Massacres et incinération des cadavres de Hutus massacrés par le FPR
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Voici le témoignage accablant du Lieutenant Abdul Joshua RUZIBIZA, un officier tutsi du Front Patriotique Rwandais qui a établi la liste des principaux auteurs des massacres contre des civils Hutu dans son livre de 494 pages, publié aux Editions du Panama 2005, intitulé « Rwanda : Histoire secrète » dans les pages 334-347.

Ce militaire tutsi reconnaît à la page 347 le génocide des Hutus : « D’après ce que j’ai expliqué dans la partie sur la planification du massacre systématique des Hutus, soit sa préparation, la mise en place systématique des Hutus, soit sa préparation, la mise en place des structures de supervision de son exécution ainsi que l’effacement des traces, je ne puis nier qu’il s’agisse d’un génocide ».

Le génocide des Hutus (page 334 à 347)

« L’APR (Armée Patriotique Rwandaise) a commis un génocide contre les Hutus si le mot « génocide » se définit comme suit :

Génocide, crime contre l’humanité imprescriptible qui s’entend, selon la définition de la Convention des Nations unies de 1948, comme : « l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, tels : meurtres de membres du groupe ; atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe : transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe ».

Les massacres perpétrés par l’APR étaient toujours planifiés. Il ne s’agissait pas d’actes de vengeance ni de simples faits accidentels comme certains le prétendent.

Comme je l’ai évoqué, après l’attentat contre l’avion présidentiel de Juvénal Habyarimana, la guerre a directement embrasé le pays. J’ai dit également comment toutes les unités avaient reçu des ordres bien spécifiques quant à leurs missions. La tâche de massacrer systématiquement la population était attribuée à une catégorie de militaires bien choisis et formés spécialement sous la supervision de bourreaux qui exerçaient en qualité d’officiers de renseignement, de personnels de renseignement (Intelligence Officer/Intelligence Staff) ou de commissaires politiques dans l’armée (Political Commissar).

Cela n’empêchait pas que les spécialistes des tueries fassent parfois appel à une compagnie pour les épauler dans les opérations d’enterrement, de chargement, d’incinération ou de dissimulation des corps. Tout dépendait de l’importance du nombre de gens tués ou devant être tués. Parfois on faisait appel à plusieurs compagnies. Mais de telles interventions étaient d’autant plus rares que chaque unité militaire avait sa propre compagnie spéciale ou son propre peloton spécial. Une compagnie de ce genre comptait souvent plus de 200 hommes et un peloton de plus de 100 hommes, opérant sous la supervision des IO (Intelligence Officers) des PC (Political Commissars)…

        J’ai donné précédemment des exemples de massacres planifiés par l’APR au courant de l’année 1994 jusqu’à la prise du pouvoir par le FPR. Je continuerai avec ce qui a suivi après l’arrêt de la guerre en juillet 1994.

 La première phase des massacres de la population, orchestrés par l’APR après la prise du pouvoir par le FPR a concrètement débuté au mois de juillet 1994 pour continuer jusque fin 1996. La plupart des Hutus ont cru qu’il s’agissait de vengeances. Pourtant les massacres étaient planifiés. Les populations hutues ont été décimées sur ordre des hauts militaires de l’APR. Les instances militaires ont vu leur tâche facilitée par un service spécialisé de renseignement oeuvrant au sein d’autres services de renseignement.

Constitution des services de renseignement de l’APR

G2 Army et G5 Army

        DMI (Directorate of Military Intelligence). Selon cette dénomination, on peut croire que sa tâche est la collecte de renseignements militaires à propos de la sécurité extérieure du pays ou sur la guerre en général. La réalité est différente car le service est plutôt au centre de tous les autres organes de renseignement. En effet, tous les services de renseignements sont dirigés par un seul homme, le général major Paul Kagame. Après lui, c’est James Kabarebe qui supervise tout. Les autres collaborateurs changent de poste selon l’humeur de Kagame. Les renseignements ne sont pas toujours fournis par celui qui occupe officiellement le poste. A titre d’exemple, si quelqu’un comme Jack Nziza a changé de poste et qu’il est affecté au G5, cela ne veut pas dire qu’il y a eu une modification dans ses fonctions. En d’autres termes, il continue d’exercer les mêmes fonctions à un endroit et à un poste différent. C’est le cas de Kayumba Nyamwasa qui, lorsqu’il occupait le poste de chef d’état-major à la gendarmerie en 1994, était réellement le coordinateur des services de renseignement.

