Rwanda : les ravages de la monoculture

[champ de maïs/imvaho nshya]

Ce qui se passe dans le milieu rural au Rwanda procède d’un plan criminel minutieusement préparé par les nouveaux maîtres du pays en place depuis juillet 1994. Ce que m’a raconté un ressortissant de la région de Muyanza donne la chair de poule.

Muyanza est une paroisse catholique sise dans l’ancienne commune de Buyoga (Byumba). Le relief de la localité est fait de vallées bordées de hautes montagnes.

Les habitants de Muyanza et ses environs ont eu toujours une autosuffisance alimentaire. Ils produisaient du sorgho sur les versants des montagnes et des patates douces et du haricot dans les vallées.

Mais voilà ! Les idéologues du FPR, qui contrôlent en sous main toute la politique gouvernementale, ont introduit la notion de monoculture. Tous les paysans ont été sommés par les autorités locales de ne cultiver que le maïs. Ils n’en croyaient pas leurs oreilles. Ils n’ont pas tout de suite obtempéré  et ont continué à s'adonner à leurs cultures traditionnelles. Quand celles-ci poussaient, les milices du FPR parcouraient les champs en arrachant toutes les plantes et en infligeant des amendes aux propriétaires.

Les paysans ont fini par se replier aux nouvelles directives. Ils ont cultivé le maïs. Celui-ci n’a pas eu des épis suite probablement l'incompatibilité du sol avec les grains de maïs distribués comme semis et importés d'Ouganda selon mon interlocuteur. Ce fut la famine surtout que même les lopins de terre que ces paysans avaient dans les vallées leur furent retirés, avec comme explication que tous les marais appartenaient à l’Etat. Aux abords de ces marais, il y avait de petits artisans qui vivaient de la fabrication des tuiles et des briques. Ils en furent eux aussi dépossédés et les carrières remises aux entrepreneurs inconnus dans la région.

Pour échapper à leur triste sort, certains paysans courageux se résolurent à aller cultiver leurs champs la nuit, sur éclairage de lampes torches. Peine perdue car quand ces cultures clandestines ont poussé, les milices du FPR sont revenus et les ont systématiquement arrachées.

Dans la région de Muyanza, c’est la désolation. Les champs ont été envahis par des herbes sauvages faute d’entretien car aucune autre culture n’est autorisée. Les quelques plants de bananes ont été elles aussi coupés sur ordre des autorités avec toujours des justifications légales, les unes plus farfelues que les autres.

Les réserves alimentaires sont épuisées depuis longtemps. Les paysans sont toujours dans les cimetières pour des enterrements des personnes décédées à cause de la famine et des maladies qui profitent des corps affaiblis. 

Mon interlocuteur avait encore à dire sur les conditions inhumaines que vit cette population mais il a été pris de sanglots car ses parents, ses connaissances, etc. sont dans cette situation pour le moins inextricable. Et quand on pense que dans tout le pays, la monoculture fait des ravages que ceux de Muyanza, la conclusion est facile à tirer.

Gaspard Musabyimana
08/05/2012 

 

 


 

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