Comment régler durablement la question de l’insécurité à l’Est de la RDC ?

Est-ce que la « disparition » de Bosco Ntaganda dans le Parc de Virunga veut dire que la page sur son arrestation vient d’être tournée ? Si c’était le cas, il est clair que Ntaganda ne sera jugé ni par la CPI, ni par la justice congolaise. Plusieurs observateurs sont d’avis en effet qu’il détiendrait un certain nombre d’informations et de secrets sur des zones d’ombres des accords de Paix entre Kigali et Kinshasa que ni le Président Kagame, ni le Président Kabila n’ont intérêt qu’ils soient dévoilés. 
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Le phénomène d' ''officiers-trophée’' au sein de l’armée du FPR

Après sa victoire sur les Forces Armées Rwandaises, le FPR a saupoudré son armée de quelques officiers vaincus, qu'il étale pour tromper les non avertis sur les réalités rwandaises.

général Rwarakabije

Il est généralement admis que dans un pays donné, pour que les forces de défense et de sécurité puissent avoir confiance de la nation, cette dernière doit pouvoir se retrouver à travers la composition de ses forces armées. Tout déphasage entre les deux ferait apparaître les forces armées comme des forces d’occupation.

Le cas du Rwanda n’échappe à cette règle. La structure actuelle de l’armée et de la police est en effet totalement en inadéquation avec celle de la nation rwandaise. Conséquence : ces forces sont perçues comme forces d’occupation.

Selon les derniers ordres de bataille de l’armée dénommée là-bas « Rwanda Defence Forces » (RDF) et de la police nationale, celles-ci compteraient près d’un millier d’officiers généraux et supérieurs répartis comme suit :

-          42 Généraux

-          105 Colonels

-          224 Lieutenants-Colonels

-          543 Majors

Plus de 98% de ces hauts cadres sont d’origine ethnique tutsi, le reste de la population n’y étant représentée que par moins de 2% des effectifs.

Le peuple rwandais ne se reconnaît pas du tout dans ses forces armées. Ceci est d’autant plus flagrant que ces forces sont dans les mêmes proportions composées d’éléments venus d’Ouganda et ne pratiquant que la langue de Shakespeare dans un pays à majorité francophone. Les Tutsi nés et/ou éduqués au Rwanda sont logés à la même enseigne que les vils Hutu : comble d’infamie pour ceux qui croyaient avoir pris leur revanche sur les Hutu.

Pourquoi ce triste constat ? Deux explications peuvent être avancées pour tenter de justifier cet état de choses inadmissible.

La première serait que les Hutu ou les Tutsi nés et/ou éduqués au Rwanda seraient incapables de devenir des hauts gradés dans l’armée et la police. Cet argument méprisant et dénué de tout fondement scientifique ou sociologique serait tout simplement une justification d’un racisme anachronique en ce début du 21è siècle.

L’autre explication serait que les Hutu et les non-ressortissants d’Ouganda seraient officiellement discriminés délibérément par un choix politique du FPR au pouvoir. Tout comme le racisme, la discrimination à base ethnique ou régionale ne serait être une politique officielle d’un régime civilisé et ne pourrait être justifiée sous aucun prétexte.

Le régime du FPR en place à Kigali depuis 1994, si médiocre soit-il, a bien senti cette énormité et tente de l’escamoter. Le FPR invente ou met des procédés lui permettant de cacher à la face du monde et devant sa population la triste réalité du déphasage entre son armée et le peuple.

Pour ce faire, le FPR use d’un principe vieux comme le monde et que nous appellerons « phénomène d’officiers-trophée ».

Un trophée est une marque d’accomplissement d’une action particulière. Le trophée peut être également une preuve arrachée au vaincu, que le vainqueur garde comme marque de son acte. Le trophée est exhibé et remis lors d’une  cérémonie officielle. Brandir un trophée, que ce soit lors de la remise ou à une autre occasion, constitue un geste d’autosatisfaction pour son détenteur, d’admiration pour l’assistance et surtout de preuve des qualités ou des actes de celui qui le brandit.

Au Rwanda, les officiers-trophée sont des cadres militaires hutu ou tutsi de l’intérieur récupérés et entretenus pour être exhibés aux observateurs extérieurs afin de masquer le caractère mono-ethnique de l’armée et de la police. Sur le plana interne, ils sont destinés à être présentés à la tranche de la population réellement non représentée, comme la preuve du contraire.

Ces officiers-trophée doivent remplir certaines conditions et posséder certaines caractéristiques. L’officier-trophée est une espèce rare. Il est de ce fait très courtisé, protégé et surveillé. Il doit être docile et surtout imperméable aux humiliations. Le moindre écart ou la moindre revendication lui vaudrait la perte de son statut d’officier-trophée et se retrouverait en prison ou au pire, assassiné.

L’officier-trophée occupe un poste au titre pompeux mais n’exerce aucun pouvoir. Il doit être prêt à faire de l’excès de zèle et à paraître « plus catholique que le Pape » chaque fois qu’on lui demande de réprimer les siens.