        Les modalités d’exécution des ordres revenaient à Kayumba Nyamwasa qui veillait à la coordination des activités. On pouvait trouver des Hutus dans certains services de renseignement, notamment à la Primature. C’est, par exemple, là que travaillait Sixbert Musangamfura[1]. Il était soit-disant responsable du service de renseignement. A vrai dire, c’étaient des militaires, faiblement galonnés de surcroit, qui assuraient ledit service. Je citerai comme un autre exemple le lieutenant Gapaya. Il s’occupait des renseignements civils qui visaient notamment à traquer les opposants au FPR. Il le faisait en collaboration avec les mobilisateurs politiques du FPR disséminés dans le pays, la DMI, la Garde républicaine et le service de renseignement de la gendarmerie. Il a joué un grand rôle parce qu’il avait tous les moyens nécessaires pour suivre de près tout ce qui se tramait sur les collines et dans la communauté des intellectuels Hutus. Lorsqu’il avait décidé de tuer quelqu’un, il se mettait à l’écart et faisait signe aux gendarmes ou aux agents de la DMI. Quand on dit des Tutsis qu’ils pointaient du doigt la victime, cela a été fait, dans la plupart des cas, par le lieutenant Gapaya avec l’aide des mobilisateurs politiques du FPR.

Au niveau des services de la DMI (Directorate of Military Intelligence) ou de la G2 Army, les affaires traitées avaient une autre envergure. Il y avait des sections au sein de la DMI qui étaient chargées de trier les personnes à assassiner, de les emmener sur le lieu d’exécution et de dissimuler toutes les traces. En sus, comme la DMI compte beaucoup d’agents dans chaque unité de l’APR, sélectionner, capturer, tuer et dissimuler les traces, tout cela était fait par des agents disséminés ici et là dans le pays.

La structure des instances de la DMI impliquées dans ces massacres comporte plusieurs départements dont je donne la liste et les fonctions.

Le département d’Enquête Criminelle, autrement dénommé Recherche criminelle. Ce département ressemble à celui qu’on rencontre dans la police mais il diffère dans son fonctionnement. Après la conquête du pays, ce département a été dirigé par le lieutenant Joseph Nzabamwita.Tous ceux qui ont été tués  après avoir été capturés et conduits aux postes de la DMI à Masaka, à Kami ou à Kimihurura lui doivent leur mort. Je veux dire par-là que même si tous les ordres émanaient d’un seul homme le Général Major Paul Kagame et transitant par le lieutenant-colonel James Kabarebe , par le Col Kayumba NYAMWASA ainsi que par beaucoup d’autres comme les lieutenants-colonels Karake Karenzi et Jackson Rwahama, celui qui sélectionnait les personnes à assassiner avait le dernier mot. C’est le cas du lieutenant Joseph Nzabamwita, soi-disant juriste. Il avait constitué sa propre équipe  spécialisée dans les tueries. Parmi les victimes, certaines étaient arrêtées directement sous les ordres  de quelques officiers comme les lieutenants-colonels Karake Karenzi et Jackson Rwahama et leurs collègues de la DMI. Le lieutenant Joseph intervenait lorsqu’on devait d’abord sélectionner.

Le département dit de « contre-espionnage ». Ce département a servi à traquer les citoyens qui constituaient un obstacle à l’idéologie du FPR. Ce genre de citoyens, se rencontre dans toutes les ethnies. On les appelle les « forces négatives » par euphémisme. Ce département a connu une succession de responsables qui se sont illustrés par leur férocité. Il avait pour chef le lieutenant John Karangwa. Tueur professionnel, il est toujours partout et présent dans tous les massacres.

Le département de sécurité et de surveillance (Surveillance and Security). Comme son nom le suggère, ce département est chargé de suivre de près tout ce qui se passe dans les grandes villes du Rwanda, en commençant par Kigali. Il a des moyens d’action énormes, car plus de la moitié des taxis voitures qui circulent dans le pays lui rendent compte. La plupart des taxis motos lui appartiennent aussi. Les recettes sont versées sur le compte du FPR. Inutile de répéter que tous ces gens qui passent pour des chauffeurs de taxi sont généralement des soldats de la DMI.

Le département d’Organisation  de Sécurité Extérieure (ESO, External Security Organization). Ce département semble être indépendant, mais il œuvre en collaboration avec la DMI. Il est surtout spécialisé dans le rapt des hommes politiques qui ont fui le pays ou leur liquidation dans les pays d’asile ; il veille également à la dissolution de tout parti politique qui gêne le pouvoir en place à Kigali. Il existe plusieurs sections au sein de ce département, mais toutes convergent sur le même point, à savoir la liquidation de tous ceux qui s’opposent à la politique du FPR.

Bref, la DMI telle que nous venons de la décrire dans sa structure,  la Police,  la Garde Républicaine et le service de renseignement civil de la Primature dans leurs structures combinées donnent ce qu’on a appelé le Réseau (Network). Néanmoins, tout le personnel de ces différents services de renseignements n’est pas d’office membre du Réseau. Au sein de ces services, on a plutôt sélectionné les éléments les plus redoutables et les plus efficaces qui travaillent avec les mêmes consignes sous les ordres d’une seule équipe des officiers supérieurs dirigée par James Kabarebe. Hormis le Président de la République, en l’occurrence le Général Major Paul Kagame, nulle autre personne ne peut donner des ordres à James KABAREBE.

Je reviens alors aux atrocités commises après la conquête du pays[2]. Au sein de la DMI, à laquelle on peut imputer la majorité des massacres avant même que la gendarmerie ne soit suffisamment opérationnelle, j’ai cité le Lt Joseph Nzabamwita qui était chargé du tri et qui se prononçait en dernier lieu quand on devait désigner les victimes du jour. Parmi ses proches collaborateurs, je citerais le major Steven Barinda, le capitaine Francis Mutiganda, le capitaine Geoffrey Shema, le sergent Cassius John (aujourd’hui Capitaine), le lieutenant Richard ISOKE , le sergent Tharcisse Idahemuka, le sergent Janvier (nom inconnu), etc. Je rappelle qu’il s’agit ici uniquement des militaires de la DMI  qui opéraient au niveau de la Ville de Kigali. Ils avaient plusieurs soldats sous leurs ordres.

Après la prise de Kigali, on a organisé un programme de nettoyage dans les coins et recoins de la ville. Cela revient à dire qu’on devait vite rechercher les Hutus dans la ville et aux alentours. Ceux qui étaient capturés étaient d’abord rassemblés dans un même endroit avant d’être transportés par camions. Parmi les différents lieux de rassemblements,  figurent le Collège Saint André et le stade Mumena à Nyamirambo, le stade Amahoro à Remera, l’école secondaire ETO de Kicukiro, le camp Kigali, le camp Kami et Kabuga. Une fois qu’il y avait un nombre important de Hutus capturés, on y envoyait, pour les transporter, des camions remorques ayant à bord des soldats chantant à tue-tête, ce qui laissait croire aux passants qu’il s’agissait des militaires en déménagement. La destination finale était Masaka où la DMI s’était d’abord installée.

A Masaka, il n’y avait pas d’enquête pour examiner la gravité des crimpes prétendument commis mais une sorte d’interrogatoire mené par le lieutenant Joseph NZABAMWITA qui se faisait passer pour le Directeur du Service de Recherche Criminelle. En effet, dans chacun des différents endroits de rassemblements évoqués plus haut, il y avait, dans les débuts, au moins 2000 personnes capturées quotidiennement. Dire qu’un seul homme pouvait analyser convenablement tous leurs dossiers, désigner les coupables et les condamner à mort en quelques heures de service par jour serait un pur mensonge ! D’ailleurs, il n’avait aucun droit de condamner quelqu’un à mort sans jugement, sans appel, sans aucune preuve irréfutable qui puisse justifier la décision de peine capitale. Mais, une fois capturée, la personne n’avait pas plus de six heures à vivre. Le lieutenant Nzabamwita en est arrivé à  décréter que de simples soldats pouvaient faire passer l’interrogatoire aux prisonniers – exception faite des intellectuels et des hommes politiques – et les mettre à mort par la suite.

Il importe de rappeler ici que l’interrogatoire n’était pas conçu pour les innocenter éventuellement, mais plutôt pour identifier les prochaines victimes, d’autant plus que celui qui  était capturé était déjà un homme mort.

