FDLR, puis Banyamulenge : les deux prétextes de Paul Kagame pour ne jamais quitter la RDC
+
Rubrique : Actualité, Documents
Mot-clés : , , , ,

Publié le 27 Août 2026 par Emmanuel Neretse

Après avoir justifié pendant des années sa présence militaire en RDC par la nécessité de « neutraliser les FDLR », Paul Kagame ajoute désormais un second argument à son arsenal : la défense des « Banyamulenge ». À la veille de la rentrée de septembre 2026, cette rhétorique à deux têtes, relayée par le sénateur Tito Rutaremara et saluée par l’ancien vice-président congolais Azarias Ruberwa, divise la classe politique de Kinshasa. Car derrière ces prétextes recyclés se prépare, selon cette analyse, une nouvelle offensive régionale : après l’Est de la RDC, c’est au tour du Burundi voisin d’être visé.

Introduction

C’est au mois de septembre que se fait généralement la rentrée, c’est-à-dire la reprise des activités habituelles dans tous les domaines après les grandes vacances d’été. On parle ainsi de rentrée scolaire et académique, politique et parlementaire, etc. Pour cette année 2026, la rentrée risque malheureusement d’être marquée par la reprise et l’extension de la guerre de conquête menée dans la région par le dictateur rwandais Paul Kagame, qui non seulement l’envisagerait, mais y serait encouragé et soutenu, comme nous allons le voir dans cette analyse.

Après avoir imposé le prétexte du mythe des « FDLR » pour envahir et occuper l’Est de la RDC, Paul Kagame y ajoute désormais celui de la notion de « Banyamulenge » afin de justifier la poursuite de ses opérations militaires dans ce pays et, au mieux, d’y conquérir le pouvoir. Il disposerait ainsi non seulement d’un argument pour maintenir ses troupes en RDC, avec le premier prétexte des FDLR à neutraliser, mais aussi d’un autre pour mener de nouvelles attaques de conquête territoriale sous prétexte de défendre les Banyamulenge.
Comme le prétexte consistant à « neutraliser les FDLR » lui réussit particulièrement bien en RDC – au point que même les médiateurs et autres faiseurs de paix lui reconnaissent ce droit et acceptent ses arguments pour justifier sa présence militaire en RDC – Paul Kagame compterait agiter le même prétexte pour justifier l’offensive qu’il lancerait contre son voisin du Sud, la République du Burundi. Cette justification lui serait d’autant plus facile que le Burundi est habité par une majorité hutu, comme le Rwanda, et que les deux pays partagent une langue proche. Il lui serait donc aisé de présenter tout jeune Hutu du Burundi comme « un FDLR à neutraliser ».

Rappel pour une bonne compréhension des enjeux

FDLR

Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont un mouvement politico-militaire créé en 1999, rendu public et officiel en mai 2000, dans le but de protéger les réfugiés qui se trouvaient encore en RDC à la suite de la deuxième invasion de la République démocratique du Congo par le Front patriotique rwandais, le 2 août 1998.

Depuis sa création, en 2001, ce mouvement politico-militaire n’a mené aucune opération armée sur le territoire rwandais.

  1. Le prétexte des FDLR

Dans l’Accord de Washington de décembre 2024, signé entre la RDC et le Rwanda, chaque partie a pris des engagements. Le Rwanda devait notamment retirer ses troupes de RDC. Pourtant, Paul Kagame a publiquement déclaré qu’il ne retirerait pas ses troupes de RDC, alors que ce retrait figurait parmi les engagements pris dans cet accord ainsi que dans les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Pour justifier cette position, il évoque encore et toujours la menace que constitueraient les combattants des FDLR s’ils n’étaient pas neutralisés.

Du côté de la RDC, le gouvernement, dans le cadre de l’exécution de ses engagements, n’a cessé de mener des actions visant à neutraliser le groupe armé FDLR. La dernière initiative, décisive, est le protocole signé le 28 juillet 2026 entre les FDLR et le gouvernement, dans lequel les combattants de ce mouvement politico-militaire font reddition et acceptent leur démobilisation par la RDC. Cette démarche constitue une traduction concrète des engagements pris par la RDC dans le cadre de l’accord de paix signé avec le Rwanda le 27 juin 2025 à Washington.

