Rwanda : le pouvoir pratique une politique d’affamer la population
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Au mois d’avril 2009, le Président Paul Kagame du Rwanda a été en visite à Kirehe. Il a été frappé par le fait que des gens étaient atteints de la kwashiorkor et d’autres hospitalisés à cause de la malnutrition. Ce constat n’est que la partie visible d’un iceberg. Car il existe au Rwanda une volonté politique délibérée d’affamer la population. Elle est sous-tendue par une idéologie raciste, sournoise, des extrémistes du FPR de réduire la population paysanne à sa plus simple expression.

En additionnant toutes les actions posées contre les paysans depuis l’arrivée du FPR au pouvoir au Rwanda en juillet 1994, tout observateur avisé ne peut qu’être ahuri par la hargne manifestée par les hommes à la tête de l’Etat rwandais envers la population qu’ils sont censés diriger.

Il suffit de se souvenir de la politique de villagisation par laquelle la population a été contrainte de quitter ses champs, de détruire les maisons, pour venir dormir à la belle étoile, en groupes, le long des axes routiers. Les plantations en ont subi un sérieux coup faute de soins.

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Sur le même registre, différents moyens ont été utilisés pour spolier le paysan de ses terres. Dans la région de l’Est, c’était tellement scandaleux qu’il a fallu la descente du Président Paul Kagame lui-même pour obliger ses officiers supérieurs concernés et un certain nombre de cadres du FPR à remettre les terres acquises indûment. La population lésée est entretemps morte de faim dans l’errance quand elle n’était pas éliminée pour couper court à toute réclamation. Cette "opération présidentielle" n’était qu’un coup médiatique car la suite a été confiée au Colonel Fred Ibingira qui était déjà lui aussi incriminé dans cette escroquerie foncière.

Des expropriations sauvages ont également frappé les paysans car non assorties d’une compensation suffisante : ceux qui habitaient aux abords des lacs ont été invités à vider les lieux. Ces terres abandonnées étaient parmi les plus fertiles vu leur emplacement privilégié. De même les marais, qui permettaient des cultures dans la saison sèche, ont été remis à l’Etat et bon nombre d’entre eux ont été cédés aux  magnats du FPR pour l’élevage des vaches.

La totale fut la politique du FPR de couper toute la bananeraie dans les régions nordiques sous prétexte de lutter contre les infiltrés en provenance de la RDC. Ce n’est qu’un prétexte car quelques années après, dans les régions du centre, la bananeraie a été coupée pour obliger la population à la remplacer par la culture des fleurs.

L’avènement des Tribunaux Gacaca a été une occasion de mettre en taule toute la population active. Des familles entières étaient ramassées : hommes, femmes et enfants, même mineurs et jetées en prison. Souvent tel "nouveau venu" dans la région convoitait les terres de cette famille. La suite était de les vendre pour payer les dommages fixés après une mascarade de procès.

Dans certaines régions, les rares paysans qui peuvent encore cultiver leurs lopins de terres se sont vus obligés de vendre leurs récoltes à des hommes désignés par le FPR, souvent cachés derrière des coopératives bidons. Ce sont ces hommes qui à leur tour vont dispatcher la récolte sur tout le territoire national. Le prix est évidemment en deçà de ce que le paysan pouvait avoir si le marché était libre. Cette façon de couper le pouvoir d’achat de la population participe, elle aussi, à la politique criminelle d’affamer la population.

La population paysanne de Kibungo à l’Est du pays et dans laquelle se trouve Kirehe que le Président Kagame a visité, est frappée de famine car elle a été obligée de ne cultiver que le maïs car une usine de production de la farine de maïs a été construite au Rwanda et elle a besoin de la matière première. Cela se cache derrière un slogan dit « green revolution » (révolution verte) qui  prône entre autre la non-diversification des cultures dans une région donnée. La conséquence est que la famine tue au Rwanda comme dans les années 40 où elle a décimé de milliers de gens.

Déjà en 1996, quand les militaires du FPR pourchassaient les réfugiés hutu dans des forêts congolaises, le Secrétaire Général de l’ONU, Boutros Boutros Ghali et son successeur Kofi Annan, avaient parlé de « genocide by starvation » (génocide par inanition). L’histoire serait-elle en train de se répéter ?

Gaspard Musabyimana
Le 09 juin 2009

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