Comment régler durablement la question de l’insécurité à l’Est de la RDC ?

Est-ce que la « disparition » de Bosco Ntaganda dans le Parc de Virunga veut dire que la page sur son arrestation vient d’être tournée ? Si c’était le cas, il est clair que Ntaganda ne sera jugé ni par la CPI, ni par la justice congolaise. Plusieurs observateurs sont d’avis en effet qu’il détiendrait un certain nombre d’informations et de secrets sur des zones d’ombres des accords de Paix entre Kigali et Kinshasa que ni le Président Kagame, ni le Président Kabila n’ont intérêt qu’ils soient dévoilés. 
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Rapport technique sur l’attentat du 6 avril 1994. Commentaires, intoxications et délires

feu-Juvénal Habyarimana

feu-Juvénal Habyarimana

Ce 10 janvier 2012, le juge anti-terroriste français Marc Trévidic a présenté à Paris le rapport balistique dans le cadre de l’enquête globale qu’il mène depuis des années sur l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Juvénal Habyarimana du Rwanda et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira ainsi qu’à leurs suites. Il s’agissait de présenter le résultat des études techniques menées sur le terrain par des balisticiens, des géomètres et des acousticiens pour déterminer la provenance des tirs de missiles.

En substance, le juge a dégagé de ce rapport trois conclusions :
- Les tirs des missiles qui ont abattu le Falcon 50 présidentiel provenaient de Kanombe ;
- Les missiles étaient de fabrication soviétique et leur maniement nécessitait une formation spéciale ;
- Toutes les parties (les parties civiles et les prévenus) ont trois mois pour donner leurs contestations éventuelles.

Tout de suite après cette présentation, le régime de Kigali cria à la victoire, le champagne coula à flot dans les salons de Kigali. La presse officielle inonda la population d’une propagande comme quoi l’affaire était bel et bien terminée, que le FPR était totalement blanchi et que les coupables étaient cette fois-ci formellement identifiés à savoir les « extrémistes hutu » de l’entourage même de Habyarimana. La presse occidentale pro-FPR rivalisa de zèle pour qualifier les conclusions de ce rapport intermédiaire : « Rwanda : la preuve d’un génocide planifié » (Libération, 11/01) ; « Une journée historique », (le Monde,11/01) ; « Les proches de Paul Kagame exonérés dans  l’assassinat de son prédécesseur » (VOA,10/01) etc. Pourtant, il n’y a rien dans ce rapport qui justifie ni cette hystérie à Kigali ni ces raccourcis de la presse orientée.  

Colline de Kanombe ou Camp Kanombe ?

Si le rapport balistique conclut que les tirs seraient partis de Kanombe, il n’est nulle part mentionné qu’il s’agit des enceintes du camp Kanombe qui est situé sur un plateau du même nom mais plus étendu et qui constituait tout un secteur administratif. Le camp Kanombe n’est évoqué que pour donner le témoignage des deux seuls habitants de ce camp ayant entendu le bruit des missiles : un médecin militaire belge et un officier para commando français. Cependant, ils ne disent pas avoir localisé l’endroit du départ des coups au camp. Le rapport, qui à ce stade ne désigne pas les tireurs, n’a pas bien entendu exonéré qui que ce soit et surtout pas le FPR de Paul Kagame contrairement à ce que la propagande à son service veut faire croire à l’opinion.

Le rapport reconnaît que les missiles provenaient de l’ex-URSS mais ne dit pas à ce stade qui des militaires des FAR ou du FPR en avaient étudié le maniement. Tout au plus on pourrait penser que les enquêteurs ont suivi la traçabilité de ces missiles et savent très bien qui les a détenus. Mais à ce stade ils n’en disent rien. En quoi cela exonère-t-il qui que ce soit et notamment le FPR ?

Enfin, le juge donne trois mois aux parties de contester l’un ou l’autre aspect de ce rapport. Or dès sa présentation, une réaction spectaculaire s’est fait entendre. C’est celle du Dr Théogène Rudasingwa, ancien secrétaire général du FPR et ancien directeur de cabinet de Paul Kagame. Celui-ci souligne qu’il a toujours déclaré que Paul Kagame était le commanditaire de l’attentat et qu’il possède des éléments de preuve en appui mais qu’il attend toujours d’être convoqué pour les donner au juge. Il espère que le juge mettra ces trois mois à profit pour recueillir son témoignage et l’intégrer dans son enquête comme l’un des nouveaux éléments dans cette affaire.

On le voit donc, à moins d’être dupe, il n’y a rien de quoi pavoiser ni faire dire au rapport Trévidic ce qu’il ne dit pas notamment qu’il serait désormais établi que l’attentat du 6 avril 1994 était l’œuvre des « extrémistes hutus » comme veut le faire croire une certaine presse. On peut bien être pro-FPR et admirateur de Paul Kagame, mais sans aller jusqu’à prendre ses lecteurs ou auditeurs pour des idiots.

Ghislain Mikeno
11/01/2012

 

 


 

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