C’est l’histoire d’une journaliste vedette de la télévision nationale rwandaise, Ingabire Bibio Egidie qui donne la parole dans un ‘‘X space’’ à une certaine ‘‘Marie-Marie’’. Cette dernière avec fierté et arrogance, parlant des Hutus du Rwanda dira : ‘’vous avez été des chiens pendant quatre cent ans et les Belges vous ont humanisés, vous les esclaves, en vous donnant le pouvoir… Et je n’ai pas honte de le dire’’.
Et la journaliste de répondre : ‘‘Merci’’, après ces mots profondément racistes, déshumanisants, continuant le débat sur X space, en donnant la parole aux autres auditeurs comme si rien n’était. Eh oui, Elle n’a rien dit! Absolument rien! Précisons, quand même, que cet échange a bel et bien eu lieu publiquement, en 2023, dans le Rwanda actuel ni, après l’hécatombe de 1994!
Un feu de broussailles pour les uns : il n’y a rien, là, circulez, business as usually! Explosion du Vésuve qui menace d’emporter Pompéi pour les autres : c’est l’idéologie du génocide dans toute sa puissance!
Aussitôt que l’audio du X space est tombée aux oreilles du public, les réactions sont différentes. D’un côté il y a la consternation et l’ébahissement pour les âmes sensibles de voir sortir, sans complexe, un discours aussi haineux. De l’autre côté, il y a la réaction de deux groupes au caractère carnassière tout en étant aux antipodes : pour les premiers, ces mots étaient la délectation et/ou le schadenfreude (une expression allemande exprimant la joie malsaine que l’on éprouve en observant le malheur d’autrui), pour les seconds c’était le triomphe. Enfin!
Vous êtes, peut-être, choqués, confus par les mots choisis pour décrire ces deux dernières réactions : La délectation et le triomphe! Pour les comprendre, on se doit de revisiter l’aspect primitif de l’être humain, duquel l’idée absurde d’hiérarchisation des races (ethnies) a pris racines. Mettons en lumière cette jouissance partagée, car elle nous en apprend davantage sur ces deux groupes jouisseurs.
En effet, pour les deux derniers groupes pourtant aux extrémités du spectre, et pour des raisons distinctes, les applaudissements sont au rendez-vous pour cette nouvelle héroïne qui a eu le courage de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Fini la muselière de la décence qui les étouffait, du moins publiquement! Fini avec ce mal du 21ème siècle, qu’est le politiquement correct, qu’ils subissaient.
Pour les premiers, les applaudissements sont de rigueur, car, enfin, ils peuvent savourer publiquement le goût de leur idéologie suprémaciste, dans laquelle ils se retrouvent, avec fierté, et sans complexe. Bravo à ce symbole (Marie-Marie) aux couleurs de leur idéologie suprémaciste et coloniale, qui a osé enfin, selon eux (re) mettre leur supériorité sur le piédestal qu’ils méritent et qui leur est dû. Ainsi, on trouve ici et là sur les réseaux sociaux : ‘‘uyu mubyeyi mwiza nta nka yaciye amabere’’.
Pour les seconds, ce sont les cris de triomphe, car, enfin, la manifestation palpable et assumée de l’essence même de cette idéologie suprémaciste est mise en lumière, sans détour, sans langue de bois! Enfin, plus de double discours, le voile est levé! À bas les masques! Se plaçant en justicier et nourrissant ici et là les idées extrémistes, ils lancent triomphalement:’’nimwumve, muhame hamwe rero, babibwirire’’.
Vous l’aurez compris, les mots de la fameuse Marie-Marie ont donné les lettres de noblesse à ces deux groupes, qui consciemment et inconsciemment se nourrissent mutuellement.
Le silence qui tue!
