Comment régler durablement la question de l’insécurité à l’Est de la RDC ?

Est-ce que la « disparition » de Bosco Ntaganda dans le Parc de Virunga veut dire que la page sur son arrestation vient d’être tournée ? Si c’était le cas, il est clair que Ntaganda ne sera jugé ni par la CPI, ni par la justice congolaise. Plusieurs observateurs sont d’avis en effet qu’il détiendrait un certain nombre d’informations et de secrets sur des zones d’ombres des accords de Paix entre Kigali et Kinshasa que ni le Président Kagame, ni le Président Kabila n’ont intérêt qu’ils soient dévoilés. 
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Et si l’Afrique n’était pas prête pour la démocratie ? Cas du Sénégal

Le Sénégal fut parmi les premiers pays africains à s’ouvrir à la démocratie. Sans attendre le discours de La Beaule, la sagesse du poète-président Léopold Sédar Senghor avait permis à ce pays de servir de modèle de stabilité et d’alternance démocratique dans une Afrique dominée alors par des dictatures militaires ou des régimes corrompus. Hélas en cette année 2012 où une élection présidentielle est attendue, le Sénégal risque de « revenir sur terre et redevenir un pays africain comme les autres». En effet, depuis les années 90, il est apparu que les cadres politiques africains comme d’ailleurs les populations, se sont convaincus - et avec raison - que seul le pouvoir politique donne la garantie de survie et de vivre dignement dans cette Afrique. Toutes les activités humaines en Afrique sont tributaires du pouvoir politique. Conséquence : ceux qui ont ce pouvoir font tout pour le garder ; ceux qui ne l’ont pas n’hésitent devant rien pour l’avoir, ou à défaut, le partager. Dans ces conditions, toute élection est vouée à connaître de mauvais perdants ou à être caractérisée par des fraudes massives et flagrantes.

Les exemples sont légion

En 2007, le Kenya était confronté à une des grandes crises post-électorales. Le président sortant Mwai Kibaki proclamé vainqueur était contesté par son rival Raila Odinga. S’en suivra alors des violences interethniques qui feront plus d’un millier de morts. La solution pour résoudre la crise fut concoctée par le Communauté internationale et un partage du pouvoir fut exigé. Mwai Kibaki était reconnu comme président et Raila Odinga nommé premier ministre. Tous les postes importants de l’appareil étatique (« le gâteau ») furent partagés entre les deux tendances et la paix revint à la satisfaction de tous et la volonté exprimée par les urnes vite oubliée.

En 2008, Robert Mugabe se présentait pour un nouveau mandat à la tête du Zimbabwe. En face de lui, l’opposant Morgan Tsvangirai. A l’issue du premier tour, Tsvangirai se retira du processus électoral arguant que les fraudes étaient massives. Mugabe fut déclaré vainqueur, mais pour gouverner, il a dû appeler Morgan Tsvangirai au poste de premier ministre. Depuis, le tendem marche cahin-caha, du moins jusqu’aux nouvelles élections. Entretemps, grâce à cette formule de « partage du pouvoir » les deux parties ont droit à leur morceau du gâteau.

Au Burundi, en juin 2010, l’ancien rebelle Pierre Nkurunziza devait se présenter pour la deuxième et dernière fois devant ses concitoyens pour leur demander de lui accorder un second mandat de cinq ans. Les principaux leaders des partis d’opposition dénoncèrent les conditions de ces élections et décrétèrent un boycott. Qu’à cela ne tienne : Nkurunziza fut candidat unique et fut élu à 90 %.  Pour gouverner, il a associé les factions dissidentes des partis ayant boycotté l’élection en leur octroyant des postes juteux.  Il est vari que la Loi fondamentale du Burundi issue des accords de paix d’Arusha consacre le principe de partage du pouvoir surtout entre Hutu et Tutsi. Tout doit être fait pour que tout le monde « mange ».

La même année, en août 2010, Paul Kagame du Rwanda se présentait aux suffrages de ses sujets. Lui, il n’a pas fait dans la dentelle. Il a purement et simplement fait arrêter les leaders des partis d’opposition qui avaient manifesté l’intention de se présenter contre lui. Madame Victoire Ingabire du parti FDU-Inkingi et Maître Bernard Ntaganda sont depuis lors détenus dans la fameuse prison mouroir dite « 1930 » de Kigali. « Elu » avec plus de 93% des voix, le général- président pouvait alors déclarer qu’il tient son mandat du peuple rwandais et donc qu’il a le droit d’associer au « festin » les membres des petits partis alimentaires entretenus et aux ordres de son Front Patriotique Rwandais (FPR). C’est ce qu’il a fait en attribuant des postes « importants » aux accompagnateurs des pseudo-partis PSD, PL, etc.

Enfin, la République Démocratique du Congo vient encore compléter ce tableau où les élections démocratiques en Afrique n’ont pas pour objectif de faire triompher la démocratie. Après le 28 novembre 2011, le président sortant Joseph Kabila fut déclaré vainqueur par la Commission électorale et prêta serment devant la Cour suprême. Au même moment, son challenger, le vétéran politique Etienne Tshisekedi se déclarait «  Président élu de la République Démocratique du Congo ». A l’heure où nous écrivons cet article, le bras de fer continue. Mais nous sommes certains que la solution miracle qui est chaque fois proposée et qui a fait ses preuves sera aussi celle qui résoudra la crise en RDC à savoir : le partage du pouvoir entre les deux concurrents. Ainsi leurs supporters respectifs auront leur part du gâteau et vont s’en contenter oubliant du coup ainsi la « farce des élections ».

Les Africains sont affligeants. Heureusement que leurs maîtres de Washington, Paris, Londres, … sont très flexibles et décèlent sans tarder ce qu’il faut refiler à ces éternels gamins pour qu’ils se calment. Après avoir constaté que la démocratie issue des urnes ne marchent pas surtout que personnes ne veut perdre, une nouvelle recette est vite trouvée et semble convenir aux braves Africains : le partage du pouvoir. Faillait-il perdre autant de temps (depuis 1990) et de vies humaines, pour se rendre compte que la démocratie à l’occidentale ne convenait pas encore à l’Afrique là, où pour survivre, il faut absolument être associé au pouvoir politique ?

Jane Mugeni
06/02/2012

 

 


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