Comment régler durablement la question de l’insécurité à l’Est de la RDC ?

Est-ce que la « disparition » de Bosco Ntaganda dans le Parc de Virunga veut dire que la page sur son arrestation vient d’être tournée ? Si c’était le cas, il est clair que Ntaganda ne sera jugé ni par la CPI, ni par la justice congolaise. Plusieurs observateurs sont d’avis en effet qu’il détiendrait un certain nombre d’informations et de secrets sur des zones d’ombres des accords de Paix entre Kigali et Kinshasa que ni le Président Kagame, ni le Président Kabila n’ont intérêt qu’ils soient dévoilés. 
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Des lois contre le retour des Rwandais dans leur pays

Contrairement à ce qu’il déclare, le régime de Paul Kagame, bien radicalement que ses prédécesseurs, refuse à une partie de Rwandais le droit au retour au pays.

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terre cultivée

Contrairement à ce qu’il déclare, le régime de Paul Kagame, bien radicalement que ses prédécesseurs, refuse à une partie de Rwandais le droit au retour au pays.

L’on se souviendra que le soi disant "refus" de retour des réfugiés exprimé par le régime Habyarimana fut l’un des prétextes invoqués pour justifier l’attaque du Rwanda par des éléments de l’armée ougandaise le 01 octobre 1990. Pourtant, ces membres de l’armée régulière de l’Ouganda quoique d’ascendance rwandaise, ne possédaient plus la qualité de réfugiés aux termes de la Convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés. De plus une solution durable associant le Rwanda, le HCR ainsi que les pays d’asile, venait d’être trouvée. Ce fut en réalité cette perspective qui poussa les conquérants à passer à l’action afin de ne pas se faire couper l’herbe sous les pieds. Grâce à une campagne médiatique bien orchestrée qui accompagna la campagne militaire, le prétexte finit par s’imposer. La suite on la connaît : une guerre de conquête de près de 4 ans et qui se solda par la prise du pouvoir à Kigali des éléments de l’armée régulière ougandaise et l’installation au Rwanda d’un régime répressif sans précédent dans les annales de ce pays.


Chaque fois que le FPR est appelé à défendre son bilan, il brandit le fait d’avoir permis à tous les réfugiés de rentrer au pays et surtout d’avoir rendu à chaque rwandais son droit inaliénable et non négociable de vivre dans son pays. Pourtant, la réalité est tout autre. Certes les éléments de l’armée régulière ougandaise et leurs dépendants sont rentrés au Rwanda les armes à la main. Mais ils avaient de fait perdu leur qualité de réfugiés et ceux parmi eux qui n’avaient pas levé les armes contre le pays de leurs ancêtres pouvaient rentrer pacifiquement et s’y installer.


Après juillet 1994, la population qui était parvenue à échapper au "nettoyage" auquel les conquérants s’adonnaient chaque fois qu’ils s’emparaient d’une portion du territoire, avait trouvé refuge dans des camps de fortune installés dans les pays voisins du Rwanda. Ces camps furent démantelés militairement par l’armée du FPR. Plusieurs réfugiés y laissèrent leur vie, d’autres furent refoulés dans la jungle, le reste fut ramené de force au Rwanda. Il n’y pas vraiment de quoi  être fier d’avoir ramené les réfugiés chez eux !


Quant au droit qu’aurait tout rwandais de vivre dans son pays, contrairement aux déclarations publiques, le régime a pris des dispositions légales et réglementaires très strictes pour priver certains rwandais jugés indésirables de ce droit inaliénable : celui de vivre dans son pays.


La Constitution et la loi sur les partis politiques


La Constitution que le FPR s’est taillé sur mesure pour pérenniser son pouvoir institue une sorte de méga-parti unique dénommé « Forum de concertation des partis politiques ». Tous les partis doivent adhérer à ce forum piloté par le FPR et doivent faire allégeance à ce mouvement politico-militaire. De ce fait, aucun autre parti politique n’existe vraiment à part le FPR et ceux que l’on présente comme tel ne sont que des « courants » de ce parti unique.


Le but de cette disposition constitutionnelle est d’exclure tous ceux qui ont fondé ou envisageraient de fonder des partis politiques en dehors du FPR. Cette disposition vise aussi les adhérents éventuels de ces partis. Ainsi donc, un rwandais vivant à l’extérieur du pays et qui serait attiré par la politique mais ne partagerait pas les vues du FPR n’aurait pas de place au Rwanda. Celui de l’intérieur qui songerait à fonder un parti politique hors du carcan du FPR n’aurait la vie sauve qu’exilant. Faites le compte : plusieurs milliers de rwandais sont empêchés de retourner dans leur pays, d’autres sont poussés à l’exil à cause des lois liberticides édictées dans ce but par le FPR.


Le crime d’"idéologie génocidaire"


Sans avoir clairement défini ce qu’est l’"idéologie du génocide" et encore moins en avoir fixé des garde-fous, le régime du FPR a décrété que quiconque sera reconnu comme véhiculant l’"idéologie du génocide" serait un criminel et traité comme tel. La voie est ainsi grandement ouverte à l’arbitraire et aux règlements de compte. A y voir de plus près, l’accusation d’"idéologie du génocide" ratisse large. Elle vise toute personne qui ferait une lecture de l’histoire du Rwanda de façon différente que le FPR ; toute personne qui ferait une analyse différente de celle du FPR concernant la guerre d’octobre1990 ; toute personne qui s’inquiéterait de l’accaparement de tous les attributs du pouvoir et de l’avoir par une petite minorité de gens venus d’Ouganda ; toute personne qui proposerait une autre démarche pour résoudre le conflit Hutu-Tutsi au Rwanda en suggérant par exemple l’approche burundaise. Bref, des centaines de milliers de Rwandais sont d’office interdits de séjour dans leur pays d’origine par ces lois liberticides qui légalisent l’arbitraire, conçues et imposées par le FPR dans ce but précis. Celui qui compte faire la politique en dehors du « forum » et donc du FPR en est constitutionnellement empêché ; celui qui n’épouse pas la pensée unique du FPR sera accusé de véhiculer l’idéologie génocide et jeté en prison s’il se trouve au Rwanda. Par ce subterfuge, des centaines de milliers de Rwandais sont condamnés à rester hors de leur pays tant que le FPR restera au pouvoir.


On rapporte que le Président Habyarimana, apparemment impressionné par la surpopulation du Rwanda, aurait suggéré aux Rwandais vivant à l’extérieur de chercher à s’y installer durablement tout en leur permettant des facilités de retour au pays (passeports,…). Cela lui a coûté une guerre, sa vie, et bien sûr le pouvoir. Aujourd’hui, le président Kagame fait des lois expressément conçues pour maintenir à l’extérieur et faire sortir du Rwanda ceux qui ne pensent pas comme lui. Il est accalmée et présenté comme un "modèle" de dirigeants africains. Quel cynisme ! La question qui se pose actuellement est de savoir comment et quand s’imposera le droit au retour au Rwanda de ceux qui en sont empêchés par les lois du FPR.

Emmanuel Neretse

Le 22/09/2008

 

 

 

 


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Commentaires / réactions

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MUGIRANEZA Paul Valéry from Kigali/Rwanda (Wednesday, 25-02-09 14:12)

Je ne trouve rien à redire. Vos articles sont d'une pertinence inouïe. Du moins, je les ai vus tels jusqu'ici. Bravo.

 

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