Une fois sortie de la délectation et du triomphe des uns d’une part, et de l’ébahissement et d’indignation d’autre part, parlons particulièrement du ‘‘Silence assourdissant’’ que suscite ces mots chez les plus concernés. Face à ces mots reflétant une idéologie du génocide, quelques réactions ici et là des plateformes politiques de l’opposition en exil. Mais, silence radio chez les organismes des rescapés qui clament, pourtant, haut et fort le ‘‘Never Again’’ et aucun mot venant des organismes des droits de l’homme ni des dits partis politiques à Kigali. Et surtout, aux abonnés absents, le Minibumwe du ministre Dr Bizimana, ministère de l’Unité nationale (rwandaise) et de l’Engagement civil, instauré depuis août 2021 et dont l’un des objectifs serait l’unité nationale.
Entre l’histoire apocalyptique du Rwanda des années 90 et la fameuse histoire miraculeuse de la réconciliation rwandaise, à la Une aujourd’hui, vous vous attendiez, peut-être, à ce que ce langage soit farouchement condamné par ce nouveau ministère, n’est-ce pas? Et pourtant, rien! Au moins, sur ce coup-là, le message a le mérite d’être clair : ‘‘You are on your own.’’
Ce silence vous étonne? Nous non, plus maintenant. Plus rien ne nous étonne. C’est un classique, les États ont le don de se détruire de l’intérieur.
Que les fanatiques et les adulateurs du président Kagame décident de le défendre en utilisant la haine ethnique, c’est leur choix! Que son gouvernement décide de faire la sourde oreille, ça, c’est une position. Chacun ses méthodes!
En revanche, à nous de savoir que faire face à cette haine ethnique. Nous avons le devoir de faire échec à cette haine.
À nous autres, les communs des mortels que les mots de Marie-Marie ont choqués, et si cette dernière, était notre salut? En effet, elle nous a enlevé les masques afin que nous puissions sentir la puanteur (de la haine) dans laquelle nous nous vautrons. Finalement à quelque chose malheur est bon! Agissons!
De part, notre histoire, nous sommes tous des témoins oculaires, de ce dont ce langage est capable. Même si nous avons les blessures du passé, nous avons l’intelligence et la capacité intellectuelle de choisir et de mettre en pratique l’esprit du ‘‘Never Again’’ en guérissant de nos blessures et en nous indignant publiquement ou même en privé de ces discours de haine. Ils n’ont plus aucune place dans l’ère actuelle.
Nous ne devons pas vivre la vie par procuration des gens qui n’ont pas encore guéri de leur blessure, qui vivent encore dans le siècle passé et qui veulent perpétuer les haines ethniques de génération en génération. C’est leur choix, mais ne nous laissons pas piéger. La fierté identitaire est salutaire, mais si elle a besoin de se sentir supérieure aux autres, là, elle devient maladive et dysfonctionnelle. Une personne fière et saine n’a pas besoin de se sentir au-dessus des autres pour exister.
Alors, Hutus-Tutsis, que les suprémacistes et extrémistes de tout bord cherchent à séparer, respectons-nous, fréquentons-nous, développons des amitiés sincères de fraternité, de camaraderie, marions-nous, aimons-nous jusqu’à ce que ça fasse mal… Inutile de palabrer avec eux en essayant de se justifier, notre temps sur cette terre est précieux, c’est le moment d’agir : là où ils sèment la haine qu’on n’y emmène l’amour en le vivant vraiment entre nous.
À tout Rwandais, qui rêve de voir un Rwanda comme un État-Nation, il est de notre responsabilité de semer des valeurs humaines, d’égalité et de fraternité pour un meilleur avenir pour notre pays et pour nos enfants. Il est de notre devoir de briser ce cercle vicieux… Il est temps!
Les mots de Marie-Marie sont du racisme pure et dure. Selon Hannah Arendt, c’est “le sentiment d’une supériorité fondamentale, et non pas temporaire, de l’homme sur l’homme….’’. Alors, à bas le racisme!
Lydie Ujeneza et Ariane Mukundente
Source : Facebook

