Le Pr Barabwiliza Runyinya est emprisonné depuis 14 ans sans dossier !Rwanda : Barabwiliza Runyinya est emprisonné comme un ancien opposant politique et non pas pour des crimes qu’il aurait commis. |
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Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) demande au président rwandais, le général Paul KAGAME, d’autoriser la libération sans conditions du plus célèbre prisonnier politique détenu pendant plus de 13 ans dans les prisons rwandaises. Il s’agit de Monsieur BARABWILIZA RUNYINYA, un ancien professeur de l’Université Nationale du Rwanda (UNR) et ancien conseiller chargé des Affaires Etrangères du président Juvénal HABYARIMANA. Cet homme ne peut être accusé de quoi que ce soit parce qu’il n’était pas au Rwanda pendant le génocide. En plus, en date du 19 mai 1994, il a condamné tous les crimes de génocide dès qu’il a appris que plusieurs milliers de rwandais innocents avaient été massacrés aveuglement par les deux blocs de belligérants. Du 6 avril au 5 juillet 1994, cet intellectuel et opposant politique au Front Patriotique Rwandais (FPR) est resté bloqué à Dar-es-salaam en Tanzanie en tant que membre de la délégation présidentielle qui avait préparé le sommet des chefs d’Etats à Dar-es-salaam. S’il a survécu à l’attentat terroriste du 6 avril 1994 qui a déclenché le génocide rwandais, c’est qu’il n’a pas fait son voyage de retour dans l’avion présidentiel qui a été abattu par un missile dès son arrivée à Kigali.
Pendant que M. BARABWILIZA RUNYINYA était bloqué à Dar-es-salaam, il ne s’est pas croisé les bras pendant les massacres d’avril à juillet 1994. Il s’est joint à d’autres intellectuels Hutus et Tutsis qui étaient bloqués comme lui à Dar-es-salaam pour dénoncer et condamner les massacres qui décimaient de nombreux rwandais pendant cette période. C’est dans ce cadre qu’il a signé le document intitulé : « Contribution à une ébauche de solution de la crise rwandaise ». Les autres co-signataires de ce documents sont : Messieurs Sylvestre UWIBAJIJE, Justin MUNYEMANA, Simon INSONERE et Jean MBANDA. Ils ont condamné les massacres dans ces termes : « Aussi voudrions-nous condamner avec la dernière énergie les massacres ignobles qui ont terni l’image de marque du Rwanda et qui ont endeuillé plusieurs familles dans le pays ». Nous reviendrons sur ce document qui sera annexé à notre communiqué.
Qui est BARABWIRIZA RUNYINYA ? Le 24 juin 1947 : naissance de Barabwiliza Runyinya en préfecture de Gikongoro (sud du Rwanda). Après ses Humanités au Collège Christ-Roi de Nyanza (Butare), il a fait ses études supérieures à l’Université Nationale du Rwanda, à Butare, puis à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique (1972-1974) et enfin à l’Université de Gembloux, Faculté d’Agronomie où il a obtenu un Doctorat en Aménagement du Territoire (1981-1985). De retour dans son pays en 1985, il a été professeur à l'Université Nationale du Rwanda, dans la Faculté d'Agronomie, puis Doyen de cette même Faculté. Avec l'avènement du multipartisme, en 1991, il a été membre du parti MRNDD (Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement). Il a été nommé président du parti MRNDD dans la préfecture de Butare en juin 1993.
Depuis 1992, il était Conseiller à la Présidence, chargé des Affaires Etrangères (tout en maintenant son travail à l’Université en tant que professeur-visiteur). C'est en cette qualité qu'il s'était rendu à Dar-Es-Salaam, en Tanzanie, le 4 avril 1994, pour les négociations avec le FPR. Il n'a pu revenir au Rwanda que le 5 juillet 1994, à la recherche de sa famille qui était éparpillée au Rwanda. Il s'est installé à Cyangugu (dans la Zone Turquoise, une zone humanitaire créée par l’armée française) avec son épouse et sa fille cadette qu’il avait retrouvées à Gikongoro. Ce qui fait qu’il n’était pas dans le pays lors des tueries et du génocide.
