Critiques apportées au livre d'André Guichaoua par Helmut StrizekDans la "Conférence internationale sur le TPIR du point de la Défense" qui a eu lieu à Bruxelles les 22 et 23 mai 2010, le politologue allemand Helmut Strizek a donné une critique au livre que vient de publier le professeur André Guichaoua et intitulé "Rwanda. De la guerre au génocide. Les politiques criminelles au Rwanda(1990-1994), Editions La Découverte 2010. Ci-après un extrait. |
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Le livre se lit comme un acte d'accusation contre les membres du gouvernement intérimaire et des instigateurs présumés des massacres. Les « héros » sont Faustin Munyazeza, le ministre de l'intérieur désigné, parce qu'il a refusé de rejoindre ses collègues à Murambi/Gitarama et un ancien ministre du gouvernement qui coopère avec le Procureur et dont le nom n'apparaît pas dans le livre10, mais que beaucoup de gens peuvent identifier. Les « mauvais » dont les procès s'approchent de la fin sont Joseph Nzirorera, Edouard Karemera, Mathieu Ngirumpatse et Augustin Ngirabatware dont le procès vient de commencer. Un fil rouge dominant la pensée de Guichaoua est remarquable: toute résistance contre le FPR et sa « cinquième colonne » au Rwanda sont considérée comme acte d'organisation du génocide anti-tutsi. Cela n'est pas cohérent avec sa critique de la guerre brutale du FPR. Selon Guichaoua, l'attentat du 6 avril 1994 n'est pas un acte constitutif pour le déclenchement des massacres anti-tutsi. Pourtant, le sociologue français reconnaît qu'ils étaient bel et bien prévus par le FPR mais il fait de la préméditation présumée de « l'akazu après attentat» l'élément-clé de la commission du crime. La phrase-clé de la réflexion de Guichaoua se lit comme suit : « Le débat sur l'attentat tourne autour d'une question faussée : savoir qui en est l'auteur désignerait celui qui porte la responsabilité des événements qui l'ont suivi. Ceux qui ont mis en oeuvre le génocide ne l'ont pas fait parce qu'il y a eu un attentat. Les dirigeants du FPR ont pris le risque du génocide, sans doute en connaissance de cause. Les extrémistes hutus ont eu besoin d'une semaine pour concrétiser leur projet génocidaire et en mettre en place les structures. Mais l'attentat en tant que tel ne peut pas être considéré comme la cause du génocide. Le génocide est l'aboutissement d'une stratégie politique, mise en oeuvre par des groupes extrémistes hutus qui ont utilisé l'attentat pour déclencher cette apocalypse». C'est la façon de Guichaoua de mettre en cause la substance du jugement du Néanmoins, ce raisonnement ne reflète pas la logique d'un rapport de cause à effet. Le fait que les alliés du FPR aient tout fait pour empêcher une enquête sur l'attentat contre l'avion du Président Habyarimana indique que, bien que les pères fondateurs du TPIR se soient bien rendus compte de cette absence de logique, ils ont préféré tout simplement se comporter comme si l'assassinat des présidents rwandais et burundais était une énigme. Il est intéressant de faire remarquer que Guichaoua cite le témoignage de Degni-Ségui devant la commission du Sénat belge le 17 juin 1997 où il confirme qu'une enquête sur l'attentat fut supprimée avec l'argument tout à fait cynique « qu'il n'y avait pas de budget pour cela. (..) Si bien que, jusqu'ici, je n'ai pas accompli l'une de mes missions avant que l'on me dise de partir. » Guichaoua, tout comme Degni-Ségui, n'ose pas tirer les conclusions appropriées de ce refus : le lien entre l'attentat et la reprise de la guerre d'agression par le FPR d'une part et les massacres dont les tutsi ont été victimes d'autre part est extrêmement fort. Nier ce fait est du négationnisme à la FPR. Pourtant, contrairement à ce que prêche le FPR, établir et décrire ce lien n'est pas une preuve de négation du génocide anti-tutsi. En outre, le million de déplacés internes, chassés par le FPR et installés autour de Kigali depuis mars 1993, ne semble pas trop intéresser Guichaoua. Et pour cause. Parce que se sont eux, qui chassés de nouveau par les soldats du FPR à partir du 7 avril 1994 ont massacré, mus par une haine viscérale, les tutsi qu'ils ont trouvé. Il ne fallait aucun « ordre » de la part du gouvernement intérimaire pour les inciter à cette horrible besogne. Aucun génocide historique ne s'est produit dans un vide étatique complet comme celui perpétré contre les tutsi. Cela m'amène à parler d'un génocide sui generis contrairement à celui qui a été perpétré par les soldats du FPR en même temps contre la population civile hutu. Les massacres perpétrés par le FPR, connus par la population hutu, a excité, dans une dialectique infernale, encore davantage la rage des «tueurs des tutsi ». Qu'est-ce qu'un « gouvernement en fuite » délaissé seul à dessein par les grandes puissances aurait pu faire dans une telle situation ? Personne ne peut prouver que le génocide n'aurait pas eu lieu sans l'attentat puisqu'il a eu lieu et l'a déclenché, mais il est également impossible d'affirmer, comme le font Guichaoua et les « sponsors » du TPIR d'outre-mer, que le génocide perpétré contre les tutsi aurait eu lieu sans l'attentat. Toute plausibilité indique un lien direct entre l'attentat et la reprise immédiate de la guerre après cet événement. Il faudrait en plus prendre en considération le fait que malgré toute une série de provocations de la part du FPR à l'endroit des populations de l'intérieur du Rwanda depuis 1990, ces populations n'avaient jamais déclenché l'hécatombe qu'on a connue à partir du 7 avril 1994. Dans son embarras devant l'impossibilité de prouver le contraire, Guichaoua a recours à la formule de présenter l'attentat comme prétexte pour la mise en œuvre d'une stratégie politique «pour déclencher cette apocalypse ». Même si les supposés stratèges qui ont mis en place le gouvernement intérimaire avaient eu cette intention de déclencher les massacres contre les tutsi, il faudrait toujours nous expliquer pourquoi le Conseil de sécurité a pris le 21 avril 1994 les mesures nécessaires pour que le génocide puisse être accompli sans interférence.
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TPIR du 18 décembre 2008 tout en