Rwanda: compromis ou Compromission.Les Rwandais se félicitent des effets que produisent les rapports d’enquêtes menées par les deux Juges européens sur l’assassinat des Présidents Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira ainsi que sur les crimes de tout genre, perpétrés sur les populations rwandaises et sur les expatriés avant et après l’attentat du 6 avril 1994. |
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Les écrits et les propos tenus par les « opposants » et la dictature du Général président Paul Kagamé sur les mandats d’arrêts internationaux émis par les Juges européens, le Français Jean-Louis Bruguière et l’Espagnol Morales, semblent témoigner de peu de maturité politique et d’habilité diplomatique de toute la classe politique rwandaise. Malheureusement, c’est la résistance de la démocratie du Rwanda qui en prend des coups durs. En général, les Rwandais se félicitent des effets que produisent les rapports d’enquêtes menées par ces deux Juges européens sur l’assassinat des Présidents Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira ainsi que sur les crimes de tout genre, perpétrés sur les populations rwandaises et sur les expatriés avant et après l’attentat du 6 avril 1994 Cette fois, devraient penser nos éminents politiciens, plus question de tout imputer aux « extrémistes hutu », affidés du régime déboulonné dans le sang d’« une guerre de libération » qui n’a fait qu’éloigner le peuple rwandais des buts et idéaux qu’il semble aujourd’hui impossible d’atteindre sans s’appuyer sur la Justice et sur la vérité qui, seules, libèrent. A cet égard, des questions incalculables se posent. Elles hantent tout le monde. Elles font surtout trembler la dictature qui tient le peuple sous sa coupe. Ces questions sont entre autres, celles-ci : pour sauver son régime, Kigali est-il prêt à céder aux exigences des Juges français et espagnol ? Paraphrasons aussi Pilate qui demanda sur un ton de plaisanterie et sans attendre une réponse, pour introduire la seconde question : qu’est-ce que la vérité ? La troisième question est de savoir si les Rwandais supporteront d’attendre encore longtemps la vérité. Attendront-ils la réponse ou chercheront-ils eux-mêmes les moyens de coincer les criminels identifiés et recherchés, pour faire éclater la vérité et toute vérité, en particulier si cette vérité met en cause l’ancienne rébellion tutsi et les anciens guérilleros tutsi devenus des maîtres absolus, mais contestés et contestables du Rwanda, comme cela est vraissemblement établi par les deux Juges européens ? La quatrième question concerne les criminels recherchés, mais couverts par un président de la République fragilisé et vacillant .Vont-ils agir en desperados contre eux-mêmes ou contre le peuple qui n’est pas prêt, comme certains de ses dirigeants, d’oublier son vrai oppresseur ? Face aux questions qu’ils ne savent même pas se poser, les fidèles du pouvoir en place font leur devoir. Ils excellent en manœuvres de diversion et renforcent le fatalisme que tout potentat peut nourrir sa dictature devant les effets des procédures judiciaires qui visent les piliers de son pouvoir. Delà ils oublient même de rappeler au peuple le rêve ou l’illusion ainsi que les années de plomb et les vies sacrifiées dans l’espoir de les réaliser. Gênées aux entournures, les vieilles démocratiques que le dictateur fréquente et le fréquentent, mais dont les polices sont chargées de mettre en oeuvre les mandats d’arrêts, resteront au chevet de son pouvoir pour finir par le lâcher. Ce n’ est pas pour rien que, au Rwanda, les rois du paradoxe fustigent les deux Juges européens jusqu’ à l’Union Africaine (UA) pour dénoncer la violation de la « souveraineté nationale » et la « tutelle de l’ Afrique » par la justice de la puissance occidentale. Ce n’est pas non plus pour rien que le président Paul Kagamé et ses ministres de la Justice et des Affaires Etrangéres parlent de la nécessité pour le Rwanda de défendre son identité. Il ne s’ agit que des postures devant la communauté internationale, qui visent sans doute de rassurer les criminels recherchés sur la solidarité et la solidité des liens du régime avec une partie de cette communauté internationale, même si les enquêtes sur l’ attentat aérien du 6 avril 1994 et ses suites sont accablantes et embarrassent certaines Capitales occidentales. Les conclusions tirées par les Juges européens démantèlent l’ordre sécuritaire rwandais. En témoigne la campagne de diffamation et d’intimidation orchestrée par Kigali et les incidents diplomatiques que les délégations présidentielles et ministérielles accumulent dans leurs déplacements à l’étranger pour narguer le travail accompli par la Justice. C’est ce qui laisse, peut-être prévoir des arrestations, si le président rwandais ne se résout pas vite á destituer les criminels, les livrer ou à leur ouvrir une « prison dorée » au Rwanda. Mais l’homme qui a plus à perdre dans cette affaire, sur le plan politique et diplomatique, c’est, bel et bien, le président Paul Kagame. Il est lui-même dans l’œil du cyclone. Que compte-t-il faire ? Va-t-il chercher á conclure un accord, qui qu’il soit, pour sauver son régime et surtout sauver sa tête ? Y’ aurait-il encore des volontés parmi les Rwandais, prêtes à lui porter secours ? Serait-il pour autant blanchi ? Les Rwandais les plus concernés par cette histoire tragique qui s’agace du deuil éternel que la dictature étouffe, seraient-ils prêts à se plier à ces volontés et surtout aux exigences de certaines puissances occidentales qui ont prouvé leurs limites sur ce terrain miné de la politique et de la diplomatie en Afrique centrale ? Ces Rwandais n’ont pas oublié qu’ils ont été floués et sacrifiés dans des conciliabules. Ils savent que les résultats des enquêtes française et espagnole sont, plus que le dialogue avec la dictature, une épée de Damoclès suspendue au dessus du régime rwandais. Et le Président rwandais lui-même sait qu’à Washington et à Londres, le nombre de ceux qui brûlent d’envie de le voir chuter va croissant. Dans ce cas, inutile de faire un pari sur le fameux dialogue ou la négociation avec un « fascisme tropical » qui, avant même sa naissance, avait perdu sa crédibilité. La dictature peut montrer ses muscles. Mais en réalité, elle est comme un château de cartes. Il faut plutôt rassembler toutes les forces morales et intellectuelles pour la balayer le moment venu. Et ces forces sont la lucidité, l’honnête, la maturité politique et l’habileté diplomatique sur ce terrain glissant de la politique internationale. Il faut d’abord vaincre l’apostasie qui a toujours miné la résistance de la démocratie du Rwanda. Les Rwandais devront accepter la vérité et la culpabilité des individus présumés dans les affaires instruites sur l’attentat du 6 avril 1994 et les crimes commis avant et après. Ils ne doivent pas continuer à se dérober devant cette vérité. Car les Juges européens ont pesé soigneusement les effets de leurs conclusions sur les objectifs que leurs enquêtes sont sensées promouvoir, à savoir permettre au peuple rwandais de retrouver son unité en transcendant les monstruosités de « la guerre de libération » et de la dictature qu’elle a accouchée dans la douleur de tous les enfants du Rwanda. Car enfin, depuis plus d’une décennie, la vérité ne signifie rien au Rwanda. Et les criminels y font ainsi figure de génies. Il faut soutenir les deux Juges européens. Ces derniers doivent prouver que les assassins ne sont que des voyous qui ne doivent pas continuer à berner l’humanité qui est dans l’homme. Alphonse Bazigira Journaliste politique Le 17 mai 2008
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