Le site de NDERA (une région situé non loi de l’Aéroport de Kigali Kanombe, NdE) :

Il y avait un peloton de tueurs de la DMI dirigé par le sous-lieutenant Edgard Kirenga. Tout visiteur de ce site devenait témoin des massacres qui s’y produisaient et ne pouvait plus en revenir. Même les innocents ne pouvaient plus être relâchés de peur qu’ils ne racontent ce qu’ils avaient vu. On pouvait échapper à la mort uniquement lorsque le tri avait eu lieu ailleurs ; il ne fallait pas avoir passé même une seule nuit là-bas pour ne pas être témoin des tueries qui se faisaient nuitamment. C’était plutôt rare que de telles circonstances se présentent.

A Ndera comme à Masaka, lorsqu’on avait fini d’entasser les cadavres, le lieutenant-colonel Jackson Rwahama et le lieutenant-colonel Karake Karenzi envoyaient, pour l’incinération, des camions pleins de barils d’essence en provenance de la station d’essence militaire de Kacyiru ou de la station d’essence de Kabuye près des anciennes citernes de la société Petrorwanda. Cela se passait deux fois par semaine. A l’aide des bulldozers, on allait jeter les cendres dans un endroit éloigné, souvent dans la rivière Nyabarongo.

Durant les cinq premiers mois, c’est-à-dire jusqu’en décembre 1994, j’évalue à plus de cinquante mille le nombre des personnes tuées à Masaka sans compter celle qui ont été tuées à Kami-Ndera.

Avant de terminer ce chapitre, je vais passer en revue les principaux auteurs de cette hécatombe.

A la tête figurait le colonel Kayumba Nyamwasa qui était sous les ordres directs du général-major Paul Kagame. Ensuite, venaient :

le lieutenant-colonel Karake Karenzi,

le lieutenant-colonel Jackson Mutabazi Rwahama, adjoint à la DMI,

le major Steven Balinda

le lieutenant Joseph Nzabamwita,

le lieutenant Francis Mutangana,

le capitaine Geoffrey Shema,

le lieutenant Richard Isoke (il a été assassiné),

le sergent John Cassius,

le sergent Tharcisse Idahemuka,

le sergent Augustin Hodari,

le sergent Jérôme Mukunzi,

le sergent Innocent Gasana qui représentait la Garde républicaine

Le reste était constitué de simples soldats qui agissaient sous les ordres de leurs chefs.

        Je ne passera pas sous silence le fait que les militaires qui étaient à Masaka, deux compagnies comptant plus de 250 hommes, étaient tous de l’ethnie tutsie et qu’ils ne fesaient que tuer et incinérer les corps, soit sur place, soit au parc national de l’Akagera.

        Il eut encore d’autres sites de tueries : les sites de Gabiro, de Rwinkwavu et Nasho en préfecture de Byumba, les sites de Kidaho et Nkumba en préfecture de Ruhengeri.

        Il était facile de capturer et de tuer un très grand nombre de Hutus parce que les militaires de l’APR étaient disséminés dans toutes les communes du pays. Je n’oublierai pas de rappeler que bon nombre de communes étaient dirigées par les militaires, appelés abakada (« cadres »). Il y avait, pour chaque groupe de 10 soldats, un soldat du service de renseignement (Intelligence Staff) et un soldat jouant le rôle de commissaire politique. Les arrestations de personnes à assassiner étaient ordonnées par les officiers du service de renseignement du bataillon avec l’aide des PC (Political Commissar). Ils recevaient les ordres de la DMI et du G5.

        Chaque fois qu’il y avait un détachement de 100 soldats ou une compagnie, pour mieux dire, ils s’arrangeaient pour trouver une grande maison qu’ils transformaient en cachot. Si ledit cachot se trouvait à un endroit discret, tous les prisonniers étaient tués pendant la nuit. Mais lorsque le cachot se trouvait à un endroit tel que, s’il y avait des tueries la nuit, le lendemain la nouvelle serait répandue, on procédait autrement. On attendait que le cachot soit bondé et on prétextait qu’une partie des prisonniers devait être transférée au bureau communal ou dans d’autres cachots et presque tous étaient tués avant d’arriver à destination. Cela s’est passé dans toutes les communes du Rwanda. On pourrait connaître le nombre de gens qui sont morts de cette façon. Un recensement non contrôlé par le gouvernement pourrait évaluer le nombre de Hutu tués sur l’ensemble du pays.

        Ces actes ont continué jusqu’au début de l’année 1995. Le ministre Seth Sendashonga (Il avait été nommé ministre de l’Intérieur après la victoire du FPR. NdE), mis au courant, montra son indignation. Il y eut une courte période d’accalmie. Après l’établissement des brigades militaires, vers la fin de l’année 1995, ces actes ont été institutionnalisés dans la mesure où les officiers de renseignement avaient les pleins pouvoirs pour accomplir cette tâche.