Banyamulenge

Le terme « Banyamulenge » désigne, en langue kinyarwanda-kirundi-gihutu, ceux qui habitent la colline ou la localité de Mulenge. Ce vocable n’a donc, en lui-même, aucune connotation ethnique : les « Banyamulenge » peuvent appartenir à plusieurs ethnies ou tribus s’ils habitent la même localité de Minembwe.

L’histoire des Banyamulenge ne peut pas être réduite à celle des réfugiés tutsis arrivés au Congo après 1959. C’est une histoire plus ancienne et plus complexe.

Selon les travaux historiques, le terme « Banyamulenge » a été vulgarisé et affirmé publiquement et politiquement à partir des années 1970, lorsque cette appellation fut popularisée par les Tutsis vivant dans les hauts plateaux de Minembwe, au Sud-Kivu. Il s’agissait de se démarquer des Tutsis issus de la révolution de 1959 au Rwanda, qui venaient de s’installer au Congo.

  1. Le nouveau prétexte des « Banyamulenge »

Depuis 1996, l’identité banyamulenge est utilisée et exploitée à des fins politiques et expansionnistes.

C’est à cette époque que les troupes de Paul Kagame, qui soutenaient le leader de la rébellion naissante Laurent-Désiré Kabila pour renverser le régime du maréchal Mobutu, se sont présentées comme des « Banyamulenge », des Tutsis congolais de Minembwe,  coalisés avec la rébellion sous l’appellation AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo). La suite est connue.

Actuellement, Paul Kagame agite de nouveau le prétexte des Banyamulenge, non seulement pour s’emparer des hauts plateaux de Minembwe, au Sud-Kivu, mais aussi, et surtout, pour prendre le pouvoir à Kinshasa au nom de ces Banyamulenge, comme en 1997, ainsi qu’il vient d’en appeler aux jeunes Tutsis congolais et rwandais. Ce prétexte lui servirait d’autant plus qu’il l’associe au « génocide rwandais de 1994 », qu’il aurait lui-même déclenché en assassinant deux chefs d’État hutus et leurs suites, dont trois coopérants français, le 6 avril 1994. Depuis lors, ce génocide lui sert, selon l’auteur, de permis pour tout faire et commettre divers crimes en toute impunité.

Dialogue de sourds au sujet des FDLR

En ce qui concerne le prétexte permanent du régime Kagame pour agresser la RDC, à savoir le mouvement politico-militaire FDLR, le Rwanda a élaboré un ensemble de réponses et d’arguments conçus pour semer la confusion et rendre la situation inextricable pour l’autre partie comme pour les médiateurs.

Les effectifs

À la question de savoir quels seraient les effectifs des FDLR, les rapports des experts de l’ONU, auxquels se réfère le gouvernement de la RDC, les estiment entre 500 et, au maximum, 1 500 combattants. Ces estimations reposent sur des bases présentées comme scientifiques, notamment l’organisation militaire qui fixe les effectifs par unité, du peloton à la division, dans toutes les armées du monde. Le Rwanda réplique qu’ils seraient au minimum 20 000, allant même jusqu’à avancer le chiffre de 50 000, sans se fonder sur aucun élément concret.

– Les zones de déploiement

Le gouvernement de la RDC indique régulièrement où sont localisées les FDLR dans les quelques territoires encore sous son contrôle au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Mais le Rwanda réplique en prétendant que les FDLR se trouveraient partout en RDC, arguant que beaucoup d’entre eux seraient des militaires gouvernementaux intégrés aux FARDC, déployées sur tout le territoire national, soit plus de 2 345 000 km².

– L’identification des FDLR en RDC

Quant à l’identification permettant de savoir qui est FDLR ou non en RDC, le régime dictatorial de Paul Kagame place la barre encore plus haut : il prétend qu’un membre des FDLR n’est pas uniquement identifiable par son appartenance à ce groupe armé, mais plutôt par son idéologie. Cela permettrait au Rwanda de désigner, selon les circonstances, n’importe lequel des 120 millions d’habitants de la RDC comme FDLR. Les médiateurs de ce conflit et leurs mécanismes se trouvent donc, selon cette analyse, piégés et démunis face à cette théorie du régime du Rwanda visant à identifier qui serait ou non membre des FDLR en RDC.

