Ibuka et le FPR se tirent une balle dans le pied
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Après l’acquittement de Protais Zigirangiyazo par la cour d’appel du Tribunal Pénal International pour Rwanda (TPIR), le 16 novembre 2009 et de l’abbé Hormisdas Nsengimana par la Chambre de première Instance le lendemain, l’association Ibuka est montée au créneau (émission de BBC Gahuzamiryango du 19/11/2009) pour contester ces arrêts sous le seul prétexte que ces personnes devraient uniquement être condamnées.

Cette organisation, souvent qualifiée de « syndicat de délateurs » et qui est contrôlée par quelques caciques et extrêmistes du pouvoir FPR, a annoncé la suspension de sa collaboration avec le TPIR et même de s’apprêter à adresser une demande au Conseil de Sécurité de l’ONU pour qu’il sanctionne certains juges notamment ceux qui prononcent souvent des acquittements !

Aussi consternant que cela puisse paraître, le juriste-maison d’Ibuka, un certain Jean Damascène Bizimana, au lieu de tempérer les ardeurs du porte-parole d’Ibuka, a renchéri en affirmant que de toute façon le TPIR ne juge que les actes de génocide commis en 1994 ; or la justice rwandaise fait remonter le génocide en 1990. Il conclut donc en faisant entendre que les personnes déjà jugées par le TPIR seront certainement rejugées par le Rwanda.

La réaction épidermique d’Ibuka révèle au grand jour, s’il en été encore besoin, ce que les tenants du régime du FPR entendent par une bonne administration de la justice ainsi que le mépris qu’ils éprouvent envers les juges surtout ceux qui essayent d’agir en toute indépendance.

Mais ces extrémistes se tirent aussi une balle dans le pied.

  1. En coupant la collaboration avec le TPIR, le seul qui va en pâtir c’est le Procureur qui ne pourra plus faire défiler les faux-témoins recrutés et brieffés par le syndicat de délateurs. La Défense pourra toujours présenter ses témoins qui pour la plupart vivent à l’extérieur du Rwanda. Dans ces conditions, les acquittements risquent de se multiplier au grand dam du même Ibuka.
  2. Le régime du FPR demande depuis longtemps que les personnes déjà jugées par le TPIR soient renvoyées purger leurs peines au Rwanda même. Une prison a même été construite à cet effet. Avant qu’un premier prisonnier ne lui soit livré, les autorités rwandaises révèlent que ces prisonniers pourront être rejugés. Il sera donc impensable et même impossible que le TPIR, qui est censé avoir la primauté sur les juridictions nationales, envoient les personnes qu’il a déjà jugées dans un pays qui jure de réviser ses jugements !

Voilà comment la haine et le mensonge peuvent devenir de mauvais conseillers et désservir la cause qu’ils étaient censés promouvoir. Espérons que le TPIR se rend de plus en plus compte de la vraie nature du « partenaire » avec qui il est en tendem depuis une dizaine d’années.

Emmanuel Neretse.
20/11/2009

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