Voici le déroulement de son arrestation et de sa détention préventive depuis plus de 13 ans :
Le 8 septembre 1994, Monsieur BARABWILIZA RUNYINYA a été arrêté arbitrairement par le général Karenzi KARAKE (il était colonel à cette époque) dès qu’il a mis les pieds à Kigali sous escorte de la MINUAR II (Mission des Nations Unies au Rwanda). Son dossier (numéro RMP 49139/S7) n’a jamais fait l’objet d’une moindre instruction judiciaire jusqu’à présent. En effet, toutes les autorités judicaires, interrogées à propos de ce dossier, ignorent pourquoi il est emprisonné depuis plus de 13 ans sans comparution devant un juge qui aurait dû normalement lui signifier le contenu de son acte d’accusation. Dès que la situation dans le pays s’est un peu calmée, Monsieur BARABWILIZA Runyinya a demandé au nouveau gouvernement l'autorisation de revenir sur Kigali afin de contribuer à la reconstruction du pays. Il ne se reprochait rien et ne pensait pas subir de quelconques représailles liées au génocide qui venait de se commettre. En outre, lorsqu’il était à Dar-Es-Salaam, il avait rédigé et signé, avec d’autres membres de la délégation gouvernementale (Sylvestre UWIBAJIJE (parti PSD), Justin MUNYEMANA (parti MRNDD), Simon INSONERE (parti MDR) et Jean MBANDA (un tutsi membre du Parti Social Démocrate) un Mémorandum[i] dénonçant et condamnant les massacres. Ce mémorandum, qui avait été envoyé à tous les partis politiques, y compris le FPR, avait été apprécié par tous. Pendant qu’il était bloqué à Dar-es-salaam, il a été limogé de son poste de Conseiller à la Présidence. L’autorisation de revenir à Kigali lui fût accordée par le gouvernement rwandais, représenté par le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Monsieur Seth SENDASHONGA. Ce dernier, qui lui envoya une lettre datée du 25 août 1994, lui avait même fourni une escorte des soldats de la MINUAR II pour assurer son transport et sa sécurité de la zone Turquoise jusqu’à Kigali. Le 6 septembre 1994, Monsieur Barabwiliza RUNYINYA, accompagné de soldats de la MINUAR basés à Cyangugu (dont le chef était le Major Kone BOULAYE), pris la route pour Kigali. Lorsqu’il arriva à Butare, il fût intercepté et appréhendé par des soldats du FPR dirigés par le Lieutenant KAREMERA. Celui-ci a voulu l’arrêter prétendant qu’il (RUNYINYA) aurait dirigé des attaques de miliciens dans la préfecture de Butare d’avril à juin 1994! Les soldats de la MINUAR ont exigé un mandat d’arrêt car il était sous leur protection. Mais comme il n’y en avait pas, ils l’ont escorté jusqu’à leur Quartier Général à Kigali. Le 8 septembre 1994, le Colonel Karenzi KARAKE (Agent de liaison Gouvernement/MINUAR) est venu emmener Monsieur Barabwiliza RUNYINYA en assurant à la MINUAR que c’est le Ministre de l’intérieur, Seth SENDASHONGA, qui avait demandé à le voir. Puisque c’était ce ministre qui l’avait invité à regagner Kigali, RUNYINYA n’a pas pressenti le piège. Il accepta de suivre le colonel Karenzi KARAKE, qui avait menti pour le soustraire à la protection de la MINUAR. A partir de cet instant, RUNYINYA ne verra jamais le Ministre Seth Sendashonga (qui démissionnera le 28/08/1995 avant d’être assassiné le 16/05/1998 à Naïrobi au Kenya). Monsieur Barabwiliza RUNYINYA a été aussitôt arrêté et conduit directement au cachot de la Brigade judiciaire de Remera située au nord-est de la capitale rwandaise Kigali. Là-bas, le Capitaine Joseph NZABAMWITA (Commandant adjoint de la Directorate of Military Intelligence (DMI[ii] l’a incarcéré sans autre explication. Le 5 octobre 1994, RUNYINYA a été transféré à la prison de très haute sécurité à Rilima (Kigali Rural) où il a été torturé avec d’autres anciens dignitaires du régime de Habyarimana. Le 21 août 1997, on l'a transféré à la prison de Karubanda à Butare (dans la préfecture qu’il habitait en 1994). C’est dans cette prison qu’il est incarcéré depuis ce jour et sans aucun jugement. Ce qui est encore plus grave, c'est qu'il n'y a même pas de dossier connu à sa charge. RUNYINYA a écrit plusieurs lettres aux autorités judiciaires rwandaises demandant à ce qu'il passe devant un tribunal même le Gacaca mais en vain. Voici quelques exemples[iii]: · 21 février 2000: Lettre au Procureur de la République, Parquet de Butare · 10 avril 2000: Lettre au Ministre de la Justice avec copie au Procureur Général de la Cour Suprême · 18 septembre 2000: Lettre au nouveau Procureur de la République, Parquet de Butare · 2 novembre 2000: Lettre au Procureur de la République, Parquet de Butare · 3 octobre 2001: Lettre au Procureur Général de la Cour Suprême · 12 mai 2002: Lettre au Procureur Général de la Cour d’Appel.
En juin 2007, les enfants de RUNYINYA ont rencontré M. André FLAHAUT, Ministre de la Défense belge, qui a contacté son homologue rwandais, le Général Marcel GATSINZI. Ce dernier lui a répondu que ce cas dépendait uniquement du Procureur de la République et que personne n’y pouvait rien. Voilà donc où en est la situation tragique de Monsieur Barabwiliza RUNYINYA que notre Centre qualifie de « prisonnier politique » au vrai sens du terme. RECOMMANDATION : Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda demande la libération immédiate de Monsieur BARABWILIZA RUNYINYA. Le Centre recommande également la libération des autres prisonniers politiques que le régime FPR maintient en prison sous la fausse accusation de participation au génocide rwandais de 1994. [Extrait du Communiqué n° 112/2008 du 15 février 2008 du « CENTRE DE LUTTE CONTRE L’IMPUNITE ET L’INJUSTICE AU RWANDA » (CLIIR) ; Coordinateur : MATATA Joseph]
[i] “Contribution à une ébauche de la solution de la crise rwandaise”, Dar-Es-Salaam, 19 mai 1994. Ce document est annexé au présent communiqué n°112/2008 du 15 février 2008. [ii] La DMI (Directorate of Military Intelligence) est une véritable « machine à tuer », une sorte de GESTAPO Tutsi créée et dirigée par le président rwandais et président du FPR (Front Patriotique Rwandais), le Général Paul KAGAME. La DMI a impunément assassiné, torturé, emprisonné et fait disparaître des milliers d’opposants politiques (réels ou supposés), des anciens dignitaires et intellectuels Hutu ainsi que de simples citoyens rwandais Hutu et Tutsi depuis plus de 12 ans. [iii] Les copies de ces lettres sont en possession de ses enfants
Catégories Témoignages, ibuka bose
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