– L’interprétation des termes

Pour Kigali, « neutraliser les FDLR » voudrait dire « les tuer tous ». Cette interprétation apparaît dans une réaction diffusée par l’un des médias du pouvoir après l’annonce par la RDC de l’accord conclu avec les FDLR pour leur reddition, leur désarmement et leur cantonnement, en prétendant que cela ne ferait pas partie des engagements pris pour les neutraliser selon l’Accord de Washington.

Tergiversations des médiateurs et facilitateurs dans ce conflit à propos de ce prétexte de Paul Kagame

Force est de constater que les médiateurs-facilitateurs : États-Unis, Qatar, Union africaine avec le Togo, organisations régionales comme la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), etc., tâtonnent, ce qui permet à Paul Kagame de conserver son prétexte fallacieux.

De nouvelles réunions se sont tenues à Montreux, en Suisse, du 17 au 21 août.

Le but était de relancer le processus de Doha, un processus de paix qui piétine alors que les combats se poursuivent sur le terrain. À ce stade, seuls deux des huit protocoles prévus par l’accord-cadre de Doha ont été traités. Autour de la table se trouvaient le gouvernement congolais, l’AFC/M23, mais aussi des représentants du Qatar, de l’Union africaine, des États-Unis, du Togo et de la Suisse, pays hôte, sans que les rôles de facilitation, de médiation et d’accompagnement du processus soient clairement définis.

Cette rencontre n’a pas produit de nouvel accord. Elle a surtout tenté de mieux organiser le suivi des engagements déjà pris et de donner une nouvelle dynamique aux négociations, après des temps morts et l’absence des résultats escomptés, tandis que l’AFC/M23, soutenu et réarmé par le Rwanda de Paul Kagame, continue de consolider ses positions et son administration parallèle dans les zones sous son contrôle.

Pour rassurer l’opinion, un communiqué a été publié à l’issue de cette rencontre, indiquant que la RDC et le M23 avaient, à la suite de ces discussions en Suisse, convenu d’une feuille de route pour les pourparlers de paix. Il annonce qu’une première mission de vérification du cessez-le-feu était prévue le lundi 24 août à Minembwe, dans la province du Sud-Kivu, dans le cadre du Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE+). Le cessez-le-feu fait partie du premier protocole signé. Il en reste encore six non signés. Dès lors, si, après autant d’années de discussions, on en est encore à travailler à la mise en œuvre du tout premier protocole, c’est que ce processus de paix n’avance guère.

Il est donc évident que réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser.

On se trouve face à deux parties presque contraintes par un médiateur qui pousse à négocier, mais qui, visiblement, gardent encore une option militaire en réserve.

Conclusion à ce sujet : ces processus et réunions successives et interminables apparaissent comme des manœuvres dilatoires en faveur de l’envahisseur et occupant de l’Est de la RDC, le dictateur du Rwanda, Paul Kagame. Il l’a compris, et il en use et en abuse.

La problématique « Banyamulenge » relancée

Paul Kagame vient de relancer la problématique du terme « Banyamulenge » pour en faire un second prétexte d’agression contre la RDC. Il l’a fait à travers une déclaration de l’idéologue et extrémiste Tito Rutaremara, l’un des fondateurs du FPR, actuel parti-État du Rwanda, et sénateur à vie.

Dans une allocution prononcée à Kigali le 15 août 2026, s’adressant à des milliers de jeunes Tutsis rassemblés à l’occasion de la commémoration du massacre de Gatumba de 2004, Rutaremara les encourage à prendre les armes pour chasser les FARDC du Sud-Kivu et aller jusqu’au Katanga, à Mbuji-Mayi et à Kinshasa.

Depuis cette déclaration de guerre du régime de Paul Kagame, guerre qui serait menée sous le prétexte des Banyamulenge, le débat sur les Banyamulenge agite la classe politique de la RDC.

Le gouvernement y a réagi le 17 août par une déclaration du ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. Il dénonce cette provocation et cette ethnicisation du conflit par le régime tutsi de Paul Kagame.

Dans l’opposition, les réactions sont également vives, quoique mitigées selon les tendances. Ainsi, Martin Fayulu, l’un des leaders de l’opposition radicale au régime de Félix Tshisekedi, a dénoncé cette instrumentalisation des Banyamulenge dans la déstabilisation de la RDC, ainsi que dans la conquête et l’occupation de sa partie orientale par les Tutsis de Paul Kagame.

