Comment régler durablement la question de l’insécurité à l’Est de la RDC ?

Est-ce que la « disparition » de Bosco Ntaganda dans le Parc de Virunga veut dire que la page sur son arrestation vient d’être tournée ? Si c’était le cas, il est clair que Ntaganda ne sera jugé ni par la CPI, ni par la justice congolaise. Plusieurs observateurs sont d’avis en effet qu’il détiendrait un certain nombre d’informations et de secrets sur des zones d’ombres des accords de Paix entre Kigali et Kinshasa que ni le Président Kagame, ni le Président Kabila n’ont intérêt qu’ils soient dévoilés. 
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Au Rwanda les paysans sont spoliés de leurs terres

Au Rwanda des milliers de paysans ont été chassés de leurs terres depuis juillet 1994 par des officiers du FPR qui venaient de prendre le pouvoir au Rwanda. Ils en ont fait des ranches qu’ils ont clôturés avec des fils barbelés. Les conséquences ne se sont pas faites trop attendre : il existe une famine endémique au Rwanda.

Au Rwanda des milliers de paysans ont été chassés de leurs terres depuis juillet 1994 par des officiers du FPR qui venaient de prendre le pouvoir au Rwanda. Ils en ont fait des ranches qu’ils ont clôturés avec des fils barbelés. Les conséquences ne se sont pas faites trop attendre : il existe une famine endémique au Rwanda.

 

Dans certaines régions des terres ont été partagées sans aucun critère, le propriétaire se voyant poussé dans la partie aride de sa propriété. A Masaka par exemple, non loin de Kigali, ça s’est passé ainsi.

 

Des latifundias pour les Généraux

Depuis la prise de pouvoir par le FPR à Kigali, des terres des paysans ont été prises comme butin de guerre par des hauts officiers de l’armée et leurs proches.

 

L’exemple est venu d’en haut. Le Général Paul Kagame, actuellement Président du Rwanda, s’est octroyé 45 hectares au bord du Lac Muhazi. Il y a érigé une ferme : ‘‘Ntebe Farm’’. Dans ce ranch, il y élève notamment des vaches laitières. Ses officiers supérieurs lui ont emboîté le pas. Ils ont fait main basse sur les terres fertiles de la Province de l’Est, qui fait frontière avec l’Ouganda. Ils ne se sont pas contentés de quelques dizaines d’hectares mais des centaines.

 

Ainsi, le Général Ibingira Fred dispose de 320 hectares. Les Généraux Frank Rusagara et Charles Kayonga totalisent à eu seuls 700 hectares selon l’hebdomadaire « The Newsline » du 18 au 24 juillet 2007. Même les fonctionnaires civils proches du FPR se sont servis : le gouverneur de cette province Mutsindashyaka Théoneste a à lui seul 109 ha. Mary Baine, la Commissaire générale de l’Office rwandais des recettes et la Secrétaire d’Etat au ministère des affaires étrangères, Rosemary Museminari figurent également parmi les grands propriétaires terriens, selon le journal. La constatation des journalistes de cet hebdomadaire est qu’une petite minorité proche du pouvoir se partage les 9858 km² que couvre la Province de l’Est.

 

Cette situation est grave quand on sait que dans les régions les plus habitées du pays, l'exploitation moyenne oscille entre 0,6 ha et de 0,2 ha.

 

Des larmes de crocodiles

Les paysans sans terre ont alerté les autorités sur ce phénomène pendant toute la décennie qui vient de s’écouler depuis 1994. Le scandale ayant fait beaucoup de bruits, le Président Paul Kagame se décida enfin à aller sur le terrain. Calendrier électoral oblige : les élections de 2008 approchent à grands pas. Comme le rapporte l’agence Syfia du 20/07/2007, dans un entretien du Président Paul Kagame avec les responsables politiques et militaires dans le district de Nyagatare, province de l’Est, le 25 juin 2007, il a laissé entendre que personne ne devrait avoir un domaine foncier de 400 ou 800 ha, et de surcroît, qu'il n'a pas acheté. Il a menacé les autorités qui ne rendront pas leurs terres de les limoger et de les mettre en prison.

 

Après cette visite du Président, une commission a été mise sur pied pour recenser les domaines accaparés des dignitaires du régime. Elle doit déposer son rapport d'ici septembre 2007. Non seulement il est présidé par le Général Ibingira qui est trempé dans ce scandale foncier mais également qui s’est montré non tendre avec la population de cette province qu’il a fait massacrée en masse lors de l’avancée du FPR en 1994. Et pour cause, tout était programmé ainsi car le Major Furuma, dans sa lettre du 23/01/2001 à Paul Kagame, a révélé ce plan de réduire la population de cette province de l’Est. Il avait écrit-il, été, concocté par Kagame lui-même. Il fut appliqué par le Général Fred Ibingira, son homme de main. La Major Alphonse Furuma a écrit, textuellement : «From the time Arusha Peace Agreement was being negotiated up to as late as 1996, you carried out a deliberate policy of using all means possible to reduce the Hutu Population in the Umutara, Kibungo and Bugesera regions. These areas were deliberately resettled by old caseload returnees from Uganda, Tanzania and Burundi respectively ».

