Deux itinéraires idéologiques franchement confrontatoires
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Le discours politicien rwandais de nos jours obéit à deux vecteurs idéologiques qui font référence aux schémas traditionnels du fait politique rwandais. Bien entendu rien n’est parfait ici ou là. Mais force est de constater que le discours politique officiel du régime actuel de Kigali est totalement différent de celui débité par l’opposition de la diaspora rwandaise.

Le premier se veut nationaliste et use de clichés trop anciens pour montrer que tout de la nation rwandaise est à refaire et à rasseoir dans la conscience collective des Citoyens rwandais. Ce discours veut revitaliser les schèmes de la pensée sociale qu’ont sérieusement déconstruit, d’abord le colonialisme belge, puis la première et la deuxième républiques. J’entends par là, le concept de la nation. Contrairement à ce discours, l’opposition de la diaspora politique rwandaise brandit haut la notion d’appartenance ethnique et motive cette démarche politicienne par le fait qu’il ne faut pas reconstruire la société rwandaise sur des malentendus sociaux.

Malheureusement les deux groupes s’égarent l’un et l’autre.

Prenons le cas des politiciens de la diaspora politique rwandaise. Ceux-ci font tout dans une conscience ethnocentrée et semblent faire l’apologie de l’ethnie et surtout celle de la majorité ethnique hutu qui doit gouverner le pays. Ceci a son pendant. Faire taire la vraie face de l’idéologie de politique sociale. Tous les politiciens qui se veulent de l’opposition ne savent pas adopter une vision et un projet de société idéologiquement différents de ceux qui règnent actuellement. Entendons ici les personnalités politiques issues du parti FPR (Front Patriotique Rwandais) et de ses partis associés au pouvoir. Ceux-ci sont à court d’arguments politiques à brandir pour montrer qu’ils pourraient construire la société rwandaise à la mode capitaliste la moins sauvage et moins monopoliste que celle que nous constatons actuellement. Ils ne montrent pas ce ‘commitment’ résolument convaincant qu’ils tiennent à construire une société transparente basée sur la transparence et l’équité pour la construction de tout un éventail de classes sociales démocratiques.

Dans le camp des politiciens qui détiennent le pouvoir actuel, il y a une opacité patente de la gestion des hautes cellules informelles de conception et de prise de décision du pays. La politique pensée et arrêtée par ces hautes cellules est tout simplement de bâillonner et taire toute velléité de manifestation d’opposition aux décisions politiques dont la politique de l’éducation et du travail, la politique de protection et de privilégisation des investisseurs de gros capitaux tant nationaux qu’étrangers.

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Il est tout simplement question d’accorder mention bien aux stratèges du régime actuel. Ceux-ci ne veulent pas ethniser le régime. Ils y trouvent un risque pour la sécurisation de l’environnement des affaires et du monde florissant du capital monopoliste. Mais il y a un revers de la médaille. A force lutter pour les intérêts du capital rwandais, le régime veille soigneusement à la chaîne de transmission : chances d’ascension sociale donnée à une petite minorité de personnalités. Cette ascension passe par le politique où discrètement il est fait appel à une représentation ethnique afin de ne pas perdre l’équilibre des ethnies dans la gestion du pouvoir. Le FPR tient toujours à régner en maître dans ce jeu politique parce que, pense-t-il, il est le seul à avoir une vision (2020 ?) de la société rwandaise désethnisée. Pour ce faire, il distribue postes politiques et régule l’environnement capitaliste des affaires tout en jouant sur une maîtrise des mécanismes d’inflation et de dépréciation du pouvoir d’achat des classes moyennes. En effet, la politique fiscale musclée du gouvernement actuel faisant appel à celle de libres prix fait en sorte que les professions non mercantiles s’affaissent et laissent une place prestigieuse au grand business et autres grands prestataires de services financiers. Ainsi, les classes sociales de petits agents du gouvernement (enseignants, agents de santé, agents agricoles, petits gens d’armes…) se voient perdre de plus en plus leur pouvoir d’achat face au

grondement insupportable des prix des produits et services de première nécessité. Bien plus, ce régime tient tellement à ce que s’affirme cette haute classe de commerçants suivie d’une classe moyenne très aisée. Pour cela, les gros moyens de protection sont utilisés : le flou dans la loi sur la protection des travailleurs avec tolérance des renvois abusifs et illégaux de ceux-ci, absence de lois décrivant la liberté de manifestation pacifique des syndicats des travailleurs contre des décisions anti ouvriers du capital, une obsession sécuritaire du régime de protection du capital ; cette obsession ayant pour corollaire la gestion dictatoriale de la société par un seul parti et un seul homme.

C’est ici que notre opposition politique ne comprend pas qu’elle doit adopter de nouvelles stratégies politiques tendant à arrêter une vision sociale déterminée et non jouer sur la fibre ethnique. La réussite de ces politiciens ne découle pas de leur reconnaissance et conjugaison avec des lobbies occidentaux qui combattent le régime de KIGALI. Non ! Par contre,il est impérieux qu’ils fassent le choix judicieux d’un idéal politique citoyen comme entre autres protection de la classe paysanne, de la maîtrise des prix et accroissement du pouvoir d’achat des classes moyennes ou alors protection des professions libérales ou promotion des activités génératrices de revenus et lutte contre des taux bancaires exorbitants… Au Rwanda, beaucoup d’opportunités sont ouvertes pour lutter contre la politique dictatoriale du FPR et de KAGAME mais nos politiciens de l’opposition adoptent une mode de détracteur salissant et désobligeant. Par conséquent il leur manque le côté professionnel car ils mettent en avant leur colère irraisonnée et trempent dans l’insulte. Donc, sans un caractère froid et posé, on ne peut pas faire de la politique et en tirer des dividendes.

La Direction

(Tiré de : LES POINTS FOCAUX N° 304 – Semaine du 8 au 15 novembre 2007 – La revue hebdomadaire de la presse rwandaise).

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