De l’autre côté, le Tutsi Azarias Ruberwa, ancien vice-président de la RDC sous Joseph Kabila, qui se déclare Banyamulenge, salue et dit appuyer ce projet de Paul Kagame visant à porter les Tutsis au pouvoir à Kinshasa, comme en 1997. La déclaration d’Azarias Ruberwa remet au centre du débat la place des Tutsis congolais, tous assimilés aux Banyamulenge.

Le terme « Banyamulenge » lui-même appartient à une histoire politique plus récente. Des travaux historiques, comme ceux des historiens Stanislas Bucyalimwe Mararo et Justin Kalibwami, situent son affirmation publique et politique surtout à partir des années 1970, époque de la popularisation de cette appellation dans le Sud-Kivu. Il s’agissait de se démarquer des Tutsis issus de la révolution de 1959 au Rwanda, qui venaient de s’installer au Congo.

Que l’identité banyamulenge soit utilisée et exploitée à des fins politiques et expansionnistes est inadmissible.

Dès le début de la première guerre, en 1996, ces « Banyamulenge », parmi lesquels se retrouvent en réalité plusieurs Tutsis de toutes les régions du Congo ainsi que des soldats rwandais, sont présentés comme de simples ressortissants congolais en lutte pour la reconnaissance de leur nationalité et désireux de protéger leur terroir d’origine. Au fil des années, les « Banyamulenge », qui n’ont jamais cessé de guerroyer, sont devenus des instruments au service de Kigali, le fer de lance de toutes les batailles.

Que ce soit au sujet des FDLR ou, surtout, des Banyamulenge, ce sont les Congolais qui, par inconscience ou par intérêt, rendent possible la prédation du régime de Paul Kagame, au Rwanda, et qui ont permis, depuis trois décennies, l’enracinement de la domination des Tutsis rwandais au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

Le Burundi menacé : prochain objectif militaire de Paul Kagame sous les deux prétextes

L’offensive imminente de Paul Kagame contre le Burundi, à partir de Minembwe, serait une réaffirmation et une imposition des Banyamulenge dans la région.

Qui peut enlever à Paul Kagame les prétextes qui lui permettent de violer le droit international et de commettre impunément divers crimes dans la région ?

Le mythe des FDLR

* Le gouvernement de la RDC, s’il démontre qu’il a neutralisé les FDLR localisées dans les zones encore sous son contrôle au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Cela vient d’être fait par le protocole de désarmement, de reddition et de cantonnement signé avec les mêmes FDLR.

* Les médiateurs et facilitateurs dans ce conflit, s’ils osent affronter diplomatiquement le régime de Kagame et lui dire que ce prétexte ne tient plus.

* Les opposants démocratiques au régime dictatorial de Paul Kagame, en saisissant toute occasion pour affirmer que le groupe armé FDLR n’a jamais constitué une menace pour le régime du FPR, mais avait pour seul objectif de défendre les réfugiés hutus de l’Est de la RDC, pourchassés en vue de leur extermination par l’armée tutsie de Kagame depuis 1996.

La notion de « Banyamulenge »

* Les ethnologues, sociologues et historiens spécialistes de la région, qu’ils soient congolais ou non, mais rationnels et non politisés, peuvent facilement démystifier cette notion des Banyamulenge.

* Les centaines d’autres communautés de la population de RDC devraient, à travers leurs représentants ou chefs coutumiers, revendiquer leur droit légitime d’assumer leur identité sur les terres de leurs ancêtres, sans toutefois être assujetties à ces Banyamulenge.

* Les politiciens congolais se déclarant de l’opposition devraient distinguer leur souhait légitime et légal de remplacer le gouvernement en place du projet consistant à renverser ce même gouvernement par une conquête militaire menée par une puissance étrangère utilisant l’une des communautés de la RDC, à savoir les Tutsis congolais sous l’étiquette de Banyamulenge.

Conclusion

Si la communauté internationale, notamment ses médiateurs et facilitateurs, ainsi que les dirigeants de la région avaient la volonté de promouvoir la paix et la stabilité dans l’Est de la RDC et dans la région des Grands Lacs, cette région pourrait redevenir l’un des grands espaces de coopération et de paix du continent, car cette paix n’est pas impossible. Il suffirait qu’il y ait la volonté politique de « neutraliser » Paul Kagame et son régime dictatorial, que l’auteur présente comme l’ennemi de la paix dans la région.

Emmanuel Neretse

 

Pas de commentaire

COMMENTS

Les ommentaires sont fermés