Trois attaques à la grenade ont eu lieu ce vendredi 19 février 2010 dans la ville de Kigali. Qui peut en être l’auteur ? Le FPR ne serait-il pas en train de chercher des prétextes de se débarrasser de ses opposants politiques en leur attribuant la paternité de ces attentats ?
Le FPR renoue avec ses méthodes terroristes
Les attaques à la grenade ont fait leur apparition au Rwanda avec l’attaque du FPR en octobre 1990. Quand en 1991, ce mouvement passe de la guerre classique à la guérilla, il initie les méthodes terroristes par des attentats aux mines et à la grenade et à les attribuer au président Habyarimana et à son entourage. Plus d’une cinquantaine d’attentats furent commis entre 1991-1993.
Le FPR était le commanditaire de ces attentats. Ainsi en décembre 1991, la police zaïroise interpelle à la frontière rwando-congolaise quatre individus qui veulent passe la frontière vers le Rwanda. Ils étaient en possession de quatre mines anti-personnelles. Ils étaient réfugiés rwandais travaillant pour le F.P.R.
Le 12 décembre 1991 à la frontière rwando-tanzanienne deux individus sont appréhendés par la police tanzanienne en possession de deux mines anti-tank et quatre mines antipersonnelles. L’un d’eux, Ndayambaje, se donna la mort en actionnant la mine et 29 citoyens tanzaniens furent également blessés.La police tanzanienne découvrit sur lui des documents du F.P.R.
Le 12 avril 1992, des explosifs sont lancés maladroitement à la centrale hydro-électrique de Mururu-Cyangugu entraînant la mort de deux auteurs qui étaient des réfugiés rwandais membres combattants du F.P.R.
Ces attentats aveugles ont fait indifféremment des victimes parmi les Hutu et les Tutsi. l’objectif du FPR était d’attiser la haine entre les Rwandais en vue des troubles intérieurs et ainsi trouver des prétextes de reprendre la guerre en se présentant comme la seule alternative à même de ramener la paix et la sécurité dans le pays. Cette stratégie du chaos lui a réussi.
Le même modus operandi après son accession au pouvoir
Après la conquête du pouvoir en juillet 1994, le FPR a fait recours à la même méthode ses actes criminels sur la population civile. Des grenades furent lancées dans des cachots communaux. Ces assassinats furent endossés aux infiltrés hutu en provenance du Congo. Cela a servi de prétexte au FPR pour bombarder les camps de réfugiés de l’ex-Zaïre en 1996.
Avec l’instauration des tribunaux Gacaca, le FPR a toujours usé des grenades et IBUKA montait au créneau pour affirmer que l’assassinat des rescapés était l’œuvre des prisonniers relaxés. Ils étaient ainsi vite ramassés et remis en prison.
A la veille de la commémoration du génocide, on retrouve toujours ces étranges attaques que le pouvoir s’empresse d’attribuer aux "génocidaires". La répression est alors immédiate. Des rafles sont organisées et des centaines de "génocidaires" sont mis en prison. Il en est de même des explosifs lancés régulièrement au Mémorial du génocide à Gisozi. Les abords de ce monument sont régulièrement nettoyés de ses habitants soupçonnés d’être impliqués dans ces attentats.
Le FPR est le seul capable de lancer des grenades dans la ville de Kigali
Le FPR a instauré un régime sécuritaire sans précédent dans l’histoire récente de l’Afrique. Il a procédé à un maillage complet du territoire national : des militaires sont éparpillés par petits groupes sur des collines du pays. Ils sont doublés des membres de la Défense locale, une milice armée chargée d’encadrer la population par tranches de 10 ménages. Une autre milice, les « Intore », a vu récemment le jour pour épauler les agents de la défense locale dans la surveillance de la population, sans parler de l’infiltration des agents de renseignements civils et militaires dans bon nombres de secteurs de la vie nationale. Le citoyen rwandais est donc tenu quotidiennement à l’œil par ces structures qui ne lui laissent pas la liberté de mouvement. Même pour une simple visite, la famille visitée doit faire enregistrer son hôte auprès de l’autorité sitôt arrivé dans une localité.
Comment, avec un tel quadrillage du pays, des gens peuvent lancer des grenades aussi facilement et ne pas être appréhendés sur le champ ? Les auteurs du forfait du 19 février 2010 ont manifestement bénéficié d’une couverture pour se dégager à leur aise. La police n’est arrivée sur les lieux que plus tard. Ce 21/02/2010, la police parle de deux individus appréhendés. Gageons qu’ils vont faire des déclarations associant l’un ou l’autre opposant politique à ces attaques. Ici il y a lieu de penser que Victoire Ingabire est la cible la plus privilégiée par cette mascarade. Le FPR ne sera pas à son premier essai de se livrer à ce genre de magouilles. Il suffit entre autres de penser à l’assassinat des touristes américains dans la parc de la Bwindi en RDC. Le FPR avait arrêté trois ex-militaires des anciennes forces armées rwandaises. Il les a torturés pour leur faire avouer qu’ils étaient les auteurs du forfait. Il les a envoyés aux Etats-unis d’Amérique avec des procès verbaux en bonne et due forme, signés par les intéressés. Il a fallu des enquêtes de la justice américaine pour découvrir l’astuce. Ils ont été relâchés et sont libres.
Avec l’attaque à la grenade de ce vendredi 19 février 2010, il faut s’attendre au pire notamment pour victoire Ingabire qui est encore une fois convoquée à la police pour le lundi 22/02/2010.
Gaspard Musabyimana
21/02/2010
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