Le 09/08/2010 : une mascarade d’élections au Rwanda
+

Au lendemain du 9 août 2010, Paul Kagame sera proclamé Président "démocratiquement élu" de la République du Rwanda. Rappelons que ce même Paul Kagame n’est autre que ce soldat de l’armée régulière de l’Ouganda qui, à la tête des combattants mis à sa disposition par le président ougandais Yoweri Museveni, a envahi le Rwanda en octobre 1990 et qui, trois ans plus tard, a conquis tout le pays pour s’emparer du pouvoir à Kigali en juillet 1994.

Ce hors-la-loi à peine alphabétisé, va régner sur le Rwanda pendant 9 ans dans un vide juridique ahurissant. En effet au gré des humeurs, il se faisait nommer « Vice-président de la République » pour ensuite se proclamer Président après avoir destitué et jeté en prison celui à qui en 1994, il avait attribué le poste comme figurant et hutu de service Pasteur Bizimungu. Pendant ce temps, il semait la mort et la désolation tant au Rwanda que dans les pays voisins. Au Rwanda il a massacré les populations civiles au vue des observateurs internationaux qui ne commenceront à témoigner que plus de dix ans après les faits (Kibeho, Kanama, ….).  Rien qu’en ex-Zaïre, actuellement République démocratique du Congo, où il fut utilisé pour chasser le Maréchal Mobutu en 1997, certaines ONG font état de 2 millions de morts congolais que Kagame a laissé sur son passage. En 2003, il fut obligé de donner à son régime une couverture légale et ses créateurs le conseillèrent de déposer les haillons du maquis pour se mettre en costume -cravate. Il va s’y mettre d’abord en promulguant une constitution taillée sur mesure et tellement fourre-tout qu’il dut l’amender plus de six fois à mois de 4 ans. Certains constitutionnalistes n’avaient pas hésité à parler de « Code pénal » en lieu et place d’une Constitution, tellement Kagame avait voulu enfermer toute la vie nationale dans ce texte. C’est sous ce texte qu’il se proclama élu à 95% des voix en 2003, alors que tous les observateurs avaient remarqué que la population n’avait pas voté mais était venue récupérer les cartes d’identités ramassées la veille par les agents du FPR. Les urnes avaient été bourrées pendant la nuit. Son concurrent, Faustin Twagiramungu, n’a eu droit qu’à 3 % pour marquer le caractère pluraliste des élections.

L’ancien enfant de rue de Kampala devenu l’un des Chefs d’Etat les plus chouchoutés par les puissances occidentales va alors régner sans partage sur le Rwanda et la région des Grands Lacs pendant sept ans.

Mais pour se conformer à la Constitution qu’il a lui-même promulguée, il doit en cette année 2010 se faire réélire. C’est alors que son réflexe animalier réapparait :

–          Il s’emploie à mettre les opposants réels ou éventuels hors-jeu. Toute personne qui ose le contredire tombe sous le coup des lois liberticides que Kagame a instaurées comme « mûr de protection » comme il l’a dit dans une interview. Il suffit de l’accuser l’opposant de «  véhiculer l’idéologie du génocide, de divisionnisme, de négationnisme… ».  Autant de crimes imprécises mais tellement graves que les inculpés n’ont aucune chance. C’est le sort que subit Madame Victoire Ingabire, la présidente du parti FDU rentrée en janvier 2010 pour faire enregistrer son parti et ensuite se présenter aux élections présidentielles. Elle est désormais inculpée et en résidence surveillée.  

–          D’autres opposants sont purement et simplement assassinés. C’est le sort qu’ a subi le pauvre André Kagwa Rwisereka, vice-président du parti  Green Party non encore admis. Il fut retrouvé décapité dans les faubourgs de la ville de Butare.

–          D’autres enfin croupissent en prison et subissent des tortures inhumaines pour le simple fait d’avoir déclaré publiquement ne pas soutenir la politique de Kagame et de son FPR. C’est le cas de Maître Bernard Ntaganda détenu depuis le 24 juin 2010 dans un cachot obscur où il est maintenu les mains liées dans le dos. Me Bernard Ntaganda est le président du parti PS Imberakuri. Après l’enregistrement et l’admission de son parti, Ntaganda faisait clairement entendre qu’il ne sera pas un satellite du FPR. Du coup le FPR organisa un putsch au sein du parti PS Imberakuri et quelques individus achetés par le FPR décidaient de l’éviction du président fondateur du parti, Bernard Ntaganda. Mais cette manœuvre étant d’une illégalité flagrante, Kagame n’eut d’autres solutions pour faire taire Ntaganda que de l’enfermer.

–          Pour mettre en garde ceux qui voudraient contester sa main mise sur le pays, Kagame recourt à l’armée pour rappeler aux paysans les sombres moments quand ses soldats venus d’Ouganda les massacraient sans état d’âme. Dans sa tournée électorale à travers le pays, surtout au Nord-Ouest, il se fait accompagner par les plus hauts gradés de son armée connus pour avoir massacrés les populations innocentes entre 1997 et 2000. Ainsi les généraux Kabarebe et Kayonga sont allés à Ngororero et ont invité la population à « Voter Kagame ». Même le très « intéressé » et grand admirateur de Paul Kagame, Monsieur François Soudan, Directeur de rédaction de l’Hebdomadaire Jeune Afrique l’a constaté sans pour autant s’en émouvoir (Jeune Afrique n° du 04-11/8 /2010). Pourtant le message est clair : ou bien vous vous soumettez à nos soldats venus d’Ouganda, ou bien on recommence les tueries.

Sur le plan médiatique, l’autocrate est encore plus performant. Il a réussi à trouver des parades à toute mise en cause de sa dictature. Ainsi, pour son plébiscite du 9 août, il a recrutés des marionnettes qui doivent se présenter contre lui, mais qui doivent dans leur campagne vanter ses louanges. Ces Hutu des services ou plutôt ces candidats « alimentaires » espèrent bénéficier du dictateur de beaucoup d’avantages notamment en terme de postes juteux au Gouvernement que Kagame va former après le 9 août.

Paul Kagame va rester longtemps comme le plus grand dictateur des temps modernes qui aura ridiculisé et instrumentalisé les instances internationales en les prenant au mot :

–          Vous dites qu’il faut des élections pour se conformer aux normes démocratiques ? Kagame répond : je les organise mais je dois les gagner.

–           Vous dites qu’il faut plusieurs candidats ? Je les désigne moi-même et je leur dit ce qu’ils doivent déclarer pendant la campagne. C’est qui est sûr, tous ceux qui auront accepté de m’accompagner seront récompensés en poste important dans mon prochain gouvernement.

 Comme nous l’indiquions en titre, les élections du 9 août 2010 organisées par le dictateur rwandais Paul Kagame constituent un pied de nez à la communauté Internationale.

Emmanuel Neretse
08/08/2010

 ###google###

Pas de commentaire

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire