Rwanda : les discours haineux du Président

Les discours de Paul Kagame sentent la haine, une attitude déplorable pour un chef d'Etat.

A l’occasion de la commémoration du génocide rwandais le 07 avril 2007, le Président Paul Kagame a prononcé un discours qui a donné de la chair de poule aux Rwandais. C’était sur le site de Murambi, dans la Province du Sud. Le Président Kagame a fait largement l’apologie de la violence. Ce discours continue de résonner à grand bruit et ses commentaires ne tarissent pas.

 

Le Président Paul Kagame s’en prend à sa population

 

Dans son discours, le Président a regretté ne pas avoir exterminé tous les réfugiés qui ont fui le Rwanda vers l’ex-Zaïre en juillet 1994. La raison en est que, a-t-il précisé, son armée n’avait pas encore les moyens adéquats pour se livrer à ce massacre de masse. Ce qui fait plus frémir, c’est que le Président a affirmé cette fois-ci avoir tout ce qu’il faut pour que personne ne puisse échapper. Une certaine partie de la population vit dans une peur indescriptible car elle est objet d’une extermination annoncée.

 

Les regrets macabres du Président Kagame ne doivent pourtant pas cacher que, en 1996-1997[1], sous la couvert de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre, AFDL, il a poursuivi les réfugiés hutu dans l’ex-Zaïre et qu’il en a massacrés plus de 200.000, comprenant des enfants, des femmes et des vieillards.

 

Il suffit de voir le film de l’autrichien Hubert Sauper intitulé : « Kisangani Diary » pour se rendre compte de l’ampleur de la cruauté dont ces réfugiés furent la cible. Certains rapports sont d’avis que « certains [de ces] meurtres peuvent constituer des actes de génocide » (Lettre S/1998/581 du 29 juin 1998 du Secrétaire Général des Nations-Unies au Conseil de Sécurité).

 

Par ailleurs, ceux qui sont restés au pays ont subi effectivement les pires atrocités : le camp de déplacés de Kibeho, tout près du lieu où le discours du 07/04/2007 a été prononcé, ont été bombardés sous les yeux des Casques Bleus des Nations Unies. Les images de ce carnage font frémir[2].

 

La récidive de l’appel aux meurtres

 

Le Président Paul Kagame n’est pas à sa première menace contre sa population. Avant de massacrer les réfugiés de l’ex-Zaïre, il les avait, dans un discours à Bisesero à l’Ouest du Rwanda en 1995, qualifiés de chien et qu’il ne tardera pas à les exterminer là où ils sont. Il est passé à l’action.

 

L’année suivante, lors d’un meeting au stade de Nyamirambo, dans les faubourgs de Kigali, Paul Kagame a donné une bonne formule pour exterminer la majorité de la population par un petit nombre de gens quand il a déclaré qu’il est possible de vider un tonneau rempli d’eau avec une capsule d’une bouteille.

 

Le 31 mars 2003, lors de l’inauguration d’un projet rural de développement à Bwisige au Nord-Est du Rwanda, Paul Kagame a piqué une de ces colères indescriptibles. Deux officiers supérieurs hutu de son armée venaient de s’enfuir du pays pour échapper à ses geôles. Dans son discours de la journée, il a utilisé des métaphores. Il a comparé les Rwandais à des chiens qui ont l’habitude de perdre l’odorat avant de mourir. Il a sorti d’autres mots durs de son répertoire en menaçant notamment de faire recours à sa machine à broyer le maïs ou le mil. Il faisait allusion à la majorité hutu, qui ne peut résister à sa force destructrice. Il a précisé qu’il allait blesser gravement des gens  et qu’il met en pratique ce qu’il dit.

 

Comme l’ont souligné les « Forces Démocratiques Unifiées » dans leur communiqué signé à Bruxelles le 07 avril 2007, Paul Kagame a confirmé, dans ses discours, « l’intention génocidaire qui l’anime depuis le déclenchement de la guerre le 01 octobre 1990 jusqu’à ce jour. En tenant, de façon répétée et systématique, des propos aussi outranciers que criminels, visant ou justifiant l’extermination d’un groupe ethnique, il confirme qu’il constitue une grave menace pour la survie du Rwanda. Si de tels propos sont parfaitement imaginables d’un point de vue psychiatrique, ils sont légalement et moralement totalement intolérables pour un Chef d’Etat ».

 

La hargne contre la France

 

D’entrée dans le jeu, le Président Paul Kagame y est très fort. Il a accusé les militaires de l’Opération Turquoise d’avoir construit sciemment un terrain de volley-ball sur une fosse commune des victimes du génocide. En posant ce geste, poursuit-il, les Français ont voulu montrer que les vies des victimes du génocide n’avaient aucune valeur. Les Français, a-t-il renchéri, sont venus dans l’Opération Turquoise pour soutenir les Interahamwe. Ils les ont armés, les ont encouragés à tuer et ils ont participé aux tueries à leurs côtés quand ils commençaient à battre en retraite. Le Président Kagame, après avoir chargé, gratuitement, les Français d’avoir commis le génocide au Rwanda, a mis en cause les mandats d’arrêt du Juge Bruguière qui visent 9 personnalités de l’entourage de Kagame pour avoir abattu l’avion du Président Habyarimana. Pour Kagame, cet avion ne contenait rien ! Pourtant il transportait deux présidents et leurs suites ainsi que l’équipage français.

 

Le contentieux entre la France et le Rwanda est donc lourd. Les déclarations et les bonnes intentions du Ministre Bernard Kouchner (RTL du 01/08/2007) pour reprendre les relations diplomatiques avec le Rwanda n’y changeront rien. De toutes les façons Bernard Kouchner est lui aussi d’avis qu’il faut malgré tout respecter les mandats d’arrêt du Juge Bruguière. Ce qui n’a pas été bien reçu par la diplomatie rwandaise, qui s’est empressée de faire savoir, par la voix du Ministre des Affaires Etrangères, Charles Muligande, que le Rwanda n’a jamais invité le ‘‘French Doctor’’ (Voix de l’Amérique du 01/08/2007).

 

Paul Rusesabagina dans l’œil du cyclone

 

Paul Rusesabagina est un héros du Film « Hôtel Rwanda ». Il a de ce fait été décoré par le Président américain Georges Bush et par bon nombre d’associations et de Fondations à travers le monde pour son courage. Car en 1994, il a pu s’opposer aux tueurs et a ainsi sauvé des centaines de personnes réfugiées à l’Hôtel des Mille Collines dont il assurait la direction.

 

Dans son discours, Paul Kagame qualifie Rusesabagina de bandit, d’escroc. Pour Kagame, tous ceux-là qui lui donnent des médailles et autres décorations sont eux aussi des bandits, des escrocs. Pourquoi ces insultes à un homme considéré par la Communauté internationale comme un héros? C’est parce qu’il est reconnu pour son bilan positif pendant le génocide, contrairement à Paul Kagame qui, dans la zone qu’il contrôlait, y organisait des massacres systématiques des civils sans défense. Rusesabagina a donc le péché d’avoir damé le pion au Président Kagame.

 

Avant de s’en pendre à Rusesabagina, Paul Kagame parle des « gens qui décorent les chiens » et précisent : « Ceux qui décorent les chiens sont eux aussi des chiens ». De qui parlait-il ? Il ne s’agit que de celui-là qu’il reproche d’avoir engrangé des médailles d’héroïsme.

 

Monseigneur André Perraudin l’a échappé belle

 

Dans le même registre, le Président Kagame a regretté que Monseigneur André Perraudin lui ait échappé. Après plus de 40 ans passés au Rwanda au service de l’Eglise Catholique, ce prélat suisse avait atteint l’âge de la retraite. Il a rejoint son pays au début de 1990. Dans ses « Lettres pastorales », il n’a cessé de prêcher la justice sociale dans un pays où la féodalité et le servage étaient érigés en règle.

 

Dans son mandement de Carême du 11 février 1959, Mgr Perraudin a rappelé que la loi divine « demande que les institutions d'un pays soient telles qu'elles assurent réellement à tous ses habitants et à tous les groupes sociaux légitimes, les mêmes droits fondamentaux et les mêmes possibilités d'ascension humaine et de participation aux affaires publiques. Des institutions, qui consacreraient un régime de privilèges, de favoritisme, de protectionnisme, soit pour les individus, soit pour les groupes sociaux, ne seraient pas conformes à la morale chrétienne ».

 

On dirait que l’histoire se répète. Cette vérité lancée à certains des ancêtres du Président Paul Kagame est valable, à quelques différences près, au régime actuel qu’il incarne. Est-ce la raison pour laquelle il aurait aimé éliminer physiquement cet homme d’église ?

 

Un besoin d’un conseiller en communication

 

Paul Kagame est un Chef d’Etat. Il représente un pays. Il devrait savoir que les relations entre les pays doivent être sauvegardées comme le veut la Charte des Nations-Unies. Il devrait avoir à l’esprit qu’il n’est plus dans le maquis et donc soigner son langage. Des insultes, des gros mots sont indignes d’un Président. En outre, même s’il est animé de sentiments hostiles contre une partie de sa population, il devrait avoir un effort sur lui-même afin d’être au-dessus de la mêlée.

 

En public, il devrait éviter de perdre la face car c’est l’image du Rwanda qui en pâtit. Qui ne se souvient pas d’un Kagame qui est sorti de ses gonds sur le plateau de la BBC quand le journaliste Stephen Sackur lui posait une question relative à l’assassinant de son prédécesseur Juvénal Habyarimana ? C’était mi-décembre 2006.

 

Un mois avant, lors des « Journées européennes de développement » qui ont lieu à Bruxelles du 15 au 17 novembre 2006, il avait mélangé ses papiers. Il n’a pas pu ainsi prononcer son discours sur la "bonne gouvernance" jusqu’à la fin car il avait difficile à retrouver le fil de ses idées. Les images, encore visibles sur le site de partage de vidéos "Dailymotion", font pitié. Elles montrent un Kagame énervé, retournant ses feuilles dans tous les sens.

 

Au passage, soulignons qu’il a manqué à son garde du corps et surtout à son chef du protocole, de la vigilance et du professionnalisme. Un chef d’Etat doit bénéficier également de la protection morale. Dans le cas d’espèce, l’un ou l’autre de ces deux personnes précitées aurait dû venir au secours au Président et l’aider à retrouver la page qui lui manquait.

 

Le Président Paul Kagame se rend souvent aux Etats-Unis où il compte beaucoup de lobbyistes. Ceux-ci ont fait défiler les grandes vedettes de ce pays au Rwanda. Même Bill Gates a fait le voyage. Pourquoi ne pas demander à ces sociétés de lobby de lui chercher de bons conseillers en communication. On les trouve à profusion dans ce pays de l’Oncle Sam. Et ce n’est pas l’argent qui lui manque car s’il a pu se procurer les services de ces lobbies, c’est à coup de millions de dollars.

 

Le peuple rwandais n’est pas au bout de ses peines.

 

©Gaspard Musabyimana, le 08/08/2007

 

 


[1] voir : Gaspard Musabyimana, L’APR et les réfugiés rwandais au Zaïre 1996-1997. Un génocide nié ; Paris Editions L’Harmattan, 2004.

[2] Visitez ces liens. Ames sensibles, s’abstenir :

http://www.pbase.com/kleine/image/50507510;

http://www.pbase.com/kleine/image/50507511.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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