Comment régler durablement la question de l’insécurité à l’Est de la RDC ?

Est-ce que la « disparition » de Bosco Ntaganda dans le Parc de Virunga veut dire que la page sur son arrestation vient d’être tournée ? Si c’était le cas, il est clair que Ntaganda ne sera jugé ni par la CPI, ni par la justice congolaise. Plusieurs observateurs sont d’avis en effet qu’il détiendrait un certain nombre d’informations et de secrets sur des zones d’ombres des accords de Paix entre Kigali et Kinshasa que ni le Président Kagame, ni le Président Kabila n’ont intérêt qu’ils soient dévoilés. 
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Les personnalités décorées à Kigali le 04/07/2010 sont des fossoyeurs du peuple rwandais.

Le général Paul Kagame a commencé à révéler officiellement ses complices dans sa guerre d’agression qui a endeuillé le Rwanda et toute la région depuis 1990.

un médaillé avec paul kagame le 04/07/2010 à kigali-photo village urugwiro

Au fil des célébrations des anniversaires de la conquête du Rwanda par les éléments issus de l’armée ougandaise, le général-président Paul Kagame révèle à l’opinion l’identité de ceux qui ont été les fossoyeurs du peuple rwandais. En effet, le monde apprend petit-à-petit qui sont ces étrangers qui ont aidé le FPR à s’imposer par les armes à la tête du Rwanda.

En 2009, lors de la célébration du 15è anniversaire de la prise de la capitale Kigali, le général Kagame avait alors décoré le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi ainsi que l’ancien président tanzanien Julius Nyerere, à titre posthume. On savait que le président ougandais avait été, depuis 1990, l’agresseur du Rwanda ; qu’il avait fourni, tout au long de la guerre, tout le soutien possible en hommes et en matériels aux éléments de son armée pour occuper des portions du territoire rwandais afin d’exiger des négociations et de s’y présenter en position de force. On savait que c’est le même Museveni qui avait avalisé le projet d’attentat contre le président Habyarimana et qu’il avait fourni tout le nécessaire pour que cet acte terroriste réussisse. On savait enfin qu’après le 6 avril 1994, Museveni avait mis le paquet pour que les éléments tutsi de son armée s’emparent du pouvoir au Rwanda à n’importe quel prix. Mais ce fut la première fois que Yoweri Museveni en était officiellement et publiquement remercié par ses anciens soldats qu’il avait rendus maître du Rwanda.

De même, on savait que le président éthiopien Meles Zenawi était très lié à Yoweri Kaguta Museveni de l’Ouganda dont il avait bénéficié l’appui pour conquérir l’Ethiopie ; qu’il était, comme Museveni, un pion installé par les puissances anglo-saxonnes dans la région. On savait aussi qu’après avril 1994, des unités éthiopiennes étaient aux avant-postes pour conquérir certains points stratégiques (camp Kanombe, aéroport de Kigali, etc.) ; qu’après la reconquête de tout le pays en juillet 1994, les troupes éthiopiennes, qui avaient participé à cette conquête, furent, en un tournemain, transformées en troupes de la MINUAR II alors qu’elles étaient visibles sur les postes-frontières de Rusizi II, Corniche,…, dès le 15 juillet, avant même que le FPR ne forme son premier gouvernement et que l’ONU ne décide de l’envoi de nouvelles troupes pour constituer la MINUAR II. Mais ce 04 juillet 2009, ce fut la première fois que Kagame admit officiellement et publiquement que les soldats éthiopiens de Meles Zenawi faisaient partie de ceux qui l’ont aidé à conquérir le Rwanda.Menkerios, Gambari, Winter, Keating, Kovanda

Enfin, on savait que le maître d’œuvre pour la déstabilisation de la région et qui a donné à la conquête du pouvoir par la force une dimension régionale, n’est autre que Julius Nyerere. Par son impulsion, les coups d’état internes ont été remplacés par l’intervention armée des pays limitrophes aux effets plus meurtriers et dévastateurs. Julius Nyerere a initié ce mouvement dans la région lorsque son armée a appuyé l’UNLA (Uganda National Liberation Army), coalition de 28 groupes armés ougandais, pour chasser, en 1979, Idi Amin Dada. Mais en le décorant à titre posthume, Kagame a confirmé qu’il fut et reste l’instrument d’un mouvement de déstabilisation de la région initié par le Mwalimu tanzanien.

