Opération Turquoise : le non-lieu de Bisesero ravive la controverse autour de Charles Onana
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Rubrique : Actualité


Publié le 26 Sep 2026 par Emmanuel Neretse

En France, à la rentrée judiciaire de septembre 2026, dans le cadre des procès intentés contre les présumés coupables du génocide rwandais de 1994, ou de complicité de ce génocide, ainsi que de négationnisme, une cour et un tribunal de Paris ont rendu un verdict et pris une décision qui resteront historiques dans les relations entre la France et le Rwanda.

Cette rentrée judiciaire restera également marquée par le réveil soudain et l’agitation du juge d’instruction Marc Trévidic, nommé par Nicolas Sarkozy pour remplacer le juge Jean-Louis Bruguière qui venait de déposer ses conclusions sur l’attentat terroriste d’avril 1994 dans lequel ont trouvé la mort deux chefs d’État africains en exercice ainsi que leur suite. Cet attentat fut l’élément déclencheur des massacres génocidaires. Marc Trévidic qualifie les conclusions de son prédécesseur d’« enquêtes pourries ».

Rappel du contexte : deux affaires devant la justice

  1. Le livre de Charles Onana.

Rwanda, la vérité sur l’opération Turquoise – Quand les archives parlent. Paris, 2019. Éditions l’Arrière-Cour, 2019.

En 2020, alertée, l’association française « Survie » avait pris l’initiative de porter plainte avec constitution de partie civile contre Charles Onana et son éditeur. Plusieurs passages du livre étaient visés.

Le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) du couple franco-rwandais Dafroza et Alain Gauthier, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), la Ligue des droits de l’homme (LDH), la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), Ibuka-France et la Communauté rwandaise de France (CRF) se sont joints à Survie et se sont constitués parties civiles.

Le procès en première instance s’est tenu en décembre 2024 devant le tribunal correctionnel de Paris. Condamnés le 9 décembre 2024 à des amendes pour contestation de l’existence d’un crime contre l’humanité, en l’espèce le crime de génocide, le politologue, écrivain et journaliste franco-camerounais Charles Onana et son éditeur français Damien Serieyx avaient interjeté appel.

C’est donc dans ce cadre que devait se tenir devant la cour d’appel de Paris ce procès dont les audiences étaient programmées les mercredi 2, jeudi 3 et mercredi 9 septembre 2026 sur trois demi-journées.

  1. Militaires français de l’opération Turquoise

Plusieurs associations françaises (Survie, Ibuka, la FIDH, la LDH et la LICRA) se sont illustrées par leur activisme judiciaire dans les dossiers liés au génocide rwandais. Depuis près de vingt ans, elles se sont constituées parties civiles dans une procédure visant les militaires français de l’opération Turquoise, déployés au Rwanda en 1994. Ces associations accusent les soldats français de « complicité de génocide » pour avoir, selon elles, abandonné les civils tutsis durant les massacres de Bisesero, à Kibuye, à l’ouest du Rwanda, en août 1994.

Évolution de ces deux affaires

Après 21 ans de procédures judiciaires et des milliers de documents passés au crible, la justice française vient de rendre un verdict implacable concernant les militaires français de l’opération Turquoise qui étaient accusés. L’affaire vient de connaître son épilogue : la Cour de cassation a confirmé le non-lieu en faveur des militaires français. En effet, la justice française a confirmé, le 9 septembre 2026, le non-lieu prononcé en faveur de cinq militaires français dans le cadre de l’enquête sur une éventuelle « complicité de génocide » dans les massacres de Tutsis à Bisesero.

Selon les juges, « aucun élément ne met en évidence une intention de la part de ces officiers de faciliter la commission de crimes contre les civils tutsi ».

Quant à l’affaire Charles Onana et son éditeur, elle en est au stade du procès en appel.

Questions à se poser :

L’échec judiciaire que les puissants lobbies du régime de Paul Kagame en France viennent d’essuyer les conduirait-il à s’interroger sur les travaux scientifiques de Charles Onana consacrés à l’opération Turquoise dans son livre ?

– Après le non-lieu définitif de la Cour de cassation en faveur des militaires de l’opération Turquoise, comme l’estiment certains analystes, la recherche scientifique vient-elle de reprendre sa place et de retrouver ses lettres de noblesse en France au sujet des tragiques événements qui ont endeuillé toutes les familles du Rwanda en 1994 et après ?

– L’auteur de cet ouvrage, le Dr Charles Onana, et son éditeur, les éditions Artilleur, devraient-ils en être condamnés ou plutôt félicités ?

