Rwanda Defense Forces : une réorganisation sur fond de crise ?
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Visiblement en application d’une mesure de réorganisation de ses forces armées annoncée l’an dernier (voir notre article du 13/8/2009), le général Paul Kagame vient de se livrer à un jeu de chaises musicales entre ses généraux. Mais ces décisions cachent mal les problèmes que soulève la gestion d’une armée surdimensionnée, avec des cadres généraux pléthoriques tous issus du même petit cercle du pouvoir et qui deviennent de plus en plus encombrants.

•L’héritage de son passé

L’armée du Rwanda actuelle fut en guerre sans discontinuer de 1990 à 2002. En effet,sortie des rangs de l’armée ougandaise, elle a commencé par conquérir le Rwanda. Ceci fut atteint en juillet 1994. Cette armée dut ensuite quadriller le pays pour marquer sa présence et asseoir son pouvoir politique dans le pays conquis. Parallèlement, elle a attaqué le Zaïre et a conquis le pouvoir à Kinshasa en 1997. Situation rarissime dans l’histoire militaire, James Kabarebe retiendra dans son CV avoir été Chef d’Etat-major de l’Armée congolaise avant de le devenir au Rwanda. S’en suivra alors l’occupation de ce grand pays, suivie de la création, l’encadrement et le soutien aux successifs rebellions tutsies de l’Est du Zaïre devenu entretemps République Démocratique du Congo.

C’est donc une armée démesurément grossie comptant plus de 80.000 hommes et n’ayant plus de missions de combat qui se replia sur un mouchoir de poche qu’est le Rwanda. Selon les normes en vigueur en technique d’Etat-major (normes OTAN), une telle armée (quatre à cinq divisions soit 60.000 hommes) n’aurait même pas d’espace suffisante pour se déployer au Rwanda. Mais le régime du FPR de Paul Kagame s’est résolu à gérer comme cela car cette situation est la base même de son existence en tant que qu’un mouvement politico-militaire ayant conquis militairement le pays et qui entend le gérer de la même façon.

Solutions classiques

Toutes les armées du monde qui ont eu à faire la guerre ont connu des problèmes similaires à la fin de la guerre. Mais ils ont dû les gérer au profit de l’intérêt supérieur de la nation et de leur peuple. A titre illustratif, après la fin de la guerre froide, les pays de l’OTAN n’ont plus d’ennemi après le démantèlement de l’URSS et de ses pays satellites du Pacte de Varsovie. Ils peinent maintenant à adapter leurs armées à la situation. Ils le font à coups de réorganisations, de démobilisations, de redéfinition des missions,…

Et au Rwanda ?

Confronté au même problème de sortie de conflit, le régime de Paul Kagame n’applique pas les recettes qui ont fait leurs preuves ailleurs ou quand il feint de les appliquer, il annule leurs effets par des manœuvres politiciennes. Au moment où les pays de l’OTAN reconnaissent ne plus avoir d’ennemi à l’EST et que par conséquent leurs armées doivent se tourner plus dans les missions de maintien de la paix ou de lutte contre le terrorisme, le Rwanda ne cesse de se créer les ennemis imaginaires, n’hésitant pas à envahir à plusieurs reprises ses pacifiques voisins. Quant à l’opération de démobilisation telle qu’elle est opérée au Rwanda, elle donnent naissance aux problèmes encore plus compliqués que ceux qu’elle était censée résoudre. En effet, pour qu’une démobilisation soit bénéfique à l’institution, il faut qu’elle touche tous les échelons de la hiérarchie de manière proportionnelle. Or, au Rwanda seul la troupe et les cadres moyens peuvent être démobilisés. Conséquence : en caricaturant on peut affirmer que les généraux sont devenus plus nombreux que les caporaux. Autrement dit, la pyramide s’est renversée et le mouvement va crescendo puisque tous les jours des généraux sont nommés grossissant ainsi le cercle des vrais maîtres du Rwanda.

Les nominations du 10 avril

A première vue, les nominations du 10 avril 2010 s’inscrivent dans le cadre de la réorganisation annoncée consacrant la suppression de la force navale, la création de la réserve et la création d’une force de sécurité indépendante du ministère de la défense. Mais en y regardant de plus près, et à la lumière des derniers événements (défection du colonel Karegeya et du général Kayumba), on nota qu’il s’agit essentiellement de resserrer les rangs autour du petit cercle initial des combattants  qui étaient autour de Kagame à Mulindi en 1994 et en même temps « gérer » le cas des rares « Hutus de service » notamment Marcel Gatsinzi aussi inutile qu’encombrant. Le général Gatsinzi reste en effet le symbole vivant à exhiber que Kagame peut toujours s’accommoder même aux ex-FAR alors qu’en réalité il les abhorre.

Quoi qu’il fasse, Paul Kagame aura fort à faire à gérer cette « armée mexicaine » qu’est devenu son APR, où les généraux de plus en plus inutiles, encombrants mais  surtout menaçants sous prétexte qu’ils ont « libéré » le Rwanda deviennent une menace à son autorité.

Emmanuel Neretse

13/04/2010

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