes les écoles de Guerre du monde, dans le cursus de la formation des officiers supérieurs d’Etat-Major, le Département de problèmes de défense organise des ateliers de discussion sur différents thèmes dont certains sont prémonitoires quand on les examine a posteriori.

 

C’est en redécouvrant et en réfléchissant en profondeur sur l’un des thèmes proposés, il y a près de 35 ans, dans une de ces Ecoles (thème qui n’avait jamais été proposé et qui sûrement depuis ne le fut plus), soit moins de quatre ans avant l’invasion du Rwanda par les éléments de l’armée régulière de l’Ouganda voisin, et tout ce qui en est suivi et ses conséquences directes et indirectes, que nous avons commencé à comprendre l’origine du malheur du peuple rwandais.

 

Thème de discussion soumis aux officiers du Cours Supérieur d’Etat Major en 1987.

 

Enoncé:

 

« Dans un pays dont la population est composée de deux communautés (ethnies) antagonistes mais d’inégale importance en termes de chiffres, l’ethnie minoritaire peut-elle accéder au pouvoir politique et dominer sa rivale, l’ethnie majoritaire ? Si oui, à quelles conditions ? Et si non pourquoi ? »

 

bats en ateliers

 

Comme toujours en pareille situation, les travaux se déroulent en ateliers et à la fin, les participants se rencontrent pour adopter des résolutions consensuelles lors d’une séance plénière. Dans ce cas de figure, après les exposés des travaux en ateliers, une résolution de synthèse fut adoptée.

 

La réponse à l’interrogation du thème fut “Oui”, mais à quatre conditions :

– Il faut que cette minorité prenne le pouvoir dans ce pays par les armes et pas démocratiquement, car irréalisable.

– Après, il faut assurer à ce régime l’impunité totale et la non-soumission aux idéaux de “démocratie” ou de “respects des Droits de l’Homme” exigés à d’autres Etats civilisés.

– Il lui faut lui assurer un soutien financier massif et sans conditionnalités de bonne gestion ou celles d’assurer le bien-être de la population, mais seulement pour refléter un miroir déformant la réalité.

– Il faut lui en donner le temps : au moins un quart ou un demi-siècle pour formater la génération née après sa conquête du pouvoir par contrainte et par force et ainsi réécrire l’histoire de façon à légitimer sa conquête.

 

La question qui restait posée mais qui ne faisait pas l’objet de cette étude en ateliers, était celle de la mise en pratique de ces théories des bureaux d’études géostratégiques des grandes puissances. Ceci fut constaté à posteriori et le constat est partout et en tout temps clair.

 

Depuis 1990, ce processus est régulier et immuable. Il se résume en ces points :

– Il y a d’abord le choix d’un cobaye (un pays) sur lequel on doit tenter l’expérience ;

– Mettre à sa tête un personnage qui n’a aucun souci pour la population locale car soit ne s’y reconnaissant pas, soit la considérant comme seulement taillable et corvéable à merci. – Sinon alors y maintenir une situation de “chaos“ qui permet aux puissances de fructifier leurs intérêts sans efforts et sans contraintes liées aux exigences des états souverains organisés ;

– La mise en pratique des résolutions théoriques doit se faire sans se soucier des conséquences sur les populations cibles, autrement dit sans états d’âme ;

– Il faudra se donner le temps pour voir si l’expérience sera concluante ou pas (minimum une vingtaine d’années);

– Si l’expérience réussit, il faut alors adopter un discours qui vante ce modèle inventé en laboratoire ;

– S’il échoue, il faudrait trouver des explications et des prétextes qui excuseraient les initiateurs.

 

Le malheur du Rwanda est d’avoir été choisi comme un cas expérimental, un cobaye idéal en Afrique centrale car remplissant les conditions :

– Le Rwanda remplit, comme le Burundi, l’une des conditions, car ailleurs avec 20, 40 et même plus d’ethnies, cela y est irréalisable ;

– Il était le maillot faible en termes de défense mais aussi le plus inaudible en termes diplomatiques et médiatiques ;

– Malheureusement l’expérience est toujours en cours au “Laboratoire géopolitique” plus de 3 décennies après son lancement ;

– Comme partout ailleurs, la souffrance des peuples des pays “Cobayes” ne les émeut pas. Exemple : Irak, Afghanistan, Syrie, Libye, Yémen, etc.

 

Il ne faut donc pas s’étonner quand une clique de criminels avec à sa tête un ancien enfant-soldat dans les rebellions en Ouganda et qui ne sait rien d’autre que tuer, commet impunément des crimes contre l’humanité et des pires violations des Droits de l’Homme depuis 27 ans sans être inquiété ni simplement dénoncé. Voilà un autocrate, quasi illettré qui, après sa conquête militaire du pays, modifie à trois reprises la Constitution pour se maintenir au pouvoir à vie ; qui, lors des simulacres d’élections, met en prison quiconque ose déclarer qu’il se présenterait contre lui, ou contraint d’autres à l’exil ; qui, pour ne pas paraître comme candidat unique, va chercher un SDF (un sans domicile fixe), qu’aucun rwandais ne connaît, dans des caniveaux de France et qui lui même ne savait pas pourquoi on lui avait acheté un billet d’avion pour aller au Rwanda qu’il avait quitté en 1994. Il est aujourd’hui nommé “Conseiller dans un ministère”. Autrement dit, “rien” mais simplement dans une planque, pour le remercier d’avoir été le challenger officiel du dictateur sur les bulletins de vote.

 

Un autocrate qui, après cette mascarade électorale, se déclare élu à 99 % ! Aussitôt les résultats annoncés, ces puissances s’empressent de le féliciter et de faire publier, dans leurs médias, la “preuve de la très grande popularité” de ce dictateur ! Au lieu d’être vilipendé et condamné par ces puissances par ailleurs promptes à prendre des sanctions pour moins que ça, il est au contraire encensé et montré comme un “modèle” de leaders que les Africains devraient avoir. Même quand il va kidnapper des citoyens européens et ensuite les condamner à de lourdes peines pour des crimes imaginaires, ces puissances, qui connaissent et répondent des puissants lobbies qui ont créé Kagame, vont se prosterner devant lui en déclarant benoîtement que son Rwanda est souverain et que sa justice est indépendante ! Quand il tue ou emprisonne des journalistes qui ont osé publier les exactions commises par ses agents et les milices de son parti, ces mêmes puissances ne prennent aucune sanction alors que pour moins que ça, les pays comme la Biélorussie, la Birmanie en Asie ou le Burundi pourtant le pays le plus démocratique de la région des Grands Lacs en Afrique,… sont lourdement sanctionnés.

 

En conclusion

 

Dans ce cas précis du Rwanda, comment convaincre ces “laborantins” que sont les puissances et les lobbies qui dominent le monde à mettre fin à leur exercice macabre de tout expérimenter sur le peuple rwandais ?

 

L’une des reproches faites aux analystes et aux intellectuels est celle de leur lancer dans la figure : “Et alors que proposez-vous ? Vous ne faites que ressasser des théories”. Ce reproche, quoique compréhensible, est souvent injuste. C’est pourquoi, sans prétendre donner de leçon à qui que ce soit, nous indiquons à certains acteurs de la vie politique du Rwanda, des actions qui pourraient être menées pour faire sortir le Rwanda des éprouvettes des laboratoires des géostratèges des puissances qui dominent le monde.

 

Chacun des partis politiques, véritablement opposés à la clique du FPR de Paul Kagame devrait avoir, dans ses objectifs immédiats, de relever et d’identifier quels sont ces lobbies et puissances qui ont créé Kagame et le maintiennent pour leur permettre de continuer à opérer leurs expériences sur le Rwanda et avec le peuple rwandais comme “cobaye”. Apres l’identification, se donner les moyens de les contacter et élaborer un discours clair et crédible à leur tenir. En substance, leur dire que Kagame et sa clique ne pourront continuer à défendre leurs intérêts mais, qu’au contraire, ils leur font perdre en crédibilité auprès des autres peuples de la région. Ces partis se présenteraient comme une alternative crédible au FPR de Kagame et les rassurer que leurs intérêts seraient toujours sauvegardés pour autant qu’ils ne vont pas à l’encontre des intérêts vitaux du peuple rwandais comme c’est le cas sous le long règne de Kagame.

 

Les organisations de la Société Civile devraient elles aussi identifier et se donner les moyens d’entrer en contact avec les lobbies pro-Kagame qui souvent opèrent aussi sous la couverture d’“Organisations Non Gouvernementales” ou autres Fondations à travers le monde. Le message serait le même que celui des partis politiques mais en veillant à ne pas confondre les genres.

 

Quant aux organisations de Défense des Droits de l’Homme, elles devraient continuer leur travail d’inventorier, au jour le jour, les crimes et les violations des droits de l’homme commis par le régime de Paul Kagame en les partageant avec d’autres organisations partenaires. Chaque fois sonner l’alerte comme quoi si le volcan sur lequel ces puissances ont fait asseoir le peuple rwandais qu’est Kagame et son FPR entrerait en éruption, personne ne devrait dire “on ne savait pas !”.

 

Emmanuel Neretse

 

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