Pourquoi le Canada ne jugerait-il pas Léon Mugesera? |
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Dans sa livraison du 3 janvier 2012, le quotidien rwandais pro-gouvernemental The New Times rapportait la jubilation des autorités de Kigali après l’annonce de l’extradition imminente de Léon Mugesera par le Canada. Pour rappel, Léon Mugesera est un universitaire rwandais et ancien cadre de l’ex-parti MRND dissous par le FPR, qui vit au Canada depuis 1992. Après la prise du pouvoir par le FPR, Mugesera fut accusé par les nouvelles autorités du Rwanda d’incitation au génocide, de génocide et de crimes contre l’humanité. Pour étayer ses accusations, Kigali brandit le discours que Léon Mugesera a prononcé en 1992 peu avant de quitter le Rwanda et qui inciterait directement au génocide des Tutsi. Face à de telles graves accusations, sa demande de titre de séjour n’avait aucune chance d’aboutir. En effet, il fut vite déclaré « personae non grata » mais interjeta appel. C’est donc apparemment l’aboutissement d’une longue procédure qui aura duré presque deux décennies, que le gouvernement du Canada va enfin livrer Léon Mugesera au gouvernement de Kigali. Le procureur général Martin Ngoga parle de la date du 12 janvier à laquelle il attend l’arrivée du précieux colis. Le même procureur affirme avoir transmis au Canada, il y a plusieurs années, les charges qui pèsent sur Mugesera en demandant qu’il soit extradé au Rwanda, chose qui va enfin être faite ce mois de janvier 2012. Pourtant, la presse canadienne, qui évoque cette affaire, parle seulement du refus de séjour et donc du refoulement de Mugesera comme cela peut se faire contre n’importe quel immigrant illégal même à celui qui ne serait pas accusé de génocide. Ce jeu de cache-cache diplomatico-judiciaire soulève tout de même quelques interrogations. Kigali sait très bien que Léon Mugesera a quitté le Rwanda en 1992 et que donc il n’était pas présent pendant le génocide en avril-juin 1994. Il sait aussi qu’aucun autre gouvernement du monde ou aucune instance internationale n’a épousé sa thèse, celle de faire remonter le génocide en octobre 1990 voire en 1959. Comment alors le procureur rwandais peut-il prétendre avoir adressé le dossier d’accusation de Mugesera pour génocide au Canada sachant pertinemment bien qu’il serait rejeté ? Le Canada est compétent pour juger des personnes accusés de génocide et se trouvant sur son territoire. Il a d’ailleurs déjà jugé un rwandais pourtant moins connu que Léon Mugesera. Pourquoi la justice canadienne, qui s’est empressée de juger des seconds couteaux comme Désiré Munyaneza, n’envisagerait même pas de juger « le professeur Léon Mugesera » formé au Canada et y résident depuis 20 ans sans discontinuer et accusé d’être un des architectes du génocide ? Les réponses à ces questions permettraient de comprendre le jeu politique auquel se livre Kigali et Ottawa. Les accusations contre Léon Mugesera telles que formulées par Kigali ne peuvent pas tenir la route devant aucun juge canadien. Le FPR et le gouvernement canadien le savent. C’est pourquoi il faut politiquement « techniquer » : il serait extradé pour défaut de titre de séjour selon Ottawa mais en réalité pour le livrer à Kigali pour être torturé et humilié par ses ennemis politiques. Si Léon Mugesera est livré à Kigali, ce sera sur motivation politique que juridique et encore moins administrative. Le Canada offrirait ainsi sur un plateau la tête de son ennemi politique à Paul Kagame, comme jadis celle de Jean Baptiste que Hérode offrit à Hérodiade comme le raconte les Evangiles. Mais la question fondamentale et à laquelle nous n’avons pas une ébauche de réponse est celle de savoir pourquoi et dans quel intérêt un pays démocratique comme le Canada peut livrer à un dictateur féroce comme Paul Kagame pourtant dénoncé par les organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International et Human Right Watch, des opposants dont le seul tort est d’avoir dénoncé publiquement la dictature et sachant qu’ils sont envoyés à une mort certaine? Seul le gouvernement conservateur de Stephen Harper peut répondre. Jane Mugeni
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