Colloque à Montréal sur le négationnisme rwandais.
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« Contrairement à ce qu’on récite actuellement dans notre culture, les effets biologiques sont souvent réparables tant la plasticité cérébrale est grande. Alors que les effets attribuables à un discours académique ne seront restaurés qu’à condition de changer le discours social, ce qui peut prendre quelques années ou quelques siècles » (Boris Cyrulnik).

Je sais bien que les tenants du régime rwandais exploitent abusivement le crédit « génocide rwandais » pour justifier leurs forfaits et tous leurs manquements ou pour discréditer toutes les personnes qui refusent de penser comme eux : génocidaire, idéologue du génocide, révisionniste, négationniste… tous ces concepts sont souvent utilisés comme des armes magiques que le pouvoir de Kigali fait miroiter à tous ceux qui ne rentrent pas dans son moule, dans son inique pensée unique et dans son schéma d’explication.

Ce que je refusais d’accepter, malgré les faits contraires, c’est que les scientifiques ou ceux qui se nomment comme tels, puissent être capables de perdre la raison pour épouser corps et âme les positions aussi bien irrationnelles que criminelles.

Le 6 mai 2008, un certain Azouz Ali Ahmed, dans un colloque idéologique consacré au négationnisme rwandais tenu à Montréal, s’est rangé dans cette regrettable lignée en présentant mon livre Le Peuple rwandais un pied dans la tombe, comme relevant « de l’univers du discours politique construit comme un argumentaire plus ou moins subtile de négationnisme du génocide des Tutsis ». Le même auteur croit fonder son jugement sur les apports de « l’analyse du discours et l’autobiographie ».

Rigoureusement, je ne devrais pas réagir à ce genre d’insultes qui méritent silence et mépris. J’ai l’habitude de ne pas accorder de l’importance à des rencontres de propagande du régime rwandais. J’ouvre la parenthèse pour souligner en passant que l’ambassade du Rwanda au Canada fait partie des invités de marque de ce colloque.

Je dois cependant dire à Monsieur Azouz Ali Ahmed que je ne suis pas impressionné par le discours qu’on lui a demandé – à quel prix ? – de répéter. C’est une perte de temps de discuter avec des caisses de résonance. Qui plus est, je me sentirais déshonoré si, dans un colloque organisé par les barons du régime, on parlait du bien de moi. Je ne suis pas impressionné, mais je suis tout de même indigné et trouve inacceptable que quelqu’un se retranche derrière les théories d’analyse du discours, comme s’il était le seul à les connaitre,  pour m’attribuer des idées que je n’ai jamais eues.

En date du 20 avril 2008, lorsque j’ai pris connaissance de l’intervention d’Azouz Ali Ahmed après avoir découvert par hasard la publicité dudit colloque, je suis entré en contact avec  cet intervenant pour lui dire que je suis intéressé par la lecture qu’il fait de mon ouvrage et pour lui signifier que j’aimerais avoir des éléments qui conduisent à l’interprétation qui transparait dans le résumé de sa communication. Le fameux critique littéraire a « gentiment » répondu à mon courriel en me faisant savoir ce qui suit :

« Merci de m’avoir écrit. Je n’ai pas fini de travailler sur votre livre qui soulève effectivement beaucoup de questions. Je suis un critique littéraire malgré mon autre casquette de politologue et c’est le texte que je soumets à une grille d’analyse et vous devez le savoir dans ce domaine les interprétations sont multiples. Tout ce que je peux vous dire pour le moment c’est que les extrapolations ne m’intéressent pas et que je poserai certainement des questions après avoir fini mon travail. »

Par cette réponse, l’intervenant avoue lui-même qu’il n’avait pas encore fini de travailler sur mon livre. Comment a-t-il osé sous la couverture de la pluralité d’interprétation m’attribuer des idées inacceptables?

Comme je suis de nature patient, du moins dans certains domaines, je lui ai exprimé mon intérêt pour les résultats de son analyse. Monsieur Azouz Ali Ahmed garde encore jalousement son analyse !

Tout cela étant, je rappelle à l’intervenant qu’il est maitre de ses choix et que je les respecte. Je respecte les opinions des autres, qu’elles soient savantes ou idiotes, brillantes ou bêtes. Mais je dois lui dire clairement que je n’ai jamais mis en question le génocide rwandais. Comme je ne suis pas l’homme de l’ombre, j’ai, à plus d’une reprise, défendu publiquement mes idées. Il lui suffira de se détacher de ses geôliers pour considérer mes différentes prises de position à ce sujet. Il se rendra compte que ce que je peux contester n’est jamais le génocide rwandais (il n’a qu’à lire la page 4 – page de couverture – du livre qu’il a étudié), mais plutôt la distribution des cartes de responsabilité. Mais tel est un autre débat.

Je me demande pour finir pourquoi mon ouvrage qui dénonce entre autres le massacre des réfugiés rwandais en République Démocratique du Congo en 1996/1997 intéresse seulement maintenant le régime rwandais et ses alliés. Cet ouvrage date de 2001 ! Et de 2001 à 2008, sept ans se sont écoulés ! Mais, du 6 février au 6 mai 2008, il y a seulement trois mois. Ce dernier délai de réaction me parait plus normal que le premier.

Bruxelles, le 16 juillet 2008

Maurice NIWESE

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