– La jurisprudence ne devrait-elle pas être un élément nouveau pour contribuer à l’affaire de Madame Agathe Kanziga Habyarimana devant la même Cour de cassation, pour contestation d’un non-lieu par les mêmes associations, afin de prononcer un non-lieu définitif, car les deux affaires sont liées ?

Ces deux décisions de justice en France (non-lieu définitif en faveur des militaires de l’opération Turquoise et report d’un an du procès en appel de Charles Onana et de son éditeur pour son livre sur cette opération Turquoise) auraient-elles provoqué l’agitation soudaine et en tous sens des négationnistes de l’attentat terroriste d’avril 1994 ?

En effet, après ces deux décisions, le juge Marc Trévidic, qui avait été mandaté pour remplacer le juge d’instruction Jean-Louis Bruguière, qui avait enquêté sur cet attentat et inculpé une dizaine de proches de Paul Kagame sur la base de preuves irréfutables, vient de réapparaître dans les médias en compagnie du journaliste Patrick de Saint-Exupéry. Ces deux inconditionnels se battent pour assurer l’impunité de Paul Kagame et clament que la demande de vérité sur l’attentat terroriste d’avril 1994 devrait être ignorée et que cette affaire devrait être close.

Conclusion

Pour conclure cette analyse, nous nous limiterons à exprimer nos souhaits et nos espoirs.

Sans aucune intention d’influencer les juges ou de récuser l’autorité de la chose jugée, nous rappelons que la justice est rendue au nom du peuple, et que ce dernier peut toujours se poser des questions et exprimer ses espoirs en toute légalité.

Dans ces affaires, Charles Onana et son éditeur ne contestent ni le génocide des Tutsi, ni le droit de ses victimes à la mémoire, à la justice et à la reconnaissance. Toutefois, reconnaître ce génocide n’interdit pas de débattre de son déroulement, des circonstances politiques et militaires qui l’ont entouré, ou de la conduite de toutes les parties au conflit.

Nous souhaitons et espérons donc :

– que la justice aide la classe politique française à se libérer de l’emprise du régime de Paul Kagame, qui l’amène à assimiler la dénonciation des crimes du régime en vigueur au Rwanda par le chercheur Charles Onana à un négationnisme du génocide des Tutsi, qu’il ne conteste pas ;

– que la conduite du FPR, que ce soit au Rwanda durant l’invasion et la guerre ou en RDC où des populations hutu congolaises ont par la suite été prises pour cible lors d’opérations dont les liens avec Kigali sont documentés, soit perçue dans la vie publique française comme une atteinte à la mémoire du génocide ;

– que l’histoire complète du conflit, y compris les actes commis à l’encontre des civils hutus, soit intégrée dans tout débat sur ce sujet ;

– Que reconnaître les souffrances des Hutus ne revient pas à minimiser le génocide des Tutsi. Ainsi, les membres de la famille du président Habyarimana, qui demandent depuis 30 ans de connaître la vérité sur les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994 qui les a rendus veufs et orphelins, ne devraient pas être juridiquement harcelés pour les faire taire. Le comble du cynisme de ces lobbies du régime dictatorial de Kagame en France, c’est quand ces harceleurs affirment que cette famille serait elle-même auteure de cet attentat. S’ils en ont les preuves, qu’ils accusent ouvertement la famille Habyarimana devant la justice, car elle n’exige que la vérité sur cet attentat. Ceci d’autant plus que trois citoyens français, en mission commandée, ont aussi trouvé la mort dans cet attentat. Mais, hélas, leurs familles demandent aussi justice et vérité depuis 30 ans, sans succès.

– Que les puissants lobbies du dictateur Paul Kagame en France commencent à réaliser qu’ils sont désormais obligés de s’effacer, d’être plus discrets et de retenir leur arrogance de menteurs invétérés dans ce dossier rwandais, puisque les juges ont démontré à leur tour que ces accusateurs professionnels de la FIDH, de la LICRA, de Survie France, d’IBUKA et consorts, proches du régime dictatorial actuel du Rwanda, attaquaient sans preuves. Ces accusateurs professionnels prétendaient détenir des preuves accablantes contre les militaires de l’opération Turquoise, mais ils ont cherché ces preuves pendant 18 ans. Ils n’ont rien trouvé.

En toute logique, Charles Onana et son éditeur devraient donc être acquittés, et le non-lieu définitif dans l’affaire contre Madame Agathe Kanziga Habyarimana devrait être prononcé par la Cour de cassation.

Emmanuel Neretse

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