INTERPOL instrumentalisé par le régime de Kigali ?Kigali a réussi à instrumentaliser l'association internationale de coopération policière Interpol qui vient d’entrer avec force dans les arcanes du problème rwandais. |
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Le régime du Général Paul Kagame vient de trouver un autre créneau pour traquer ses opposants qui ne sont pas à la portée de ses griffes. Il a réussi à instrumentaliser l'association internationale de coopération policière Interpol qui vient d’entrer avec force dans les arcanes du problème rwandais. Cette organisation est connue pour son professionnalisme et son intégrité, ce qui lui donné une grande crédibilité au niveau mondial. Mais selon l’agence Hirondelle du 11 janvier 2008, INTERPOL vient de s’engager « à ne ménager aucun effort pour retrouver et amener devant la justice » les personnes en fuite et accusées d'avoir pris part au génocide rwandais. Cela fait suite à une visite qu’une équipe du secrétariat général de cette organisation a effectuée à Kigali en octobre 2007 et où elle a rencontré les autorités judiciaires rwandaises. Tout a commencé en 2006 quand Interpol a mis sur son site Internet un lien provenant d’un site du Gouvernement rwandais et reprenant une liste de 93 accusés établis à l'étranger. Avaliser la liste du Gouvernement rwandais revenait à jeter en pâture les noms des personnes qui devraient normalement bénéficier du principe universel de la présomption d’innocence. Le caractère fantaisiste et criminel des listes établies par le Gouvernement de Kigali n’a été cessé d’être dénoncé par des observateurs avertis. Elles condamnent avant jugement et constituent une arme politique redoutable et un raccourci pour le FPR de se débarrasser facilement de ses opposants politiques ou ceux dont ils soupçonnent de n’être pas d’accord avec sa politique. Elles font beaucoup de dégâts dans les rangs des rwandais, ceux de l’intérieur comme ceux de l’extérieur du pays. Elles varient au gré des humeurs des dirigeants de Kigali. Ainsi depuis sa prise de pouvoir en juillet 1994, le FPR a publié plus de 5 listes : celle de 1994 comprenait 428 personnes, celle de 1996 en avait jusqu’à 1946 et 2898 personnes figuraient sur la liste publiée en 2001. En 2007, les Services de renseignements extérieurs avaient recensés jusqu’à 40.0000 « génocidaires » se trouvant à l’étranger. S’agissant de la justice rwandaise, elle ne peut être non plus un interlocuteur valable pour une organisation soucieuse des Droits de l’homme comme INTERPOL. En effet, dans le dernier trimestre de 2007, les deux plus grandes organisations internationales de Défense des Droits de l’Homme que sont Amnesty International et Human Rights Watch, ont émis des communiqués, chacune de son côté, montrant qu’il n’y a pas de justice au Rwanda. Le statut d’INTERPOL interdit à cette organisation toute activité ou intervention dans des questions ou affaires présentant notamment un caractère politique ou militaire. Or, la problématique rwandaise est politique. Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a été fondé pour juger tous ceux qui ont trempé dans des crimes horribles qui eu lieu au Rwanda en 1994. Des Hutu ont été appréhendés et jugés. Les enquêteurs du Tribunal, dont l’équipe de M. Hourigan, ont établi que les militaires du FPR se sont rendus coupables de crimes odieux durant la même période. Louise Arbor, alors Procureur du TPIR, a demandé de geler les enquêtes. Sa remplaçante, Carla Del Ponte, a rouvert le dossier. Elle s’est faite taper sur les doigts et a été dessaisie du dossier Rwanda pour ne s’occuper que de celui de la Yougoslavie. Dans un livre qui est sorti l’année passée, son porte-parole, Florence Hartmann, montre comment les grandes puissances anglosaxonnes ont assuré l’impunité au FPR. Les Etats-Unis ont signé pour ce faire un accord de protection mutuelle avec le Gouvernement de Paul Kagame notamment contre les poursuites éventuelles de la Cour Pénale Internationale. Florence Hartmann souligne comment Carla Del Ponte est partie le cœur gros par le fait qu’au TPIR à Arusha, des injonctions des grandes puissances anglosaxonnes ont fait en sorte que la politique prime sur la justice. INTERPOL serait-elle, elle aussi tombée sous la coupe de ces puissances ? De toutes les façons, si INTERPOL veut préserver sa crédibilité, elle a tout intérêt à ouvrir les yeux et à mettre un bémol sur sa coopération avec la ‘‘justice rwandaise’’. ©Gaspard Musabyimana,
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