Comment régler durablement la question de l’insécurité à l’Est de la RDC ?

Est-ce que la « disparition » de Bosco Ntaganda dans le Parc de Virunga veut dire que la page sur son arrestation vient d’être tournée ? Si c’était le cas, il est clair que Ntaganda ne sera jugé ni par la CPI, ni par la justice congolaise. Plusieurs observateurs sont d’avis en effet qu’il détiendrait un certain nombre d’informations et de secrets sur des zones d’ombres des accords de Paix entre Kigali et Kinshasa que ni le Président Kagame, ni le Président Kabila n’ont intérêt qu’ils soient dévoilés. 
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Actualité des Grands Lacs – Semaine du 4 au 10 février 2012

Agathon Rwasa/burunditransparence.org

En RDC, l’actualité reste dominée par la suite des élections. Alors que la Cour suprême de justice a reçu plus d’une centaine de recours qui doivent encore être traités et qu’un autre parti d’opposition demande l’annulation des élections et la dissolution du bureau de la CENI, dont des agents électoraux attendent toujours le paiement de leurs primes en Ituri, on apprend que l’Assemblée nationale se réunira la 16 février prochain.

Par ailleurs, de grandes manœuvres – et beaucoup de spéculations – ont lieu autour des « premier ministrables » possibles : selon le secrétaire général de la Majorité présidentielle, le futur Premier ministre devra sortir de ses rangs et il n’y aura pas de négociations avec des partis.

De son côté, le porte-parole du gouvernement annonce qu’il n’y aura pas de négociations « comme solution aux irrégularités constatées lors du scrutin » : il stigmatise l’attitude de certaines ONG et agences internationales ainsi que de l’UDPS, dont le secrétaire général, en partance pour l’Allemagne où il était invité par la Fondation Friedrich Ebert a été brièvement arrêté et aurait été tabassé à l’aéroport. Au niveau de la communauté internationale, on semble accepter le fait acquis. Les deux experts américains, qui s’étaient rendus au Congo pour examiner la faisabilité d’une  évaluation du processus électoral, ont publié un communiqué laconique dans lequel ils font état de l’impossibilité « dans les circonstances actuelles » de poursuivre leur mission, quand bien même Washington, Paris et Londres évoquent un scrutin entaché d’ « irrégularités graves ».

De son côté, l’Union européenne, qui, à l’instar du Centre Carter, n’a toujours pas remis de rapport définitif de sa mission d’observation électorale, appelle au dialogue : elle continuera à apporter « son soutien au processus politique » et demande que les leçons soient tirées des premières phases du processus électoral, tandis que le représentant du Secrétaire général des N.U. qualifie d’ « exemplaires et d’extraordinaires » les efforts de la MONUSCO durant la période électorale.

Sur le terrain, la période post-électorale est surtout tendue au Nord Kivu où quatre partis ainsi que les représentants de la société civile demandent la levée de la décision du ministre de l’Intérieur sur la suspension de la session extraordinaire de l’assemblée provinciale.

Par ailleurs, une motion de censure a été déposée contre le gouverneur accusé de mauvaise gestion, tandis que la maire de Goma a interdit toute manifestation publique dans la ville et que le député de l’UNC, arrêté la semaine dernière pour constitution de milice privée, a été transféré à Kinshasa où il a été placé en résidence surveillée : il est accusé de « meurtre », de « rébellion » et d’ « incitation des militaires à commettre des actes contraires à leur devoir ».

Par ailleurs, une partie de la population, dont beaucoup de femmes, du territoire de Luiza au Kasaï Occidental protestent contre la décision de la CENI de traîner à la CSJ un député d’un parti proche de l’UDPS pour des troubles survenus dans des bureaux de vote de ce territoire.

Dans le domaine de l’insécurité à l’est du pays, les FDLR sont accusés par le HCR d’avoir pénétra dans un camp de déplacés où ils ont torturé et tué des civils qui refusaient les travaux auxquels ils étaient forcés, tandis que les humanitaires dénombrent plus de 500.000 déplacés suite aux combats qui se sont déroulés dans les territoires de Masisi, Walikale et Beni. Par ailleurs, les FARDC ont réussi à déloger des combattants FDLR d’une localité en territoire de Lubero où la société civile plaide pour un rétablissement de la sécurité : elles ont aussi réussi à reprendre les carrés miniers de Bisie et d’Omate aux mains de groupes rebelles.

Au Sud Kivu, des affrontements ont eu lieu entre ces mêmes FDLR et les forces armées en territoire de Kalehe, tandis que la MONUSCO s’inquiète de la création d’un nouveau groupe Maï-Maï d’autodéfense contre les FDLR dans la région de Mbako et dans le territoire de Shabunda. Au Katanga, les transporteurs routiers dénoncent la recrudescence des activités des « coupeurs de route » sur le tronçon Lubumbashi – Kasumbalesa, poste frontière avant la Zambie.

Toujours dans le domaine de la sécurité, en plus d’un interview avec le groupe des experts des N.U. sur la situation des groupes armés en RDC, on signalera qu’un conseiller du président américain serait impliqué dans un trafic d’or avec Bosco Ntaganda, chef militaire du CNDP, établi à Goma où il se livre à toutes sortes de trafics, et qui est recherché par la CPI : à ce propos, le ministre belge des Affaires Etrangères souhaite l’arrestation de l’intéressé et sa comparution devant la CPI à laquelle la RDC, qui a ratifié les statuts de Rome, doit le livrer.

En matière de justice, le tribunal de Gemena a condamné à perpétuité 17 insurgés du MLIA, émanation de la rébellion des Enyele en 2009 et 2010. Un député provincial de Kinshasa et candidat aux élections législatives a été détenu sous inculpation d’usurpation de la nationalité congolaise. Enfin, on relèvera que trois témoins au procès du chef de guerre Lubanga à la CPI ont introduit une demande d’asile en Hollande.

Dans le domaine économique, les deux géants sud-africains, Randgold et Anglogold, ont obtenu une importante concession minière en Ituri. Toujours dans le domaine minier, la Gecamines a affirmé n’avoir pas de plan pour continuer de vendre de nouvelles sociétés pour lui permettre d’atteindre son plan ambitieux en 2015. En matière sociale, on notera qu’une centaine de travailleurs de 24 entreprises congolaises ont manifesté au ministère du Travail pour réclamer des indemnités de sorties dues depuis plus de 10 ans.

Au Burundi, les deux principaux opposants en exil nient être les chefs d’une nouvelle rébellion qui opèrerait à partir de la RDC. On signalera aussi l’arrestation d’un activiste anti-fraude qui avait accusé des juges de toucher de l’argent avant d’être nommé à leur fonction : le Burundi est classé par Transparency International comme un des pays les plus corrompus d’Afrique.

En Ouganda, un député qui avait déposé une proposition de loi prévoyant la peine de mort pour homosexualité l’a finalement retiré. Dans le domaine économique, on signalera que le feu vert a été donné au groupe pétrolier britannique Tullow Oil pour la vente de ses actifs au groupe français Total et au groupe chinois CNOOC.

Pour ce qui regarde Rwanda, la chambre de mise en accusation de Bruxelles a ordonné la remise en liberté de trois inculpés de génocide vivant en Belgique depuis dix ans. Enfin, on signalera que les tribunaux gacaca seront définitivement fermés à la fin du mois de février.

Donatella Rostagno
Eurac
10/02/2012

 

 

 


Fichiers:
Semaine_4-10.2.2012.doc

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