Enfin l’officier-trophée n’est en rien responsable de sa situation et donc ne peut en être condamné. Croyant souvent avoir voulu servir son pays, il s’est retrouvé pion sur un échiquier politique et sur lequel il est manipulé.

Rares sont des officiers-trophée qui parviennent à se libérer de l’étau même au prix d’un exil tout aussi traumatisant que de rester « officier-trophée ».

Dans la catégorie des généraux et officiers supérieurs, on retrouve en tout et pour tout douze (12) officiers-trophée.

  1. GATSINZI Marcel

Ministre de la Défense en titre, il est, avec James KABAREBE le Chef d’Etat-Major Général, l’un des deux seuls généraux « quatre étoiles » de l’armée rwandaise. Un Hutu et un Tutsi : le compte est bon. Les observateurs ont noté que l’intéressé ignore jusqu’à ses vraies prérogatives réelles comme Ministre. Il observe en effet la machine tourner sans savoir qui est aux commandes ni où est situé le moteur !

  1. RWARAKABIJE Paul

Il a le grade de Général-Major. Rentré du maquis en 2003 il est le prototype même de l’officier-trophée. Usé et fatigué par 13ans de maquis il est officiellement Vice-Président de la Commission de démobilisation. Le gros de ces activités consiste à être exhibé aux populations hutu du Nord où il est présenté comme leur général » ! Du même coup, quand le trophée est brandi à Gisenyi ou Ruhengeri, c’est un clin d’œil en direction des combattants restés en République Démocratique Congo.

  1. NSABIMANA Stany

Ce pharmacien formé à l’Université Libre de Bruxelles était en 1994 Capitaine-pharmacien au Service de santé des Forces Armées Rwandaises (FAR) à Kanombe. Tutsi originaire de Mugambazi (Kigali-rural), personne ne fut surpris lorsqu’il rejoignit le FPR en 1994. Il est actuellement Commissaire-Général dans la Police mais ne joue pas moins son rôle d’officier-trophée étant destiné à être exhibé aux Tutsi de l’intérieur.

  1. NDENDAHIMANA Jérôme

Il porte actuellement le grade de Général de Brigade. Cet ancien gendarme formé à l’Ecole Royale Militaire et à l’Université de Liège (Belgique) fait office de trophée francophone à brandir quand il le faut. Pour ce faire, il est chaque fois collé aux basques du Général James KABAREBE chaque fois que celui-ci est en mission dans un pays ou instance francophone. De même il lui est demandé de jouer les procureurs quand il faut accabler la France pour son action au Rwanda avant 1994 (Commission MUCYO).

  1. MURENZI Evariste

Ce capitaine de la Garde Présidentielle en avril 1994 a été nommé Colonel dès son retour de maquis et pour les besoins de la cause. Officier-trophée doublement utile, il est nominativement Commandant de la région militaire frontalière avec le Sud-Kivu.

En plus d’être exhibé en tant que officier-trophée donc comme preuve que même les proches du Président Habyarimana peuvent être promus au sein de l’armée du FPR, il sert d’appât pour attraper les combattants FDRL restés dans la jungle de la RDC.

Le reste des officiers-trophée n’ont pas d’autres fonctions connues que celles d’être des échantillons représentatifs de leur communauté d’origine. Voici par grades les officiers-trophée encore « brandissables » à l’heure où nous rédigeons ces lignes.

Colonels

  1. KANIMBA Callixte
  2. NDAMAGE Martin
  3. HABYARIMANA André

Lieutenant-Colonel

  1. KAZABAVAHO Prudence
  2. NDEKEZI François

Majors

  1. MURASIRA Albert
  2. MALIZAMUNDA Juvénal

Tel est le constat. Quand on pense que les RDF comptent plus de 900 officiers, on comprend le fossé qui sépare le peuple rwandais d’une armée qu’on voudrait lui faire admettre qu’elle est sienne.

En guise de conclusion, nous constatons que le phénomène d’officiers-trophée est appelé à durer tant que durera le régime totalitaire et discriminatoire du FPR. L’armée sur laquelle s’appuie le régime restera le reflet de celui-ci. Le peuple ne se reconnaîtra pas à travers elle. Le régime aura donc toujours recours au phénomène d’officiers-trophée pour tromper les observateurs et berner le peuple lésé. Ce dernier ne considérera pas moins l’armée du FPR comme une armée d’occupation, tellement elle est loin d’être représentative de la société rwandaise.

Seul l’avènement de la démocratie permettrait la formation d’une armée réellement nationale dans laquelle se retrouverait tout le peuple rwandais et qui bénéficierait de toute sa capacité et son appui. Mais comme le FPR ne veut ne pas lâcher du lest en matière démocratique, ceci risque de ne rester qu’un vœu pieux.

Bruxelles le 11/03/2008

Emmanuel Neretse
Breveté d’Etat-Major
Ancien officier des FAR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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