Le 04 juillet 2010, le monde a encore eu droit à quelques révélations concernant quelques personnalités qui ont œuvré dans l’ombre pour que le FPR gagne la guerre de conquête du Rwanda entreprise en octobre 1990.

C’est ainsi que l’américain Roger Winter fut officiellement décoré par Paul Kagame pour les actions qu’il a menées pour organiser les Tutsi de la diaspora en vue de la conquête militaire du Rwanda, de l’appui médiatique qu’il a fourni dès le déclenchement de l’agression en octobre 1990 pour présenter cette flagrante violation des chartes de l’ONU et de l’OUA comme une rébellion interne au Rwanda. Qui est Roger Winter décoré par Kagame ce 4 juillet 1994 ?

L’engagement de Roger Winter dans les affaires rwandaises remontent de 1988. Cette année, plus précisément du 17 au 20 août, fut organisé à Washington (USA) un congrès des réfugiés rwandais. C’est lors de ce congrès que la lutte armée envisagée fut confirmée. Le congrès avait été organisé par le président de l’« Association of Banyarwanda in Diaspora », William Rubagumya avec l’assistance de l’« US Committee for Refugees » dont le directeur Roger Winter, était co-signataire.

Roger Winter, dont l’organisation avait fourni la logistique, a suivi tous les débats jusqu’à la fin et il en connaissait les résolutions. Il est resté aux côtés du FPR et ses analyses ont été déterminantes pour préparer l’opinion américaine à favoriser la conquête du pouvoir au Rwanda en 1994. On le retrouvera à Kigali lors des tractations d’attaque des camps des réfugiés au Zaïre. Depuis, Roger Winter est un ami personnel du général Paul Kagame. Voici donc l’homme qui a été décoré par Kagame « de la plus haute médaille d’honneur et d’héroïsme du Rwanda ».

Une autre personnalité qui a reçu la même distinction et pour les mêmes motifs est l’Erythréen Hailé Menkerios. Le diplomate érythréen, actuellement sous-secrétaire général des Nations-Unies, était, depuis 1991, ambassadeur de son pays auprès de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et puis Représentant permanent auprès des Nations-Unies. La presse gouvernementale du Rwanda nous apprend que : « L’Ambassadeur Hailé Menkerios, n’avait pas cessé de réitérer aux Nations-Unies la cause profonde des fils et filles du Rwanda dans leur course de libération de leur nation ».

On le retrouvera en RDC dans les années 2000 comme conseiller principal de l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, en fait dépêché spécialement pour défendre la cause de Paul Kagame dont l’armée avait envahi ce pays depuis 1996.

Une autre figure de proue de la nébuleuse FPR qui, à travers le monde, a vendu son image et défendu ses intérêts est le français Jean Paul Gouteux. Il a été décoré par Paul Kagame à titre posthume car il est décédé le 11 juillet 2006. Avec son compatriote Jean Carbonare, ils se sont rendus célèbres par leur fanatisme militant pour le FPR et plus tard dans la chasse aux opposants au régime de Paul Kagame à travers l’association « Survie ».

Le diplomate nigérian Ibrahim Gambari fut lui aussi décoré à cette occasion. L’on se souviendra qu’il était représentant de son pays aux Nations-Unies en 1994 et qu’il se distingua en luttant au sein du Conseil de Sécurité contre la décision du 21 avril 1994 en empêchant ainsi les Casques bleus de protéger les tutsi. Il a ainsi joué le jeu de Paul Kagame qui voulait ce « sacrifice » comme l’a admit l’ancien cadre du FPR Deus Kagiraneza devant la Commission d’enquête parlementaire du Sénat belge (1è mars 2002) quand il dit : « C’est donc un calcul politique…du bureau politique dont j’ai fait partie, qui a donné lieu au sacrifice …de 800.000 personnes… ». Ibrahim Gambari n’était pas à son premier coup d’essai dans l’aide au FPR dans sa guerre de conquête. Lors du sommet de l’OUA tenu à Abuja au Nigeria en 1991, le ministre des affaires du Nigéria qui n’était personne d’autre que Ibrahim Gambari, fut à la base du rejet par les Chefs d’Etats de l’accusation du Rwanda contre  l’Ouganda pour agression caractérisée. De concert avec le Tanzanien Salim Ahmed Salim alors Secrétaire général de l’OUA, ils ont convaincu le président en exercice, Ibrahim Babangida, qui venait de succéder à l’agresseur accusé Yoweri Museveni, de ne pas débattre de la question. 15 ans après, il est logique que Gambari en soit remercié.

 

 

Comme à son habitude, le président rwandais Paul Kagame s’est livré à l’amalgame et au cynisme le plus cruel. Il a en effet décoré à titre posthume des personnes qui pourtant ont été assassinés par ses soldats ou ses agents infiltrés. Ainsi, le capitaine sénégalais Mbaye Diagne qui, en avril 1994, faisait partie de la MINUAR, a été tué par un tir d’artillerie du FPR en essayant de joindre la base de la MINUAR située à l’hôtel Amahoro de Remera. Pour y arriver, il fallait franchir les lignes tenues par le FPR à Kimihurura et Remera. Et voici que son assassin a le « culot » de le décorer à titre posthume.

De même la religieuse italienne Antonietta Locatelli qui vivait au Bugesera à Nyamata, a été assassiné par les agents infiltrés du FPR en 1992. La paroisse de Nyamata où vivait la religieuse avait accueilli des dizaines de déplacés après des troubles interethniques. Elle avait sollicité les autorités d’envoyer des agents de l’ordre pour assurer leur sécurité. Une équipe de gendarmes était donc détachée à Nyamata à cet effet. Un beau jour, un individu se faisant passer pour un gendarme s’est introduit au domicile de Locatelli et l’a abattu par balles. Le détachement de gendarmerie est vite intervenu mais l’individu avait disparu. Le lendemain, la presse pro-FPR faisait courir le bruit que ce sont les gendarmes qui ont tué la religieuse alors qu’ils étaient chargés d’assurer sa sécurité .Quelques jours plus tard, le bourgmestre de Kanzenze, la commune dont fait partie Nyamata, M. Rwambuka Fidèle, fut abattu par balles par un tueur qui s’était introduit jusque dans son enclos. On sera plus tard avec les enquêtes sur le terrorisme qui a sévit pendant cette période ainsi que grâce aux révélations de Joshua Ruzibiza, que toutes ces tueries furent l’œuvre des escadrons du FPR infiltrés dans cette région. Et voilà que Paul Kagame décore sa victime ! Quel cynisme !

Comme le fait remarquer le politologue allemand Helmut Strizek en réaction de l’annonce de ces décorations, Roger Winter, et autres Jean Paul Gouteux, Jean Carbonare, Jean Gol, etc., ont bien mérité cet honneur, ce qui confirme leur rôle de parrains de la victoire du FPR. Par contre des gens comme Ibrahim Gambari, Colin Keating et Karel Kovanda auraient dû refuser cet honneur. Ils ont en effet échoué dans leur effort de protéger les Tutsi parce que Kagame voulait les sacrifier, en refusant une intervention des Casques bleus en leur faveur. Enfin, les familles du capitaine Mbaye Diagne et de Mademoiselle Antonetta Locatelli devaient vigoureusement protester contre cette utilisation de la mémoire des leurs par leur assassin à des fins de sa propagande politique.

Emmanuel Neretse et Gaspard Musabyimana
11/07/2010

 

 


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