 

Ibingira est surtout connu pour avoir supervisé les massacres de 10000 personnes dans les camps de Kibeho en 1995.

 

Les paysans lésés ne sont pas au bout de leurs peines. Mise sur pied à des fins électoralistes, la commission fera le recensement de ces terres, mais elles ne seront pas rendus directement à leurs propriétaires. Selon l’agence de presse Syfia, ces terres seront restituées à l’Etat qui se chargera de leur gestion. Comment ? La réponse dévoilée par le gouverneur de la province de l’Est, Théoneste Mutsindashyaka, est précise sur les intentions de l’Etat : ces terres serviront notamment pour installer des investisseurs. Le paysan qui aura « besoin de plus de 25 ha devra signer un contrat de bail avec les pouvoirs publics. Mais seuls ceux qui exploitent intensivement leurs domaines y auront droit, ce qui n'est le cas que d'un petit nombre pour l'instant ». Le paysan ordinaire ne pourra donc pas en profiter car ne pouvant pas remplir les conditions exigées.

 

Le constat fait dans un rapport de l’ONU sur le développement humain et qui décortique la Vision 2020 tant vantée au Rwanda, va dans le même sens. Selon le rapport : « La croissance récente du Rwanda n’a pas profité aux populations pauvres des régions rurales; au contraire, elle a abouti à une concentration des richesses au sommet de l’échelle de répartition des revenus » (Agence IRIN du 1 août 2007).

 

Des lois contre les paysans

Dans son article 12, la loi du 14/07/2005 sur le régime foncier au Rwanda prévoit que dans le cadre de protection environnementale, les « bords des lacs et rivières jusqu'à une longueur déterminée par arrêté du Ministre ayant l'Environnement dans ses attributions, à partir du point le plus éloigné atteint par îles eaux au cours des inondations successives; exception faite des inondations exceptionnelles».

 

Les habitants des abords du Lac Kivu, le plus grand lac du Rwanda, ont commencé à être chassés. Dans un reportage de la BBC-GreatLakes du 5 juin 2007, la Secrétaire d’Etat chargée de l’Environnement, Patrisiya Hajabakiga, a été interviewée sur ce phénomène. Ses réponses frisent le cynisme. Le journaliste lui a demande entre autres si dans l’expropriation des ces paysans, il est tenu compte de la valeur de la maison. Elle a répondu, sans vergogne, en Kinyarwanda, que ceux qui vont être expropriés sont des pauvres, que leurs maisons d’habitation n’ont aucune valeur car elles sont petites, sales, et vielles.

 

A Kibuye un autre journaliste de cette même radio qui fait des émissions en Kinyarwanda a enregistré les doléances des populations qui se plaignent du fait que leurs bananeraies ont été coupées et leurs cultures arrachées, pour dégager des espaces autour du lac Kivu. Aucune indemnisation ne leur a été donnée. Christophe Bazivamo, le ministre ayant l’environnement dans ses attributions parlent, lui, des villages qui seront construits pour reloger ces paysans. Entre temps ils sont en train de galérer. Pour qui connaît le Rwanda, le préjudice touche des milliers de personnes, qui ne vivaient que de l’agriculture, les terres aux abords des lacs étant les plus fertiles.

 

Une réforme en trompe-l’œil

Une réforme agraire est nécessaire au Rwanda. Cependant, selon des observateurs avisés, elle ne va profiter qu’aux riches aux dépens du monde rural. Kathrin Wyss est de cet avis : “the upcoming land reform is more likely to benefit the rich and powerful than the rural”[1]. Si elle continue sur sa lancée actuelle, cette réforme sera même génératrice de conflits violents.

 

©Gaspard Musabyimana, 02/08/2007


[1] voir : Kathrin Wyss, “A Thousand Hills for 9 Million People. Land Reform in Rwanda: Restoration of Feudal Order or Genuine Transformation? Fast Country Risk Profile Rwanda”, 01/2006

(http://www.swisspeace.ch/typo3/en/publications/publications-by-staff-members/kathrin-wyss/index.html).

 

 

 

 


 

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Commentaires / réactions

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Delby Fiesta from Amsterdam (Thursday, 19-02-09 16:11)

C'est pire! Les pauvres rwandais se retrouvent dans la pauvreté la plus absolue! Ils n'ont plus de terre à cultiver, les vaches limitées dans le rugo etc.

 

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