 G2. Gendarmerie

La gendarmerie, même si elle faisait fonction de police, était constituée uniquement de militaires bien choisis. Elle a été rebaptisée « Police nationale », mais elle n’est dirigée que par des militaires. Ce que je veux démontrer ici c’est que la petite taille de la gendarmerie d’alors ne l’a pas empêchée d’arrêter, de faire disparaître et de tuer des milliers de gens.

        La présence de Kayumba Nyamwasa à la tête de la gendarmerie rendait plus expéditifs les massacres collectifs de la population par la gendarmerie que par l’armée. Dans la mise en place de la gendarmerie, on avait choisi des bourreaux notoires pour accomplir rapidement la sale besogne. Tous n’ont pas rejoint la gendarmerie dans la même période. En voici quelques exemples :

le colonel Kayumba Nyamwasa,

le lieutenant-colonel John Bagabo,

le major Damascène Sekamana,

le capitaine Dan Munyuza,

le capitaine John Zigira,

le capitaine Gacinya Rugumya,

le capitaine Augustin Macumu,

le lieutenant Célestin Kayitankore,

le lieutenant John Karangwa, etc.

        Tous ces officiers et beaucoup d’autres encore ont versé le sang de civils innocents dont je ne peux évaluer le nombre tellement ils sont nombreux.

        Les gendarmes ont abusé des compétences dont ils disposaient dans le cadre de la préparation des dossiers judiciaires et emprisonnaient n’importe qui à n’importe quel moment. Tous ceux qui ont été emprisonnés dans ces conditions n’étaient pas nécessairement coupables. Nombre d’entre eux n’ont encore jamais été interrogés jusqu’à ce jour (en 2005).

        Les arrestations visaient tout Hutu qui paraissait instruit ou qui avait été pointé du doigt par les encadreurs (abakada) ou mobilisateurs politiques du FPR. La nuit, les brigades de la gendarmerie étaient bondées de Hutus. On les tuait durant la nuit. Le lendemain, les gendarmes-bourreaux retournaient au bureau, à la quête des prochaines victimes. Telle était l’activité principale de la gendarmerie durant les mois qui ont suivi la prise du pouvoir par le FPR.

A propos du génocide des Hutus

        Si je me réfère à la notion de génocide que j’ai donnée plus haut, j’utiliserai ce même terme pour désigner ce que les Tutsis et les Hutus ont subi. D’après ce que j’ai expliqué dans la partie sur la planification du massacre systématique des Hutus, soit sa préparation, la mise en place des structures de supervision de son exécution ainsi que l’effacement des traces, je ne puis nier qu’il s’agisse d’un génocide.

        Pourquoi cette situation reste-t-elle inconnue ? Il faudrait une enquête complète et indépendante, sans pressions gouvernementales sur les citoyens ; ces enquêteurs et les réponses recueillies auprès des rescapés des massacres pourraient, mieux que moi, apporter des explications sur ce silence. Mais avec l’actuel régime FPR, une telle enquête est inenvisageable.

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[1]Le journaliste Sixbert Musangamfura, un Hutu, fut nommé directeur des services de renseignement civil (au service de la Primature) entre le 22 août 1994 et le 31 août 1995. Après sa fuite du Rwanda, il fit des révélations sur les massacres de Hutus perpétrés par l’APR. (NdE)

[2]Je suis témoin direct des exactions commise au camp Bigogwe, au camp Mukamira, à Kidaho, à Nkumba et plus tard dans la préfecture de Kibuye, de la fin de l’année 1994 à la fin de l’année 1996. En ce qui concerne d’autres sites de massacre (Masaka, Ndera, Rwinkwavu et Nasho, Kidaho, Gabiro, Nyungwa, etc.) que je cite dans le texte ci-dessous, j’ai procédé à des enquêtes, obtenu des témoignages et eu des conversations avec différents acteurs de ces opérations de nettoyage. Parimi mes sources, je citerai à titre illustratif les capitaine Maridadi, lieutenant Emmanuel Munyaneza, lieutenant Richard Isoke, Adjudant-chef Abassi Musonera, sergent Nyirumuringa, sergent Minani D., sergent Gahuru, et d’autres dont je ne citerai pas les noms pour leur sécurité.

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