Comment régler durablement la question de l’insécurité à l’Est de la RDC ?

Est-ce que la « disparition » de Bosco Ntaganda dans le Parc de Virunga veut dire que la page sur son arrestation vient d’être tournée ? Si c’était le cas, il est clair que Ntaganda ne sera jugé ni par la CPI, ni par la justice congolaise. Plusieurs observateurs sont d’avis en effet qu’il détiendrait un certain nombre d’informations et de secrets sur des zones d’ombres des accords de Paix entre Kigali et Kinshasa que ni le Président Kagame, ni le Président Kabila n’ont intérêt qu’ils soient dévoilés. 
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Rwanda : Diplomates ou Escadrons de la mort ?

Mi-février 2012, la presse faisait état de l’expulsion de Suède d’un diplomate rwandais. Le ministère des Affaires étrangères suédois a confirmé l’expulsion de monsieur Evode Mudaheranwa qui était deuxième conseiller à l’ambassade du Rwanda à Stockholm pour «  activités incompatibles avec son statut de diplomate » selon la formule diplomatique consacrée. Il est tout de suite apparu que ledit diplomate avait été expulsé pour s’être livré à la chasse aux opposants au régime de Paul Kagame exilés en Suède notamment le journaliste Jean Bosco Gasasira, rédacteur en chef du journal « Umuvugizi »  qui, depuis quelques semaines, était entré en clandestinité pour des raisons de sécurité, dans ce pays qui l’avait accueilli depuis quelques années quand il fuyait les agents de Kigali. Les observateurs non avertis croiront à un incident de parcours dans les relations diplomatiques entre Etats. Mais ceux qui observent de plus près les agissements du régime installé à Kigali à la faveur de la conquête par les armes des soldats de l’armée ougandaise d’origine rwandaise en 1994, reconnaissent en cela une nouvelle illustration de ce que le régime de Kigali attend de ses « diplomates » déployés à travers le monde : des escadrons de la mort.

Des antécédents qui donnent la chair de poule

Dès leur conquête du pays et l’installation d’un gouvernement aussitôt reconnu et soutenu par la communauté internationale, les anciens soldats de l’armée ougandaise n’ont pas tardé à démontrer leur nature d’éternels « maquisards » qui se moquent des pratiques diplomatiques des régimes civilisés.

En 1997, les agents de Paul Kagame n’ont pas hésité à kidnapper et à ramener à Kigali « dans la valise diplomatique », l’ancienne ministre de la justice Agnès Ntamabyariro qui avait trouvé asile en Zambie. Elle est depuis lors incarcérée dans un lieu secret. Ni le gouvernement zambien ni encore moins la communauté internationale n’avaient alors élevé la moindre protestation.

Toujours en 1997, le colonel Théoneste Lizinde et son ami l’homme d’affaires Augustin Bugirimfura furent abattus par balles dans les rues de Nairobi au Kenya par des hommes vite identifiés comme des agents de Kigali. Aucune suite judiciaire ne fut réservée à ce crime odieux.

Un an plus tard, l’ancien ministre de l’intérieur du FPR Seth Sendashonga, qui avait lui aussi trouvé refuge au Kenya et qui, en février 1996, avait échappé à un attentat, fut criblé de balles par un tireur qui l’avait suivi. Aussitôt appréhendé sur les lieux du crime avec son arme encore fumante, Francis Mugabo fut identifié comme étant un diplomate rwandais nouvellement affecté à Nairobi. Le régime de Kigali évoqua l’immunité diplomatique pour le rapatrier et ainsi le soustraire à la justice.

Quelques mois à peine après son installation en Afrique du Sud comme réfugié politique, l’ancien Chef d’Etat major de l’Armée, le général Kayumba Nyamwasa, échappa à deux attentats à l’arme à feu et les premiers éléments d’enquête incriminaient les agents envoyés par Kigali qui sont désormais en procès.

Plus récemment et en Europe, en 2011, la police de Londres mit en garde les réfugiés politiques rwandais vivant dans ce pays contre la menace que constituent les tueurs que Paul Kagame a disséminés à travers l’Europe. A Bruxelles, au quartier Matonge, un individu vite identifié comme agissant étroitement avec l’ambassade du Rwanda à Bruxelles fut pris en flagrant délit en pointant une arme à feu à un membre d’un parti d’opposition vivant en Belgique.

Enfin, cette expulsion par la Suède de l’espion Evode Mudaheranwa vient encore illustrer, si besoin en était, que le régime du FPR n’a que faire des pratiques diplomatiques des pays civilisés. Il entend utiliser les diplomates qu’il envoie à l’étranger comme des escadrons de la mort chargés d’éliminer ses opposants et utilise la notion d’immunité diplomatique pour assurer l’impunité de ses agents de la mort. Les pays démocratiques dans lesquels le régime de Kigali possède des représentations devraient savoir que le régime dictatorial installé au Rwanda en 1994  abuse de leur respect des règles diplomatiques pour s’adonner à son sport favori : «  pourchasser les opposants politiques ». Dès lors, ces pays devraient être intransigeants chaque fois que les tueurs envoyés par Kigali sont pris la main dans le sac comme ce fut le cas pour Evode Mudaheranwa en Suède.

Bravo Stockholm !

Ghislain Mikeno
22/02/2012

 

 


 

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