Décès de M. Zenawi: est-ce le début de la fin de l’« ordre américain » en Afrique ?
+
Rubrique : Actualité


Publié le 22 Août 2012 par Gaspard Musabyimana

Le 21 août 2012, le porte-parole du gouvernement éthiopien a officiellement annoncé la mort du Premier ministre Meles Zenawi. Les agences de presse ont emboîté le pas en annonçant que Meles Zenawi avait succombé, dans la nuit du 20 au 21 août 2012, à une maladie non précisée dans un hôpital bruxellois, en Belgique, où il avait été admis depuis quelques semaines. L’on se souviendra que Meles Zenawi avait militairement conquis l’Ethiopie en 1991 en chassant la junte au pouvoir alors dirigé par le colonel Mengistu Hailé Mariam et que depuis, il régnait sur ce grand pays africain qu’il dirigeait d’une main de fer depuis 21 ans. A sa prise du pouvoir en 1991, il s’était alors proclamé Premier ministre avant d’imposer une Constitution qui attribue tous les pouvoirs audit Premier ministre, le président n’ayant qu’un rôle honorifique, un peu comme en Allemagne ou en Israël.

Quelques années auparavant, un autre maquisard avait conquis ,de la même façon, le pouvoir dans un autre pays de la région. Nous voulons parler de Yoweri Kaguta Museveni qui s’est emparé de Kampala, la capitale de l’Ouganda, en janvier 1986.

Dès l’accession au pouvoir de Bill Clinton en janvier 1993, celui-ci déclara que l’Afrique était en train de se doter d’une nouvelle génération de leaders « dynamiques, visionnaires, … » sur lesquels les Etats-Unis pouvaient compter. Et de citer alors Yoweri Museveni d’Ouganda et Meles Zenawi d’Ethiopie en prédisant que d’autres allaient apparaître dans la région. Au Rwanda, on était alors en pleine guerre déclenchée par les éléments tutsi de l’armée ougandaise et à leur tête Paul Kagame, un officier ougandais qui était, avant 1990, chef des Renseignements militaires et qui avait été envoyé par son pays, l’Ouganda, suivre le cours de « Command and General Staff » au Kansas aux USA avec la promotion « 1990 ». Il dut interrompre la formation à peine après le début des cours en octobre 1990, pour rentrer précipitamment en Ouganda et remplacer le vice-ministre ougandais de la Défense, le général Fred Rwigyema, qui avait été désigné commandant du corps expéditionnaire qui devait conquérir le Rwanda, mais qui fut tué un jour après l’attaque. L’objectif était la conquête du Rwanda par ces « jeunes leaders visionnaires et fidèles aux USA » comme cela avait été le cas en Ouganda en 1986 et en Ethiopie en 1991. En juillet 1994, ce fut chose faite. Paul Kagame entrait triomphalement dans Kigali et installait un régime dictatorial à l’image de ceux de Museveni et de Zenawi et qui dure depuis maintenant 18 ans.

Le trio « Museveni-Zenawi-Kagame » dans le drame rwandais

Nous ne reviendrons pas sur le rôle de Museveni dans le drame rwandais tellement les publications sont nombreuses et elles démontrent toutes qu’il fut l’acteur principal dans ce drame. C’est une partie de son armée qui a entrepris la conquête du pacifique petit Rwanda et qui, moins de quatre ans plus tard, s’en est emparé. Quant à l’éthiopien Meles Zenawi, qui a accédé au pouvoir en 1991 en pleine guerre de conquête du Rwanda par les éléments de l’armée de l’ougandais Yoweri Museveni, il a vite fait de « démobiliser » ses combattants en les envoyant sur le front rwandais. C’est un secret de polichinelle que lors de la conquête de Kigali et ses environs entre avril et juillet 1994, les troupes d’assaut, que ce soit au camp Kanombe ou à l’aéroport du même nom, étaient des Ethiopiens guidés seulement par quelques éléments tutsi pour servir d’interprètes le cas échéant. Lorsqu’en juillet 1994, Paul Kagame parvint à conquérir tout le pays et que « ses troupes » prirent le contrôle du poste frontalier de Rusizi I et II à Cyangugu après le repli du dernier soldat des FAR vers le Zaire, les observateurs furent frappés par le fait que les soldats, qui désormais gardaient la frontière, ne parlaient ni kinyarwanda, ni français, ni anglais, ni aucune autre langue de la région ! Seuls leurs chefs baragouinaient un peu dans un anglais approximatif. En plus leur physionomie notamment leurs cheveux lisses et non crépus comme on les connaît chez tous les Rwandais a vite fait de les trahir et dans quelques jours, les USA ont entamé des actions pour corriger cette maladresse. Comme certains journalistes avaient découvert le pot aux roses (qu’en fait ceux qui sont présentés comme des combattants tutsi sont des Ethiopiens), le Conseil de Sécurité sortit en catimini une résolution qui autorisait le déploiement de la MINUAR II et comme par miracle le premier  contingent à être déployé sur le terrain fut éthiopien , qui était en réalité déjà déployé mais auparavant présenté comme « des combattants libérateurs du FPR-Inkotanyi !!! ». Ainsi, les non initiés n’y ont vu que du feu !

Cette complicité dans l’entreprise de conquête du Rwanda et qui a infligé des souffrances atroces au peuple rwandais a été confirmée par Paul Kagame lui-même lors de la célébration du 15è anniversaire de ce qu’il appelle « la libération », entendez par là la prise de la capitale Kigali le 04 juillet 1994. Il a, à cette occasion, décoré Museveni et Zenawi de la plus haute distinction du Rwanda pour, disait-il, « leur contribution à la guerre de libération ».

Et maintenant, quelles perspectives ?

Bill Clinton, qui avait décrété l’installation en Afrique des dictateurs issus des maquis n’est plus aux affaires, même si son épouse dirige encore la diplomatie américaine et donc qu’il peut lui souffler sous l’oreiller quelques confidences allant dans le sens de continuer à ménager Museveni et Kagame. Yoweri Kaguta Museveni est usé par 26 ans de pouvoir absolu et peine à imposer aux ougandais son fils le colonel Muhozi comme son successeur légitime. Meles Zenawi vient de mourir de sa belle mort. Paul Kagame, tout en préparant son fils Yvan Cyomoro à lui succéder et cela avec l’aval et le concours des USA puisqu’il est en formation à l’Académie militaire de West Point, se débat dans les démêlés avec son cercle fermé qui dirige le pays et qui ne rêve qu’à continuer à piller l’Est du Congo quel qu’en soit le prix. Sa dérive dictatoriale, la corruption au sommet de l’Etat et forcément peu perceptible car ne touchant que la clique au pouvoir, la culture du mensonge et de la dissimulation instituée en mode de gouvernement,…,  sont hélas, connues! Et de moins en moins supportables même pour ses créateurs. Dans ces conditions,  peut-on affirmer que l’« ordre américain » qu’a essayé d’imposer à l’Afrique centrale et orientale Bill Clinton et personnifié par le trio « Museveni – Zenawi- Kagame » est en train de s’effondrer ? L’avenir proche nous le dira.

Emmanuel Neretse
22/08/2012

###google###

Biographie de Meles Zenawi

A lire aussi : 

Meles Zenawi meurt après plus de 20 ans de pouvoir

Pas de commentaire

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire